COP21 : les droits humains, grands oubliés de l’accord ?

Jannie Staffansson, représentante du peuple Saami, au Bourget, le 11/12

« Rien n’a changé depuis le Rainbow Warrior » dénonce le directeur international de Greenpeace, alors que la question des droits humains n’est plus dans le corps du texte de l’accord COP21.

« C’est une conférence à propos du climat, pas des droits de l’homme ». Voilà ce que se sont vu répondre les ONG surprises de voir la mention du respect des droits des peuples indigènes et des droits de l’homme supprimée du corps du texte de l’Accord de Paris.

La dernière version du texte, présentée jeudi soir, ne l’avait plus. Et les discussions houleuses qui se sont tenu vendredi n’encouragent pas à l’optimisme.

Un pas en arrière qui a révolté les militants, qui ont adressé, par le biais du Mexique, un courrier à toutes les parties prenantes de la COP21, vendredi, leur demandant de réintégrer le sujet dans le corps du texte.

Une reconnaissance qui permettrait, selon eux, de protéger les populations souvent victimes de multinationales intéressées par les ressources de leurs territoires, qu’il s’agisse de minerais, de pétrole ou de forêts. Mais aussi d’insister sur l’urgence du changement climatique, dont ces populations sont particulièrement victimes. Problème : des lobbys puissants préfèrent, selon les ONG, éviter ce risque supplémentaire. L’UE, les Etats-Unis, la Norvège, les soutiendraient, selon les ONG. La France est aussi directement visée.

« La présidence française est responsable, elle nous a muselés. Mes amis, ma famille souffrent et risquent la mort à cause de cette irresponsabilité » a assuré, en larmes, Jannie Steffanssen, représentante du peuple Saami, en Norvège, vendredi soir.

La disparition des caribous, le réchauffement des températures qui fragilise la glace au point de rendre la circulation dangereuse sont autant d’éléments qui détériorent sérieusement les conditions de vie en Arctique.

« Nous avons besoin que la société civile se réveille, que les droits des peuples indigènes soient enfin reconnus » a réclamé la militante.

Un mépris inadmissible des droits de l’homme, selon Greenpeace

Le directeur exécutif de Greenpeace, Kumi Naidoo, a adressé une critique encore plus sévère à la France. « Depuis le début de la COP21, une vingtaine de personnes ont été arrêtées ou mises en cause pour avoir manifesté. C’est inadmissible ! Qu’aurait-on entendu si l’Inde avait réduit les libertés après les attentats de Mumbai ? Et là, personne ne dit rien » a décrypté le militant.

Il a aussi évoqué l’épisode du Rainbow Warrior, il y a 30 ans, lorsque la France avait fait exploser un navire de Greenpeace. « Rien n’a changé depuis le Rainbow Warrior. J’attends encore que la France présente ses excuses à la famille des victimes. Elle ne l’a toujours pas fait » a expliqué à EURACTIV le charismatique militant d’Afrique du Sud, qui se dit « lassé de ces pays qui donnent des leçons en permanence sur les droits de l’homme, sans les respecter sur leur territoire ».

L’état d’urgence, décidé en France au lendemain des attentats, a entraîné plus de 2500 perquisitions, 117 gardes à vue mais aussi plus de 200 assignations à résidence, dont des militants écologistes, alors que seulement 2 enquêtes terroristes ont été ouvertes.

200 ONG se sont jointes à la requête des militants, à laquelle la présidence française n’avait pas encore répondu vendredi soir.