EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

21/01/2017

Bruxelles salue les objectifs climatiques pourtant bancals de la Serbie

Climat & Environnement

Bruxelles salue les objectifs climatiques pourtant bancals de la Serbie

La centrale thermique de Pljevja au Monténégro.

[paul prescott / Shutterstock]

La Commission européenne a qualifié les engagements climatiques de la Serbie pour la COP 21  d’étapes « exemplaires » vers l’adhésion à l’UE.  Pourtant, les données officielles indiquent que les émissions du pays vont augmenter de 15 % d’ici à 2030. 

La Serbie a annoncé qu’elle réduirait ses émissions de 9,8 % d’ici à 2030, par rapport au niveau de 1990, lors d’une conférence de presse à Belgrade où Maros Sefcovic, le vice-président de la Commission, était présent.

Mais l’engagement serbe d’une réduction de 9,8 % par rapport aux niveaux de 1990 équivaut en réalité une hausse de 15,3 % par rapport aux chiffres actuels.

Des sources au sein de l’UE ont déclaré que les promesses de la Serbie pourraient être encore plus problématiques qu’elles n’en paraissent, puisque les chiffres de référence en 1990 prenaient en compte les centrales à charbon très polluantes du Kosovo, qui ne seront très probablement pas inclues dans les statistiques de 2030.

Selon un rapport du gouvernement serbe envoyé à la CCNUCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) en avril, les émissions de la Serbie ont déjà chuté d’un quart depuis 1990, notamment suite à l’effondrement de l’industrie lourde à la fin de l’ère soviétique.

« Les émissions de gaz à effet de serre en 2013 ont baissé de 3,5 % par rapport à 2010 et de 25,1 % par rapport à 1990 », indique le rapport.

>> Lire : Le charbon, un investissement de plus en plus dangereux en Europe

Quoi qu’il en soit, Maros Sefcovic a salué la contribution de la Serbie et a promis que le pays serait soutenu dans sa volonté de rejoindre l’UE, dont les membres se sont engagés à réduire de 40 % leurs émissions de CO2 d’ici à 2030. « L’UE continuera de soutenir la Serbie, que ce soit dans le domaine du climat et de l’énergie ou autres », a-t-il affirmé. « Aujourd’hui, en adoptant la contribution prévue déterminée au niveau national (CPDN), la Serbie a emprunté une voie exemplaire. »

>> Lire : Seuls 31 pays ont dévoilé leurs contributions pour la COP 21

Sur Twitter, Miguel Arias Cañete, commissaire en charge de l’action pour le climat, a également félicité Belgrade d’avoir fait preuve de « leadership dans sa région ».

« La contribution de la Serbie est une blague à laquelle personne ne rit car la Commission dit que c’est une étape exemplaire vers l’adhésion à l’UE », a quant à lui estimé Garret Tankosi?-Kelly, directeur de SEEChange, un groupe de réflexion bosniaque qui travaille sur le développement durable dans les Balkans. « Comment le reste du monde est-il censé prendre les promesses climatiques de l’UE au sérieux quand cette dernière permet aux pays candidats de bidouiller leurs politiques climatiques tout en espérant que personne ne s’en rendra compte ? »

>> Lire : L’UE demande l’arrêt du « bricolage » sur les négociations climat

Un porte-parole de Miguel Arias Cañete et de Maros Sefcovic a refusé de commenter la nouvelle contribution, ajoutant que les deux commissaires avaient simplement « accueilli le fait que la Serbie, premier pays de la région à annoncer sa CPDN, progresse dans le processus international pour le climat ».

En revanche, d’autres sources de la Commissionne ont critiqué la contribution. « C’est un peu du bricolage », a déclaré une source à l’exécutif. « En réalité, c’est une contribution très faible et qui va décourager les pays qui se préparent à être bien plus ambitieux. »

Les contributions ambitieuses des pays les moins développés des Balkans seront surement affectées par l’annonce de la Serbie, a indiqué une source. « J’ai le sentiment qu’ils diront : si la Serbie a fait une proposition si faible, pour devrions-nous prendre des décisions douloureuses ? », a ajouté la source.

La Serbie est dépendante du charbon, qui représente environ 70 % de son énergie et attirent de nombreux investissements dans ce que les militants appellent la nouvelle vague des centrales à charbon, qui remplacent les infrastructures vieillissantes. La Serbie a récemment signé un contrat de 600 millions de dollars avec la Chine pour construire une nouvelle centrale à 350MW à Kostolac,à l’est du pays.