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19/01/2017

Brême et Durban s’allient pour s’adapter au changement climatique

Climat & Environnement

Brême et Durban s’allient pour s’adapter au changement climatique

Des spécialistes du développement examinent le marais de la Riverhouse Valley, juste à côté de la rivière uMhlangane, à Durban, Afrique du Sud.

[Freie Hansestadt Bremen/GIZ Landesbüro Bremen]

Édition spéciale. Les villes de Brême et Durban se sont associées pour partager leur expérience. Un article d’EurActiv Allemagne.

En Allemagne, il existe déjà 50 partenariats climatiques municipaux, et ce chiffre ne fait qu’augmenter. Il suffit de jeter un coup d’œil à la côte sud-africaine pour comprendre que tout le monde profite de ce type de projets, à la fois les pays du sud et les États industrialisés.

La rivière Mhlangane, à Durban, est un symbole des défis climatiques auxquels sont confrontées les villes côtières d’Afrique du Sud. Les rivières ont été touchées par les phénomènes climatiques extrêmes de plus en plus courants. La biodiversité subit un déclin extraordinaire et les habitants connaissent un taux élevé de chômage et de pauvreté. La ville souhaite donc donner une seconde vie au bassin fluvial et se protéger contre la montée du niveau de la mer et les inondations.

« La population locale vit dans des logements précaires et a un accès limité au système de santé. Les vagues de chaleur et les inondations, exacerbées par le changement climatique, a touché les habitants très durement. Ils risquent de se retrouver sans abris et de contracter des maladies mortelles. Un marais qui fonctionne, qui stock de l’eau et refroidit la température de l’air pourrait donc sauver bien des vies à long terme », explique Joanne Douwes, de la municipalité de Durban.

Le partenaire de Durban dans cette aventure n’est cependant ni une ONG ni une organisation d’aide au développement, mais la ville allemande de Brême, à laquelle elle a été jumelée il y a plus de dix ans. Dans le cadre d’une initiative lancée par le ministère fédéral du Développement (BMZ), la ville a partagé son expérience et aidé Durban à utiliser ses ressources plus efficacement depuis un an.

Les spécialistes de la ville du nord de l’Allemagne ont donc aidé leur collègues sud-africains à choisir le meilleur équipement d’analyse de la qualité de l’eau, à améliorer la durabilité des processus et à déterminer l’origine des substances dangereuses qui polluent la rivière.

« En ce qui concerne le savoir-faire technique, nous avons beaucoup à apprendre de Brême. Cet échange nous permet aussi de poser un regard critique sur notre travail et de trouver de nouvelles solutions », ajoute Joanne Douwes.

Engagement local

La coopération au développement durable est une pratique que Durban a apprise de Brême, explique Joanne Douwes. Les autorités ont décidé d’impliquer les industries locales dans le programme dès le début, puisqu’il s’agit de la meilleure manière de protéger la rivière, et que le projet se termine déjà en 2016. Les habitants sont également impliqués dans le dragage de la rivière et l’élimination des plantes étrangères qui étouffent la voie d’eau. « Nous essayons d’éviter d’utiliser des machines, et plus de main d’œuvre. C’est la meilleure façon d’obtenir une participation maximale des habitants », indique-t-elle.

>> Lire : Le débat sur les objectifs climatiques reste polarisé en Allemagne

Des formations aidant les citoyens à s’adapter au changement climatique, notamment en améliorant la gestion de l’eau et des émissions de gaz à effets de serre, complètent les mesures prises autour de la rivière.

« Les habitants de Durban sont évidemment plus touchés par le changement climatique que ceux de Brême. Nous voulons donc soutenir les mesures qui combattent les effets du réchauffement et protègent le climat », explique Ulrike Hiller, une représentante de Brême, qui ajoute que la ville s’est engagée à respecter les objectifs de développement des Nations unies et à œuvrer pour la justice climatique.

Enseignement réciproque

Les conseils ne vont cependant pas que dans un sens. « En termes d’adaptation climatique, Durban est un précurseur en Afrique du Sud », indique Ulrike Hiller. « Nous n’avons commencé que récemment à penser à l’adaptation, parce que nous nous sommes d’abord concentrés sur le changement climatique, pas sur la manière dont nous allions nous y adapter. »

Durban se targue en effet d’être à l’avant-garde de l’adaptation climatique depuis que la ville a accueilli la COP 17 en 2011. Brême s’inquiète de la montée du niveau de la mer et de l’augmentation des précipitations et des températures, des sujets malheureusement trop bien connus de la ville sud-africaine. Le partenariat est donc autant bénéfique aux habitants des deux villes, qu’au climat.

Augmentation de l’aide municipale au développement

L’idée de ce type de partenariat plait au ministre allemand de la Coopération économique, Gerd Müller, qui souligne que les pays industrialisés et les pays en développement partagent la même responsabilité dans la lutte contre le changement climatique, la pauvreté et la faim.

En juin, le ministre a abordé la question des partenariats et partage de savoir-faire mis en place par les villes et régions. « Nous avons besoin de ce type d’engagement en Allemagne », a-t-il assuré. « Les municipalités ont le savoir, les compétences et le personnel nécessaires. »

Le partenariat entre Brême et Durban a été mis sur pied dans le cadre des « 50 partenariats climatiques municipaux d’ici 2015 ». Ce projet a été lancé par le prédécesseur de Gerd Müller, Dirk Niebel, et a reçu des financements à hauteur d’environ 125 000 euros. L’objectif de l’initiative a été atteint : d’ici la fin de l’année, 50 partenariats liés au climat existeront entre des villes allemandes et des municipalités de l’hémisphère sud.

Le ministre à la Coopération économique ne compte toutefois pas s’arrêter là et souhaite continuer à profiter du travail déjà accompli. « Il existe 400 projets de développement et 50 partenariats climatiques. C’est trop peu. Nous voulons arriver à au moins 1 000 projets l’an prochain et je suis certains que nous pouvons y arriver », a-t-il déclaré.

Jessica Bayer, de l’organisation Engagement Global, qui coordonne les partenariats climatiques, estime également que les municipalités sont le rouage le plus important de la machine de coopération au développement, du moins pas pour ce qui est du climat. Les villes et régions, promeuvent des politiques d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables souvent plus ambitieuses que celles qui sont adoptées par les gouvernements.

« La conférence pour le climat de Paris montre l’importance qu’ont pris les villes. Les pionnières, ce sont elles », conclut-elle.

Prochaines étapes

  • 28 nov. – 11 déc. 2001 : COP 17, 17ème conférence de l’ONU sur le changement climatique, à Durban.
  • 30 nov. – 11 déc. 2015 : COP 21, 21ème conférence de l’ONU sur le changement climatique, à Paris.

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