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24/08/2016

Biocarburants : les prix du secteur alimentaire ravivent le débat sur les objectifs de l’UE

Climat & Environnement

Biocarburants : les prix du secteur alimentaire ravivent le débat sur les objectifs de l’UE

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La sécheresse qui frappe les récoltes et les prix record des céréales ne font que renforcer les critiques contre l’industrie européenne des biocarburants. Outre la crainte que ces carburants ne permettent pas de réduire les émissions de carbone, celle d’une crise alimentaire se profile aussi à présent.

Ce regain d'inquiétude ne fait qu'intensifier la pression sur la Commission européenne qui doit parvenir cette année à un accord visant à assurer que les biocarburants européens ne sont pas en contradiction avec la production alimentaire ou les objectifs pour l'environnement.

Cet accord devrait en partie apaiser les craintes qui pèsent depuis des années sur l'industrie bioénergétique de plusieurs milliards d'euros.

La semaine dernière, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture a appelé à la suspension des quotas américains sur l'éthanol, pour limiter les retombées de la pire sécheresse connue par les Américains depuis plus d'un demi-siècle, un phénomène qui pourrait avoir un impact sur les prix et l'offre du maïs.

Il est peu probable qu'un changement soit opéré avant les élections aux États-Unis. Le débat met toutefois en exergue certains doutes concernant les objectifs européens qui pourraient alimenter la volatilité des marchés des matières premières en renforçant l'inélasticité de la demande.

« La situation américaine devrait alarmer l'UE : nos exigences en matière de biocarburants peuvent entraîner la volatilité des prix de l'alimentaire, surtout si l'on prend en compte le fait que nous transformons aujourd'hui 65 % de nos huiles végétales en biocarburants », a déclaré Nusa Urbancic, responsable de programme du groupe militant Transport and Environment.

Les objectifs de réduction du carbone remis en cause

Au sein de l'UE bien plus qu'aux États-Unis, les biocarburants font partie de la stratégie visant à réduire les émissions de carbone. Mme Urbancic et de nombreux autres militants doutent toutefois de la capacité des biocarburants à aller dans ce sens.

« La science a démontré que les biocarburants peuvent être plus nocifs pour le climat que les carburants conventionnels, si l'on prend en compte leur impact indirect sur les forêts et les tourbières.

Des plans d'action élaborés par les États membres de l'UE prévoient que les bioénergies, notamment la biomasse destinée à la production d'électricité et les biocarburants destinés aux transports, fournissent plus de 50 % de la part d'énergie renouvelable de l'UE dans le cadre des objectifs pour le climat à l'horizon 2020.

La Commission européenne s'est dite opposée à toute mesure qui ferait grimper les prix de l'alimentaire. Mais elle n'a pas encore trouvé comment garantir que ses propres politiques en matière de biocarburants évitent ce type d'effet distorsif.

Selon des sources de l'UE, la Commission tentera d'aboutir à un accord avant la fin de l'année sur le mode d'évaluation du changement d'affectation des sols indirect (CASI).

Elle souhaite ainsi clarifier l'impact de ses politiques sur le déplacement des cultures vivrières ou les modifications environnementales néfastes.

Pour l'instant, le commissaire européen à l'énergie, Günther Oettinger, reste opposé à l'idée d'augmenter la part de biocarburant dans les carburants de transport, aujourd'hui fixée à 10 % dans le cadre de l'objectif global de faire passer à 20 % la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique d'ici 2020.

Contexte

La consommation de biocarburants, qui domine en Europe comme l'éthanol aux États-Unis, devrait presque doubler et passer à 19,95 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) d'ici 2020, contre environ 10 Mtep en 2010.

L'UE a déjà une capacité de raffinage suffisante (22 millions de tonnes) pour faire face à cette augmentation de la demande en biocarburants, selon l'entreprise de services financiers néerlandaise Rabobank.

Elle est cependant confrontée à un défi majeur, celui de trouver les investissements et les technologies nécessaires pour exploiter des matières premières comme les herbes, les déchets végétaux, les feuilles et les écorces, afin d'apaiser la pression sur les productions céréalières destinées à l'alimentation.

L'Union doit également trouver une méthode qui ne nécessite pas le défrichement de forêts et de marécages pour établir des cultures destinées à la production de biocarburants, un  problème connu sous le nom de changement indirect d'affectation des sols (CASI).

Prochaines étapes

  • 2012 : la Commission européenne devrait annoncer de nouveaux critères concernant la modification indirecte de l'affectation des sols pour les biocarburants.
  • 2020 : date butoir pour l'objectif européen de 10 % d'énergie renouvelable dans les carburants de transport.

Plus d'information

Organisations internationales

  • Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture : Energy-smart food

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