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24/08/2016

Angel Gurria : « Il faut prendre le défi du changement climatique comme une opportunité »

Climat & Environnement

Angel Gurria : « Il faut prendre le défi du changement climatique comme une opportunité »

Angel Gurria, le secrétaire général de l'OCDE

[OCDE/Flickr

Les années d’inaction en faveur du climat ont eu des impacts significatifs sur la croissance mondiale, selon le secrétaire général de l’OCDE. Pourtant, les subventions aux énergies fossiles sont encore très nombreuses. Une interview réalisée par notre partenaire La Tribune

Angel Gurria est le secrétaire général de l’OCDE. Il a répondu aux questions de La Tribune en marge du sommet du G20 qui a eu lieu à Antalya, en Turquie, les 15 et 16 novembre.

Vous avez appelé les gouvernements du monde entier à s’engager dans le cadre de la COP21 dans une « action résolue pour lutter contre le changement climatique ». Pourtant, on ne peut que déplorer l’actuelle contradiction entre les impératifs économiques des pays et les défis pour le climat. Ce qui laisse planer le doute sur un accord à l’issue du sommet.

Je ne pense pas que le fait de prendre des décisions — désormais indispensables — en faveur du climat puisse provoquer une chute de la croissance. En fait, la vraie question n’est pas de se demander si le choix d’une économie plus verte impacte la croissance, mais de prendre conscience que les pays qui n’optent pas pour une transition énergétique subiront un impact négatif sur leur économie.

À l’OCDE, nous avons fait des études pour mesurer la productivité des entreprises. Les résultats sont évidents : si on ne s’attaque pas à la question du changement climatique, les effets sur la croissance seront inéluctables. Nous avons déjà constaté que, après cinq ou dix années d’inaction en faveur du climat, les impacts sur la croissance peuvent être de 2%, 3% ou 4%. Et comme dans beaucoup de situations, ce sont les pays les plus vulnérables qui seront directement impactés.

Ce changement de paradigme passe par une réduction des subventions accordées aux énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon). Pourtant, à ce jour, l’OCDE recense près de 800 programmes de dépenses et d’allègements fiscaux mis en place dans les 34 pays membres…

Notre estimation est modeste, et pourtant, elle a provoqué de vives critiques dans certains pays, estimant que nos calculs étaient faux. Notre méthodologie a été sévèrement attaquée. Et pourtant, l’OCDE a fourni un chiffre a minima par rapport à d’autres organisations internationales : 200 milliards de dollars accordés aux subventions aux énergies fossiles par année. À titre de comparaison, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a avancé le chiffre de 500 milliards, et le FMI, de 5.000 milliards par an !

De plus, nous avons besoin de 100 milliards de dollars d’ici à 2020 pour aider les pays du sud à adopter des mesures pour le changement climatique. Pendant ce temps, 200 milliards de dollars restent donc affectés aux énergies fossiles.

L’OCDE a revu à la baisse ses prévisions de croissance pour l’année 2015 : 2,9% cette année, contre les 3% prévus, et 3,3% l’année prochaine, contre les 3,6% attendus. Le ralentissement chinois est-il vraiment la seule explication ?

La croissance mondiale a besoin d’un moteur. Il a 4 leviers : le commerce, l’investissement, le crédit et, jusqu’à présent, il avait la croissance des pays émergents qui tournent désormais au ralenti, notamment la Chine est à 6,5% contre les 11% que l’on a pu connaître par le passé. Il y a effectivement d’autres facteurs. En 50 ans, la croissance du commerce n’a jamais été aussi faible. Et quand elle est en dessous de la croissance mondiale, cela signifie que l’on se dirige vers une récession. Je ne suis pas en train de dire que c’est le scénario qui nous attend désormais, mais simplement que c’est exactement ce qui s’est produit par le passé. Les investissements — pourtant moteurs de l’économie — sont au point mort. Au niveau mondial, leur croissance est de 3,3% alors qu’elle devrait être à 7% pour avoir un impact positif.

Aux États-Unis, par exemple, la fiscalité est un autre frein qui affecte la croissance. Il y a un problème de taxation sur des sociétés qui accumulent des bénéfices et qui ne sont pourtant pas taxées dans le pays (cf. l’optimisation fiscale pratiquée par les GAFA, Ndlr).

Quels sont les remèdes proposés par l’OCDE ?

Pour faire décoller l’investissement, il faut connaître les raisons pour lesquelles il est limité. Nous devons opter pour un système de régulation plus claire, et une transparence sur les prix. Dans le domaine climatique par exemple, il faut un prix sur le carbone, ce qui permettra de doper le développement des énergies renouvelables. Pour l’instant, la baisse des prix du pétrole n’a pas d’impact sur leur développement, et pousse au contraire les pays à se diversifier et donc à s’intéresser aux alternatives en matière d’énergie. C’est une bonne nouvelle… Les défis du changement climatique doivent être pris comme une opportunité pour l’économie mondiale, et non comme une contrainte…