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28/08/2016

Annabelle Jaeger :”L’UE peut atteindre l’objectif zéro émission de CO2 en 2050″

Climat & Environnement

Annabelle Jaeger :”L’UE peut atteindre l’objectif zéro émission de CO2 en 2050″

Annabelle Jaeger

Régions et villes sont souvent moteurs sur les questions climatiques. Si des dynamiques s’y créent, c’est aussi que les collectivités locales ont directement intérêt à protéger la nature pour être attractives.

Conseillère régionale de Provence-Alpes-Côte d’Azur EELV, Annabelle Jaeger est membre de la commission environnement du Comité des Régions. Elle est l’auteur d’un avis sur le climat qui doit être adopté le 14 octobre par le Comité des Régions.

Dans un projet d’avis du Comité des Régions, vous proposez à l’UE d’accélérer ses efforts notamment en relevant sa contribution nationale (INDC) et en visant des émissions zéro en 2050.  Est-ce vraiment une hypothèse envisageable ?

C’est une position ambitieuse, qui est vraiment portée par le Comité des Régions. Si l’on propose cela, c’est que nous sommes capables de l’appliquer. Si nous, en tant que collectivités locales, pouvons le faire, l’Europe dans sa globalité peut le faire.

Nous avions déjà voté en amont des propositions de l’UE pour la COP21, où l’on avait fait cette proposition, et ça avait été voté à une grosse majorité.

Il y a-t-il un consensus sur ces questions au comité des Régions ?

Bien sûr cet avis doit être voté, et j’ai déjà eu des amendements de la droite qui interrogent l’ambition de révision rapide de la contribution de l’UE à la COP21, ou encore l’objectif de zéro carbone en 2050 par exemple. Les engagements de long terme notamment ont du mal à passer auprès de certains, qui souhaitent que tous les pays développés s’engagent pour que l’Europe aille plus loin.

Mais si je propose tout cela ce n’est pas pour faire de la surenchère, c’est qu’il y a une vraie urgence ! Tous les scientifiques nous le disent : les 2°, aujourd’hui, on ne va pas les tenir. C’est le moment de sonner l’alarme. 

Identifiez-vous des différences dans les engagements des collectivités locales sur les questions climatiques en fonction de leur origine géographique par exemple ?

Nous avons beaucoup de villes des pays du Sud qui s’engagent aujourd’hui, qui sont vraiment moteurs, en Italie et en Espagne par exemple. Ca ne veut pas dire qu’il ne se passe rien au Nord, peut être à des échelles différentes. Ce qui est certain c’est que nous avons des échanges de bonnes pratiques entre collectivités locales, qui montrent que beaucoup d’entre elles sont portées par des dynamiques collectives. Il y a des régions où l’alchimie a pris, et qui tirent le mouvement global .

La convention des maires pour une énergie locale durable est une initiative qui prend surtout au Sud. Mais attention, ce mouvement européen est formidable, mais ce n’est pas le seul. Il faudrait que la Commission européenne le garde à l’esprit. Ce qui manque, c’est une vraie cartographie de qui fait quoi, et où.  Personne ne recense précisément cela au niveau européen.

Comment est-il possible de recenser toutes les initiatives climat des collectivités locales ?

Ce qui complique la donne, c’est que les engagements ne sont pas pris sur les mêmes périodes, et n’ont pas les mêmes méthodologies. On a un vrai problème de lisibilité des engagements à l’échelle européenne, en raison des disparités de formulations. Il faudrait un programme commun pour évaluer tout ça.

Justement, pour la CO21, l’UNFCCC a tenté de faire cela avec une plate-forme dédiée aux acteurs non étatiques

C’est une bonne idée pour mutualiser les bonnes pratiques. C’est un début, mais on ne se donne pas les moyens de tout agglomérer. C’est un outil qui s’ajoute aux autres. Or ce qui me tient à cœur c’est qu’il faut harmoniser au contraire, il faudrait établir une plate-forme de référence.

Que faites-vous sur le climat dans votre région, la région Provence Alpes Cotes d’Azur ?

Nous avons une politique climat énergie qui répond au nom d’AGIR+.La dynamique a été lancée avant 2010 et vise à soutenir l’ensemble des initiatives locales. On organise des rencontres, des réseaux d’experts. Et on crée des postes pour accompagner des communes sur l’analyse de l’efficacité énergétique. Nous avons aussi à cœur de valoriser les engagements avec des prix qui valorisent les meilleures initiatives. Enfin il y a un soutien financier direct : nous avons créé un opérateur énergétique qui co-finance les projets particuliers ou non.

La région PACA a été identifié comme un « point chaud » sur le plan de la biodiversité..

Nous avons la biodiversité la plus riche des régions de métropole, mais aussi la plus menacée. Nous avons des pressions naturelles énormes : climat, urbanisation, pollution. En conséquence nous avons beaucoup travaillé à la prise en compte de la biodiversité dans d’autres politiques et dans l’aménagement du territoire

En quoi cela consiste-t-il ?

Il faut réfléchir à comment l’urbanisme peut avoir moins d’impact sur la biodiversité. L’artificialisation est la principale menace. Donc la solution est de créer des passages,  organiser la continuité, la cohérence écologique. Les espèces doivent pouvoir se déplacer d’un réservoir de biodiversité à l’autre, autrement elles disparaissent. D’autant que le changement climatique contraint les espèces à bouger encore plus.

N’est-ce pas trop contraignant pour le développement local ?

Il suffit de ne pas créer des barrages, il n’est pas question de tout stopper. Les retours d’expérience sont plutôt positifs : on crée des passages sous les autoroutes ou chemins de fer. Les zones bâties aussi sont concernées, et il y a une appétence très forte des habitants de retrouver ce lien avec la nature, de retrouver la nature dans la ville. A Lyon, depuis que les quais ont été rendus aux piétons, les statistiques montrent que les gens ont moins besoin de quitter la ville dès le vendredi soir. Donc les émissions liées au transport sont plus faibles. Les villes qui adoptent cette dynamique prennent une longueur d’avance phénoménale !