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03/12/2016

Malgré des résultats maigres, la COP22 montre que l’effort climatique se poursuit

Changement climatique

Malgré des résultats maigres, la COP22 montre que l’effort climatique se poursuit

Devant les locaux de la COP22, à Marrakech

La COP22 s’est terminée le 18 novembre sans résultat tangible.  Mais la décision des états les plus vulnérables de passer à 100 % d’énergies renouvelables montre que la lutte continue.

La COP22 s’est terminée vendredi 18 novembre à Marrakech sous un soleil toujours excessivement chaud pour la saison, qui n’a pas incité les négociateurs à une ambition démesurée du côté des négociations. Le texte final, adopté dans la nuit du 18 au 19 novembre, ajoute quelques éléments à l’accord de Paris, mais les changements restent modestes. A part une déclaration de bonne volontée, adoptée jeudi sous la forme de proclamation de Marrakech, et un certain nombre d’annonce bilatérales ou nationales, les participants sont rentrées chez eux sans grand butin.

Certes, de nombreux participants se sont réjouis, notamment du fait du nombre important de représentants du continent africain, qui a fait de cette COP africaine, un évènement assez festif.

Peut-on compter sur la main invisible du marché ?

« C’était une bonne COP, il y avait une bonne énergie » se réjouit une négociatrice africaine. Mais du côté des résultats, « beaucoup de participants sont arrivés les mains vides, et il y a eu des discours de transferts des responsabilités des Etats vers la société civile » constate Denis Voisin, le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot. Or selon la fondation, il faut avant tout rester dans un partage de l’effort, et non pas un transfert.

>>Lire : Les entreprises veulent croire que le marché sauvera la climat

Un constat partagé par Attac, qui rappelle que « «la main invisible des marchés n’est pas plus verte qu’elle n’est naturellement sociale ou juste ! ».

L’idée est particulièrement parlante à Marrakech.  Dans cette  oasis qui marque la frontière entre le Nord du Maroc où l’agriculture est possible et le Sud aride, le manque d’eau se fait de plus en plus sentir. Ce qui n’empêche pas la ville de s’attaquer à la construction d’un neuvième golf (!), très gourmand en eau. Les bâtiments construits en bordure de golf se vendent en effet plus cher. Une preuve supplémentaire de la faible efficacité de la main magique du marché d’Adam Smith, tant célébrée à Marrakech.

La règlementation nécessaire à une action climatique plus poussée reste pertinente, même si elle est difficile, comme le montre l’influence du lobbying sur les propositions de directives de la Commission européenne.

>>L’UE prépare un paquet énergie plus fossile que renouvelable

D’ailleurs du côté de spécialistes des relations internationales, à l’IDDRI, personne ne se félicite du résultat de la COP22, une COP qui s’est plus déroulée dans l’observation et l’exploration, que  dans les conclusions.

L’onde de choc de l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis a certes joué contre des avancées supplémentaires, mais n’a pas non plus joué les catalyseurs d’un nouvel accord plus ambitieux. « Il n’y a pas eu cette obsession de vouloir à tout prix préserver le momentum de l’accord de Paris comme cela avait été le cas avec l’élection de Bush vis-à-vis du protocole de Kyoto » a ainsi souligné la directrice de l’IDDRI, Teresa Ribeira.

Des Etats arrivés les mains vides

Certains ont été déçu du peu d’élan de l’Union européenne, arrivée les mains vides, et qui plus est avec des représentants discrets. « Le fait que les membres de la délégation slovaque représentant la présidence tournant de l’UE ne parlent pas ou très mal l’anglais n’a pas arrangé les choses » souffle une source britannique.

Le commissaire au climat, Miguel Arias Canete, n’avait pas de mandat solide des Etats-membres. L’Allemagne a certes tenté d’évoquer des perspectives ambitieuses,  avec sa ministre de l’environnement, très suivie lors de la COP et l’échéance 2050. La France a de son côté évoqué la piste d’une économie neutre en carbone d’ici 2050, sans toutefois proposer des solutions précises pour y parvenir.

Alternance politique contre financements climat

Les annonces qui ont été faites du côté des financements laissent aussi à désirer. La plupart des annonces et promesses ont en effet été fait en bilatérale, et non pas dans le cadre d’un engagement international. Ils sont du coup soumis aux aléas de l’alternance politique, et le cas américain montre suffisamment combien  des engagements peuvent être rapidement oubliés. Sur les 100 milliards par an promis pour financer la lutte d’ici 2020, les Etats-Unis doivent théoriquement apporter 3 milliards.

Mais des questions planent aussi sur les financements français. Et notamment sur les 5 milliards par an promis par la France pour financer le changement climatique, dont un milliard pour  l’adaptation, d’ici 2020. Si le Front national arrivait au pouvoir, son intention est pour l’heure de fermer le robinet. Quant à la droite, les positions ne sont pas très claires. Mais vu la très faibles probabilité que la gauche se maintienne au pouvoir en 2017, les engagements de la France en matière d’aide au développement n’auront pas grand impact – ils n’ont d’ailleurs pas eu tellement d’échos à Marrakech.

Les pays les plus vulnérables s’avèrent aussi les plus ambitieux

L’initiative la plus ambitieuse de la COP22 laisse un goût amer aux observateurs. Le dernier jour de la COP22, les pays les plus vulnérables, réunis dans le Forum des Pays les plus Vulnérables, ont annoncé une initiative pour parvenir à 100 % d’énergies renouvelables sur leur territoire. Malgré 15 jours de rencontres bilatérales, les 47 ne sont pas parvenus à convaincre d’autres membres de la COP à rejoindre leur projet.

 

Membre de la coalition, le représentant des ïles Marshall reste toutefois optimiste.

« Le fait que 11 pays, dont 2 pays du G7 (le Royaume-Uni et le Canada) aient rejoint l’accord de Paris durant les deux semaines de négociation montre la solidarité et la détermination » de la planète assure le ministre en charge du climat, M. Zackhras.

L’agriculture attendra

Autre déception : les pays africains et notamment le Maroc auraient souhaité intégrer des éléments plus concrets dans l’accord de Paris, signé en 2015. Dont l’agriculture, un secteur très exposé aux changements climatiques. Plusieurs initiatives présentées à la COP, dont l’initiative pour l’adaptation de l’agriculture africaine, (AAA), qui permettrait recherche et adaptation pour les agricultures très exposées à la sécheresse et aux températures élevées, ou l’initiative française 4 pour 1OOO, qui propose une agriculture propre à stocker plus de carbone, ont été présentées, sans grand impact toutefois.

 

 

 

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REACTIONS

Commission européenne

Communiqué à la fin de la COP22

 

UNFCCC

Conclusion de la COP22