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03/12/2016

A la COP22, les pro-climat tentent de neutraliser les vents contraires

Climat & Environnement

A la COP22, les pro-climat tentent de neutraliser les vents contraires

L’élan de l’accord de Paris semble pénalisé par l’élection de Donald Trump, omniprésente dans les esprits des participants à la COP 22 à Marrakech.

« Après une année difficile, nous avons des choses à célébrer, non seulement un accord historique sur le climat, mais aussi des progrès contre les gaz HFC et l’aviation » a assuré tout sourire le commissaire au climat Miguel Arias Cañete, lundi 14 novembre à Marrakech, alors que s’ouvre la seconde semaine des négociations sur le climat, assurant qu’il fallait « faire plus pour garder l’esprit de Paris vivant ».

Un esprit quelque peu vacillant, un an après, au Maroc, alors que la menace de Trump d’un retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat fait craindre le pire. « Cela fait 15 ans que je viens à des COP… Peut-être que je n’aurai plus de travail l’année prochaine ! », ironise un négociateur asiatique avec légèreté.

Au niveau européen, le commissaire Cañete veut croire que le leadership doit être suivi par une véritable action contre le changement climatique. « Nous annoncerons d’ici la fin du mois la concrétisation de notre action sur l’énergie propre », rappelle le commissaire.

Le « paquet hiver » de la Commission doit notamment proposer un toilettage de la directive sur les énergies renouvelables pour adapter les objectifs aux nouvelles cibles de réductions d’émissions pour 2030, et « se concentrera sur les objectifs d’efficacité énergétique, surtout pour les secteurs de la construction » a assuré l’Espagnol. Un discours en forme de service minimum, alors que même la Chine a déclaré de son côté que l’engagement climatique se prolongerait, quelle que soit la position des États-Unis.

Interrogations sur les États-Unis

Le secrétaire d’État américain à l’Énergie, Ernest Moniz, a de son côté évoqué lundi les « nombreuses transitions à gérer » dans le futur. « Nous avons la transition de Paris à Marrakech, nous avons les transitions politiques, les transitions sociales » a souligné l’homme politique américain sans dissimuler une certaine inquiétude.

Pour son collègue, envoyé spécial pour le climat des États-Unis, Jonathan Pershing, des interrogations demeurent sans réponse quant aux projets climat de ses successeurs. Il veut néanmoins croire que sortir de l’accord serait compliqué, puisqu’il faudrait 4 ans. L’accord prévoit en effet qu’aucune partie ne puisse sortir dans les trois premières années, et doit aussi être dénoncé un an avant la sortie de l’accord.

« Le momentum construit à Paris signifie que la question n’est plus de savoir si nous devons accélérer, mais plutôt quand et comment nous le ferons », a souligné le fonctionnaire.

Face à ces risques majeurs, les plus optimistes veulent croire que les États-Unis n’ont tout simplement pas intérêt à quitter la course contre le réchauffement climatique.

« Si les États-Unis sortent de l’accord de Paris, qui souffrira le plus ? Le monde ou les États-Unis ? À mon avis, c’est les États-Unis » affirme Manuel Pulgar Vidal, ex ministre de l’Environnement péruvien désormais directeur international de WWF.

Neutraliser les forces de l’ombre

Face à cet angélisme, d’autres préfèrent regarder les choses en face. C’est le cas du fondateur et pilote de l’avion solaire Solar Impulse, Bertrand Piccard, avocat infatigable de l’efficacité énergétique qui a permis à son avion de faire mentir les scientifiques chagrins. Lequel n’hésite pas à montrer du doigt ce qui ne va pas.

« Les gouvernements ont compris que les objectifs climatiques sont profitables et créent de l’emploi. La question d’après, c’est pourquoi n’allons pas plus loin ? Pourquoi la moitié de l’UE n’a pas signé l’accord de Paris ? » s’est demandé l’homme d’affaires.

14 pays pour l’heure ont ratifié l’accord seulement, les autres affichant une motivation toute relative, ce qui a poussé les diplomates européens à faire preuve de créativité pour pouvoir ratifier malgré tout, après accord du Parlement européen, l’accord de Paris.

Si cela a permis à l’accord de Paris d’entrer en vigueur le 4 novembre, les conséquences concrètes de cet accord, qui doivent être clairement définies d’ici 2018, sont encore dans les limbes. Le manque d’élan commun de l’Union européenne n’est pas sans anodin face à cette situation.

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« Il y a encore des gens qui n’ont que faire de la souffrance humaine, de la protection de la planète. Nous devons neutraliser cette catégorie de personnes avec la réglementation, sans quoi ils ralentiront le mouvement dont nous avons besoin », estime Bertrand Piccard, incluant notamment dans cette catégorie les « présidents qui veulent rendre à leur pays leur grandeur ».