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05/12/2016

Les défis climatiques se multiplient pour les assureurs et l’UE

Changement climatique

Les défis climatiques se multiplient pour les assureurs et l’UE

Les inondations mettent les assureurs et l'UE à l'épreuve

La menace de catastrophes naturelles et les défis que cela représente pour les citoyens européens et les assureurs ont été mis en lumière la semaine dernière lors des graves inondations en France.

Le 6 juin, le Premier ministre Manuel Valls, a annoncé une aide d’urgence de plusieurs millions d’euros pour ceux qui ont « tout perdu » dans les inondations à Paris et ailleurs en France.

La semaine dernière, des pluies diluviennes se sont également abattues sur la Bavière, tuant six personnes et laissant environ 9 000 foyers sans électricité. Dans la région voisine de Bade-Wurtemberg, trois personnes ont aussi perdu la vie.

En Bavière les dommages s’élèvent déjà à plus d’un milliard d’euros et le gouvernement de la région fait pression pour un mécanisme d’assurance obligatoire.

En 2014, les inondations en Grande-Bretagne avaient poussé les banques à offrir aux victimes trois mois de « répits » dans le remboursement de leur hypothèque, puisque les entreprises et propriétaires ne parvenaient pas à faire face aux couts.

>> Lire : La polémique enfle au Royaume-Uni sur la gestion hasardeuse des crues

Les assurances ne parviennent pas à suivre le rythme de plus en plus fréquent des catastrophes climatiques, estime E3G, un groupe de réflexion environnemental.

C’est scientifiquement prouvé, le lien entre le réchauffement climatique et des catastrophes naturelles de plus en plus fréquentes est bien réel.

Selon les données collectées par la société de réassurance Munich RE, dans un rapport en 2015, le nombre de désastres liés aux conditions météorologiques en Europe n’a cessé d’augmenter depuis 1980. Les dommages assurés se sont aussi accrus durant cette période.

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Météo

Les inondations ne sont pas les seuls phénomènes météorologiques exerçant une pression sur les primes d’assurance en Europe. « Les plus grandes pertes ont été causées par des vagues de chaleur et des sécheresses durant les étés caniculaires en Europe. Les pertes totales se sont élevées à 1,9 milliard d’euros, et seul un dixième de cette somme était assuré », indique le rapport.

Pour l’industrie des assurances, la hausse des demandes d’indemnisation liées au climat risque de déboucher sur une hausse des prix des primes.

« Le changement climatique pourrait devenir une menace existentielle si on ne gère pas ce problème correctement », a déclaré une source de l’industrie à EurActiv. « Nous ne pourrons pas garantir une couverture d’assurance. Cela augmenterait le risque de manière considérable. »

Un commentaire réfuté par Robert Dickie, des assurances Zurich. « Je pense qu’il existe une assurance pour tout. Évidemment, les prix vont devenir moins attractifs pour le client, mais il y aura toujours quelqu’un qui a le goût du risque et qui pourra assurer. »

Mark Carney, gouverneur de la Banque d’Angleterre, a quant à lui souligné le risque de chocs financiers pour les assureurs si les risques climatiques continuaient de croitre.

La Commission européenne a aussi commencé à se pencher sur la question de responsabilité dans le cadre de son travail sur l’Union des marchés de capitaux. De son côté, le service action pour le climat de l’exécutif a organisé une table ronde avec les assureurs pour recueillir leur avis sur la révision de la stratégie d’adaptation au changement climatique, qui aura lieu en 2017.

Aux frais du contribuable ?

Si les assureurs arrêtent d’assurer, le cout du changement climatique pourrait retomber sur le contribuable via les autorités nationales et municipales.

>> Lire : Les villes prêtes à analyser leur risque climatique, mais discrètement

« Aujourd’hui, le modèle d’assurance des risques climatiques est insoutenable dans une Europe aux conditions climatiques extrêmes. Il faut le réformer », a déclaré Rosalind Cook, d’E3G.

« Des secteurs cruciaux de l’économie et des communautés vulnérables n’ont pas accès aux assurances et le risque sous-évalué pourrait mener à une insolvabilité. Si les couvertures d’assurance ne sont plus rentables face au changement climatique, qui va payer ? Il y a des problèmes majeurs d’intérêt public que nous avons à peine commencé à aborder », prévient-il.

Dans certains pays, où le risque est trop élevé, les partenariats public-privé peuvent permettre d’assurer l’accessibilité à une couverture.

Risque et données

Les assureurs sont des experts en matière de calcul du risque et de méthodes d’évaluation sophistiquées.

Pour Robert Dickie, des assurances Zurich, les risques liés au changement climatique ont été bien évalués et affectent toute l’économie, pas seulement les assureurs.

« Ces événements ont un impact massif sur les clients professionnels et commerciaux à cause des chaines d’approvisionnement. Plus nous comprenons l’impact du changement climatique sur la chaine, mieux ce sera.

Le partage des données doit aussi nous aider à comprendre ces risques, à trouver des alternatives et des primes moins couteuses », a expliqué l’assureur.

« Le Big Data et l’analyse de données seront très avantageux pour limiter les risques et payer les primes d’assurance », a également estimé une source de l’industrie. « Le gros des discussions se concentrera sur l’adaptation au changement climatique. »

L’industrie européenne d’assurance soutient la planification de l’utilisation des sols et la prise de conscience des risques en développement des outils de zonage et de cartographie des risques.

Les assureurs peuvent aussi aider les décideurs politiques à identifier les domaines dans lesquels une coopération public-privé peut être bénéfique.

Limiter le réchauffement climatique

L’adaptation est pourtant inutile – et l’assurabilité menacée – si le changement climatique continue de s’empirer.

Lors de la conférence de l’ONU sur le changement climatique en décembre dernier, les dirigeants se sont accordés à limiter le réchauffement climatique à deux degrés, voire même, dans le plus optimiste des scénarios, à 1,5 degré.

>> Lire : L’accord de la COP21, un texte qui ne résout rien

Michaela Koller, directrice générale d’Insurance Europe, avait alors faire pression pour fixer cette limite et déclaré : « les assureurs d’Europe saluent cette avancée capitale. S’attaquer aux causes et aux effets du changement climatique sera l’un des plus grands enjeux de notre époque. »

« Il est extrêmement important que cette dynamique perdure et que les gouvernements prennent des mesures pour limiter le réchauffement climatique et préparer leur société aux effets d’un tel changement grâce à une meilleure adaptation », ajoute-t-elle.

Assurer la transition nécessaire vers une économie à faibles émissions de carbone reste un défi considérable pour les décideurs politiques dans l’UE et dans le monde, où de nombreux pays subissent les conséquences désastreuses du changement climatique.