Climat : dernier jour à Bonn pour tenter de sortir de l’ornière

Les négociateurs de 195 pays risquent de quitter Bonn sans résultat tangible [Crédit : [GIZ/photothek]

Après dix jours de tractations infructueuses pour réduire et clarifier un projet d’accord sur le climat, les négociateurs de 195 pays risquent de quitter Bonn jeudi sans résultat tangible, à moins de six mois de la conférence de Paris.

Les longues heures de discussions menées depuis le 1er juin dans l’ancienne capitale allemande n’ont abouti qu’à un toilettage à minima du texte, long et illisible, issu du précédent round de négociations, en février à Genève.

Les pays membres de la convention de l’ONU sur le climat négocient en vue d’un accord à la conférence de Paris (Cop21) destiné à limiter le réchauffement mondial à 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Faute de quoi, les scientifiques promettent des conséquences dramatiques (inondations, sécheresse, tempêtes, élévation du niveau de la mer, etc.) et de grandes difficultés d’adaptation.

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Confus, le projet de texte de Genève, repris trois fois ligne par ligne par les délégués, aura perdu quelque 5 à 10 % de son volume (80 pages en anglais, 130 en français), sans jamais trancher sur le fond les sujets.

La situation est telle que les États pourraient décider jeudi de confier aux présidents des débats, l’Américain Daniel Reifsnyder et l’Algérien Ahmed Djoghlaf, le soin de le reprendre au cours de l’été.

Au-delà du nettoyage du document de toutes ses redondances, l’idée serait de « faire émerger des options politiques » pour enfin accélérer le processus, dit Romain Benicchio, de l’ONG Oxfam, au statut d’observateur.

Alors que les délégués ne disposeront plus que de dix journées de négociations officielles avant Paris, en septembre et octobre, il faut avancer entre les sessions: « Il y a de plus en plus de pays ou de groupes de pays pour dire qu’il faut absolument qu’on travaille entre les sessions, que les coprésidents avancent sur le texte pour qu’on ait quelque chose de plus politique à considérer ».

Questions épineuses

Au-delà du travail du texte, au cours de ces dix jours faits aussi d’innombrables échanges bilatéraux et réunions thématiques, quelques avancées auront été réalisées.

Notamment sur la question du soutien, y compris financier, aux politiques d’adaptation au réchauffement, revendication très forte des pays en développement déjà affectés par le phénomène climatique, souligne Jennifer Morgan, experte climat au think tank World Resources Institute.

« Certains pays développés réalisent que cela devra être une part importante de l’accord. On a vu par l’exemple l’UE rentrer plus dans les détails sur la façon de le faire », se félicite-t-elle.

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Mais tous les sujets épineux restent à l’ordre du jour. Notamment la question de la concrétisation des promesses financières faites par les pays développés – 100 milliards de dollars d’ici 2020.

Et puis quelle forme juridique donner au futur accord? Comment répartir l’effort entre les pays, selon leur responsabilité historique dans les émissions de gaz à effet de serre et les impératifs de développement des pays du sud ?

L’accord sera aussi porté par les engagements nationaux en matière de réduction des gaz à effet de serre, ces émissions, à 70 % liées à la combustion d’énergies fossiles, responsables du dérèglement climatique.

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Quarante pays ont pour l’instant rendu publiques leurs contributions, les autres devront le faire d’ici fin octobre. Et déjà les premiers calculs montrent que ces objectifs auront du mal à ramener le monde sur la voie des 2 °C.

Là encore, les États devront tenter de s’accorder sur des mécanismes permettant de réviser régulièrement à la hausse ces ambitions.

« Le bébé est entre les mains des coprésidents. Mais le dialogue doit s’accélérer aussi au niveau politique », résume Pierre Cannet, de l’ONG WWF.

Des discussions au niveau ministériel doivent se tenir à Paris les 21 et 22 juillet et le 7 septembre. S’y ajoutent des réunions de la Banque mondiale, du FMI et de l’ONU à l’automne, et un sommet du G20, quinze jours à peine avant la conférence de Paris.