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25/07/2016

Jerzy Buzek: «La Pologne devrait dépendre du charbon qu’elle a en abondance»

Climat & Environnement

Jerzy Buzek: «La Pologne devrait dépendre du charbon qu’elle a en abondance»

Le charbon devrait continuer d’être la base du mix énergétique de la Pologne, selon l’ancien premier ministre Jerzy Buzek, puisque les nouvelles technologies permettent de rendre cette énergie plus propre. 

Jerzy Buzek est le président de la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie au Parlement européen. Il a également été Premier ministre polonais de 1997 à 2001 et a occupé la présidence du Parlement européen de 2009 à 2012.

Qu’est-ce qui serait considéré comme un succès à la COP 21 ?

Un accord efficace, mondial et légalement contraignant, qui lie les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre, comme le Brésil, la Chine, l’Inde et les États-Unis.

Un tel accord est-il possible ?

Oui. Ce qui sera difficile à obtenir, c’est un accord sur le niveau de réduction des émissions de CO2 afin de limiter le réchauffement climatique.

Les plus gros émetteurs pourraient militer en faveur de solutions et engagements moins ambitieux que ceux de l’UE. Et s’il n’y a pas d’engagement à un niveau proche du niveau de l’UE, nos industries européennes des produits chimiques, de l’acier, du ciment et du verre en souffriront grandement. Nous continuerons à perdre des emplois, surtout dans les industries qui consomment beaucoup d’énergie, parce que les industries seront délocalisées vers des pays aux politiques climatiques plus clémentes, afin de réduire le coût de production.

La réduction des émissions dans l’Union européenne passerait alors par le déclin de la production, sans que la consommation change. Cela signifierait une augmentation des importations de biens et services.

L’importation revient-elle à exporter les émissions de gaz à effet de serre ?

C’est encore pire, parce que cela revient à augmenter les émissions ! L’Europe perd sa compétitivité et ses emplois, et pourtant nous émettons toujours plus de CO2. Nous devons donc faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que l’accord de Paris soit contraignant et comprennent des engagements spécifiques de la part des parties prenantes.

En plus de la protection du climat, cet accord devrait prévoir de l’aide pour l’adaptation des pays en développement. En ce qui concerne le soutien des pays développés, les pays en développement ont des attentes énormes qui ne pourront peut-être pas toutes être concrétisées.

LEn matière de changement climatique, la prévention est-elle moins chère que le traitement ?

Moins chère et meilleure. On n’en parle pas beaucoup, mais le réchauffement climatique entraine la disparition de milliers d’îles du Pacifique, dont les habitants doivent à présent trouver des terres d’accueil. L’immigration climatique a commencé. Elle est encore loin des frontières de l’Europe, mais nous devrons l’affronter un jour ou l’autre. Le Brésil, un pays qui se développe rapidement et qui émet énormément de gaz à effet de serre, et souffre également du changement climatique, qui détruit la jungle amazonienne et les savanes des plateaux. La déforestation et à la fois une cause et un effet des émissions à effet de serre.

>> Lire : Les petits États insulaires mettent la pression sur les grands émetteurs avant la COP21

La France est bien décidée à faire de ce sommet un succès. Les pressions de François Hollande semblent efficaces, puisqu’il a obtenu une déclaration commune avec le président chinois, Xi Jinping, sur leur « volonté de coopérer » afin de faire de la COP 21 un succès. La conférence aboutira-t-elle réellement ?

Ces négociations climatiques ne sont que le début, mais nous devons rester optimistes. Je ne rêve pas d’un accord détaillé et signé par tous les pays, mais j’espère qu’au moins un des gros émetteurs de gaz à effet de serre signera. Cela permettrait non seulement de protéger le climat, mais aussi la compétitivité de l’industrie européenne. 

L’UE peut contribuer à la réduction des émissions, mais elle ne sauvera pas le climat à elle seule. À l’heure actuelle, l’Europe est responsable d’environ 10 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. La Chine, elle, en produit 24 %. La réduction de 30 à 40 % prévue par l’Europe ne pèsera donc que 1 % au niveau planétaire. J’ai donc proposé un amendement à la déclaration du Parlement européen pour la COP 21. Je souhaitais que le Parlement promette de revoir les objectifs climatiques si la Conférence de Paris aboutissait à un accord insatisfaisant. [Cet amendement a été rejeté lors d’un vote.]

