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22/01/2017

Les voitures diesel polluent dix fois plus que les camions

Climat & Environnement

Les voitures diesel polluent dix fois plus que les camions

Camions et bus émettent nettement moins d’oxyde d’azote que les dernières voitures au diesel, en raison de contraintes règlementaires plus strictes. Un article de notre partenaire The Guardian.

La différence entre les émissions d’oxyde d’azote (NOx) des gros véhicules et des voitures particulière est frappante, selon des données publiées par l’UE. Elle est due à des tests beaucoup plus stricts imposés aux gros véhicules, selon les chercheurs à l’origine du rapport. Selon eux, les mêmes mesures devraient être appliquées aux voitures.

La pollution par oxyde d’azote est responsable de dizaines de milliers de morts prématurées à travers l’Europe. Au Royaume-Uni, le nombre de victimes est particulièrement élevé. L’essentiel de la pollution est produit par les voitures diesel, qui, lorsqu’elles sont sur la route, émettent six fois plus de gaz polluants que la limite autorisée lors des tests officiels réalisés en laboratoire.

>> Lire : Le Dieselgate mériterait des peines de prison, selon un représentant onusien

Depuis le scandale des émissions Volkswagen, les tests réalisés sur les voitures doivent être renforcés, mais les militants estiment que les réformes ne vont pas assez loin.

Le nouveau rapport du Conseil international pour un transport propre (ICCT), un groupe de recherche qui a joué un rôle clé dans la découverte de la manœuvre de Volkswagen, a comparé les émissions des camions et des bus dans des conditions de conduite réelles avec celles des voitures.

>> Lire : Volkswagen ne veut plus parler allemand

Les résultats montrent que les véhicules utilitaires lourds testés en Allemagne et en Finlande émettent environ 210 mg de NOx par kilomètre parcouru, soit moins de la moitié des 500 mg/km émis par les voitures modernes à diesel qui répondent pourtant aux normes les plus élevées « Euro 6 ».

Toutefois, les bus et camions ont des plus gros moteurs et brûlent plus de diesel par kilomètre, ce qui signifie que les voitures produisent dix fois plus de NOx par litre de carburant.

L’analyse de l’ICCT montre par ailleurs que les fabricants sont capables de s’assurer que les poids lourds respectent les limites de pollution même sur la route, alors que les émissions des voitures grimpent en flèche en conditions réelles.

Les tests officiels de l’UE sur les voitures sont actuellement limités aux mesures prises en laboratoire sur des véhicules prototypes. « À l’inverse, des appareils de test mobiles pour la mesure des émissions NOx sur les camions et bus sont devenus obligatoires en 2013. Ainsi, des véhicules peuvent être sélectionnés au hasard et testés dans des conditions de conduite réelles », a déclaré Peter Mock, directeur de l’ICCT en Europe.

Des changements dans le régime de tests applicables aux voitures dans l’UE devraient être opérés à partir de septembre, avec des appareils mobiles, appelés systèmes portables de mesure des émissions (PEMS), qui seront attachés à des véhicules circulant sur la route.

« Les constructeurs pourront toujours soigneusement choisir des prototypes spécifiques pour les tests d’émissions », a averti Peter Mock. « Il serait donc beaucoup plus judicieux de mesurer les émissions de véhicules ordinaires issus de la production en série, obtenues via les propriétaires qui les conduisent dans la vie de tous les jours. »

Un tel système est en vigueur aux États-Unis où le Dieselgate a été révélé pour la première fois. La Commission européenne a proposé de discuter de sa mise en place le 17 janvier à Bruxelles, mais l’ICCT assure qu’il fait face à la résistance de certains constructeurs automobiles et États membres de l’UE.

En décembre, la Commission européenne a entrepris une action en justice contre le Royaume-Uni et six autres États européens, qui n’avaient pas réagi face aux fraudes sur les émissions de voitures au lendemain du Dieselgate.

>> Lire : Bruxelles poursuit sept États membres sur le scandale Volkswagen

Mais à la fin de ce même mois, l’ébauche d’une enquête du Parlement européen a révélé que la Commission était elle-même coupable de mauvaise gestion. En effet, l’exécutif n’aurait pas agi assez rapidement au vu des preuves révélant l’utilisation de logiciels truqués pour déjouer le contrôle des émissions.

En 2015, des preuves ont établi que certaines voitures au diesel émettaient quatre fois plus de polluants NOx qu’un bus.

« Il est honteux de voir que les constructeurs automobiles ne parviennent pas à réduire ces émissions mortelles alors que la technologie est disponible et à un prix abordable », a commenté Catherine Bearder, eurodéputée (libéraux démocrates) et responsable des négociations sur la loi européenne en matière de qualité de l’air.

« La réduction spectaculaire des émissions de NOx des poids lourds est le résultat de tests européens beaucoup plus stricts, mis en place en 2011 et qui reflètent les conditions de conduite réelles. Si les bus et les camions peuvent respecter ces limites, il n’y a pas de raison que les voitures n’y arrivent pas », a-t-elle estimé.