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04/12/2016

COP 22 : la question des financements climat repoussée à 2018

Climat & Environnement

COP 22 : la question des financements climat repoussée à 2018

La COP 22 s’est achevée sans que la question des financements climatiques n’ait été tranchée, au grand dam des pays en voie de développement.

Laissée en suspens lors de l’accord de Paris, la question des financements climat est revenue sur la table des discussions de la 22e Conférence des Parties sur le climat (COP22) qui s’est terminée le 18 novembre à Marrakech.

Mais après deux semaines de tractations, la question de la mobilisation des 100 milliards de dollars par an promis par les pays développés pour aider les pays les plus pauvres à lutter contre le changement climatique n’a pas beaucoup avancé.

Déception de l’accord de Paris

« La question des financements avait été la grande déception de  l’accord de Paris » rappelle Armelle Le Comte d’Oxfam France. « Lors de la COP22, c’est le statu quo qui l’a emporté », détaille l’experte.

En décembre 2015, les dirigeants du monde entier s’étaient accordés sur un objectif commun de limiter le réchauffement climatique à 2°C. Côté financement, ils avaient réitéré la promesse faite à Copenhague en 2009 de mobiliser 100 milliards de dollars par an  d’ici à 2020 pour solder leur dette climatique à l’égard des pays en développement.

>>Lire : L’UE s’engage dans des promesses très théoriques de financement avant la COP 22

Un an plus tard, le dossier semble patiner. Dans une déclaration sur les financements de long-terme pour le climat, les pays participants se sont mis d’accord pour rappeler l’objectif des 100 milliards, mais sans préciser davantage les moyens de mobilisation.

Seule avancée par rapport à la COP 21, la mention de l’insuffisance des financements destinés à l’adaptation au changement climatique.  « Mais cette décision de dire qu’il faudra faire plus pour l’adaptation a été faites sans précision de montant ou de calendrier » explique Armelle Le Comte.

Adaptation vs atténuation

La question de la répartition des financements entre adaptation et atténuation a d’ailleurs fait l’objet d’un véritable différend entre pays développés et pays en voie de développement.

Dans une feuille de route élaborée par les  pays développés et présentée à Marrakech, seuls 20% des financements climat étaient dédiés à l’adaptation, c’est-à-dire aux actions qui permettent de limiter les impacts négatifs du changement climatique. Une proposition qui affecterait donc 20 milliards par an à l’adaptation au changement climatique, alors que les Nations unies évaluent les besoins entre 140 et 300 milliards annuels d’ici 2030.

>>Lire : Les financements manquent pour atteindre l’objectif des 2°C

La majeure partie des financements serait ainsi dédiée à l’atténuation, soit la réduction des émissions des gaz à effet de serre.

Une répartition jugée injuste par les ONG, qui estiment que les besoins en matière d’adaptation sont particulièrement importants dans les pays en voie de développement, plus durement touchés par les phénomènes climatiques (sécheresses, inondations, etc.)

« Les ministres et les négociateurs des pays développés […] se sont entêtés à faire la sourde oreille à la question du déficit de financement de l’adaptation » a regretté Armelle Le Comte.

Bras de fer

Alors que les pays en développement plaidaient pour un objectif de 40% des financements dédiés à l’adaptation, les pays développés ont défendu leur proposition de 20%, notamment au travers d’une feuille de route réalisée par les pays donateurs en partenariat avec l’OCDE.

>>Lire: Malgré des résultats maigres, la COP22 montre que l’effort climatique se poursuit

« Les pays développés voulaient que cette feuille de route soit adoptée dans la déclaration de Marrakech, les pays en développement ont bloqué » détaille  la représentante d’Oxfam. Dans la déclaration, les participants  se sont contentés de « se féliciter » de la « soumission » de la « feuille de route ».

RV en 2018

La question de la méthode pour comptabiliser les financements doit elle aussi être affinée avant 2018, date butoir fixée pour disposer d’une méthodologie commune.  Les questions de prise en compte des prêts ou des financements privés sont loin, pour l’instant de faire l’unanimité, et mènent à des estimations très différentes des financements climat déjà disponibles.

Dans leur feuille de route, les pays développés  estiment avoir déjà réussi à mobiliser 41 milliards de dollars par an en moyenne en 2013 et 2014.  En 2020, les différentes annonces recensées devraient permettre d’atteindre 67 milliards de dollars.

Un montant démenti par  le rapport « 2016 : Les vrais chiffres des financements climat » d’Oxfam, qui estime qu’en 2013-2014, « seulement 11 à 21 milliards de dollars étaient spécifiquement alloués à l’action climatique » sur les 41 recensés par la feuille de route. Pour 2020, l’ONG  table sur 18 à 34 milliards de dollars alloués au climat sur les 67 figurants dans le rapport.

 

 

 

 

 

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