Comment la politique énergétique polonaise, centrée sur le charbon, s’intègre-t-elle à la politique climatique européenne ?

Nous avons assisté à une transformation technologique considérable de l’industrie du charbon. De nouveaux générateurs ont permis de réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre. Nous pouvons continuer à dépendre du charbon si nous utilisons les technologies les plus innovantes et propres. Les technologies de capture et d’utilisation du carbone servent déjà dans la production de méthanol. Ces systèmes sont également utilisés aux États-Unis.

Le charbon reste cependant très polluant. C’est une source d’énergie non renouvelable et ces nouvelles technologies sont très chères.

Les investissements seront vite remboursés, surtout que nous utilisons le charbon de manière de plus en plus efficace.

La Pologne envisage également de construire des centrales nucléaires, alors que l’Allemagne a décidé de fermer ses centrales.

Je suis un ardent défenseur de l’énergie nucléaire. Dans les pays qui l’utilisent, le nucléaire permet des avancées et un développement technologiques considérables. Il s’agit également d’une source d’énergie qui ne produit pas d’émissions.

Ce n’est pas tout à fait sans émissions… L’uranium radioactif provient de zones très éloignées et doit être transporté. Après son utilisation, le combustible nucléaire est stocké dans le sous-sol et reste radioactif pendant des centaines d’années. Pour couronner le tout, les erreurs humaines peuvent causer beaucoup plus de dommages dans une centrale atomique que dans un champ d’éoliennes, par exemple.

La vérité, c’est qu’il n’y a pas de source d’énergie parfaite. Chacune a ses défauts et chaque manière de produire de l’énergie que nous utilisons aujourd’hui a des effets secondaires. La production de biomasse limite les terres arables disponibles pour l’alimentation humaine et sa combustion crée des émissions qui, selon certains chercheurs, sont encore plus dangereuses que les émissions de la combustion de charbon. Il y a aussi le solaire, mais d’ici 30 ans nous serons confrontés à la question de l’élimination des vieux panneaux. La plupart de ceux-ci proviennent en outre de Chine et leur transport vers l’Europe pollue. En utilisant ces panneaux, nous nous rendons également dépendants de la Chine, puisqu’elle contrôle 90 % de la production.

En ce qui concerne l’énergie renouvelable, personne ne se soucie des coûts de transmission d’électricité. Combien cela coute-t-il de transmettre de l’énergie solaire à un pays dépendant de l’éolien quand le vent cesse de souffler. Autre problème : notre incapacité à stocker l’énergie des sources renouvelables.

Nous devons également tenir compte des coûts de la production au gaz quand il n’y a pas de vent ou de soleil, étant donné que les énergies renouvelables doivent être complétées par des sources traditionnelles. Et l’Union européenne n’a pas beaucoup de gaz, c’est pourquoi nous dépensons des sommes énormes à en importer de Russie. Ou des États-Unis, si les négociations du TTIP, auxquelles je participe, aboutissent.

Pour revenir au nucléaire, on a également fait d’énormes progrès en termes de sécurité, c’est pourquoi cette solution est utilisée par les Finnois, les Tchèques et les Slovaques, qui sont pro-environnement.

Compte tenu des arguments pour et contre les différentes sources d’énergie, lesquelles devraient devenir la base de la politique énergétique polonaise ?

Je suis un grand avocat des renouvelables et du nucléaire, mais uniquement quand ils sont utilisés parallèlement à des sources d’énergies disponibles localement, si celles-ci sont utilisées d’une manière sûre pour la santé et l’environnement. J’estime donc que la Pologne devrait dépendre du charbon, parce que c’est une ressource dont nous avons des réserves abondantes.

Dans l’UE, cela nous donne l’image d’un pays qui s’oppose à une politique écologiquement consciente européenne.

Ce n’est pourtant pas le cas, car les nouvelles technologies nous permettront de réduire les émissions. C’est d’ailleurs déjà le cas : entre 1988 et 2014, la Pologne a réduit ses émissions de 30 %, comparé aux 20 % de réduction de l’UE dans son ensemble. En développant des technologies propres, nous acquérons des connaissances et une expérience que nous pourrons partager avec d’autres pays qui continueront d’utiliser le charbon pendant longtemps, comme la Chine ou l’Inde.

Et puis, ne soyons pas hypocrites : Les Allemands construisent des centrales au charbon supplémentaires pour compléter leur secteur des renouvelables.

>> Lire : Le charbon, un investissement de plus en plus dangereux en Europe