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04/12/2016

L’UE se laisse distancer par la Chine et les États-Unis dans la course aux renouvelables

Climat & Environnement

L’UE se laisse distancer par la Chine et les États-Unis dans la course aux renouvelables

Le parc éolien Ningxia au nord de la Chine

Dans les cinq prochaines années, l’Union européenne aura pris du retard par rapport aux États-Unis et à la Chine dans le déploiement des renouvelables, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a promis de faire de l’UE le « numéro un mondial des énergies renouvelables », dans le cadre du projet d’Union de l’énergie, à la fois pour être moins dépendante des importations et pour lutter contre le changement climatique.

Plus tôt ce mois-ci, l’UE, le troisième plus gros émetteur du monde, a en outre ratifié l’accord de Paris, l’accord international visant à limiter le réchauffement climatique à 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle.

La Chine et les États-Unis, les deux plus grands pollueurs du monde, ont également ratifié l’accord et les dirigeants du monde entier se retrouveront au Maroc en novembre pour discuter des suites de l’accord.

>> Lire : L’Accord de Paris entrera en vigueur le 4 novembre

Cependant, si l’UE n’accroit pas son déploiement des énergies renouvelables, elle ne parviendra pas à atteindre ses objectifs climatiques d’augmenter de 27 % la part des renouvelables d’ici à 2030.

« L’UE est en train de perdre son rôle de leader au profit des États-Unis et de la Chine », a déclaré Imke Lübbeke, responsable climat et énergie au bureau européen du WWF. « La transition énergétique mondiale s’accélère, mais l’UE ne suit pas la cadence et loupe des occasions qui pourrait profiter à l’économie, à la santé et à la création d’emplois. »

L’année dernière, environ un demi-million de panneaux solaires ont été installés chaque jour dans le monde entier. En Chine, pays qui est à l’origine d’environ la moitié des nouvelles éoliennes et de 40 % de la hausse des renouvelables, deux éoliennes ont été installées par heure en 2015.

« Nous assistons à une transformation des marchés de l’énergie mondiaux orientée vers les renouvelables, et comme cela est le cas dans d’autres domaines, le centre de gravité de la croissance des renouvelables se déplacent vers les marchés émergents », a déclaré Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Analyse

L’analyse de l’AIE, publiée le 25 octobre, révèle que la capacité des renouvelables dans l’UE n’augmentera que de 23 % d’ici à 2021. Loin derrière la hausse de 62 % enregistrée ces six dernières années.

L’Allemagne est censée mener la course aux énergies renouvelables, suivie de la France et de la Pologne. Or, l’AIE reproche à certains pays européens leur incertitude politique au niveau national.

En effet, l’éolien terrestre est au point mort dans le sud et l’est de l’Europe à cause de réductions de subventions. L’intégration au réseau électrique et l’opposition publique aux éoliennes terrestres dans des États membres tels que la France et le Royaume-Uni ont ralenti la croissance du secteur.

La Commission européenne prévoit de lancer une série de lois visant à intégrer les objectifs climat et énergie pour 2030 afin de réduire les émissions et accroitre la présence des renouvelables. Les nouvelles lois seront accompagnées d’initiatives sur la conception du marché électrique de l’UE, qui sera passé au crible pour encourager leur utilisation. Les investisseurs attendent cependant de voir à quoi ressemblent les propositions finales avant de soutenir des projets.

« Les dirigeants européens doivent inciter les investisseurs à soutenir le solaire et l’éolien. L’Europe a besoin d’un marché de l’énergie plus rapide, plus compétitif, et mieux connecté, adapté aux technologies des énergies renouvelables nécessaires pour la décarbonisation », a expliqué Imke Lübbeke. « Si nous n’y arrivons pas, nous risquons de passer de leader mondial à trainard planétaire dans le domaine des renouvelables. »

Chine

La Chine est le pays qui devrait déployer le plus d’énergies renouvelables, avec 305GW de capacité supplémentaire d’ici à 2021. C’est donc une hausse de 60 % de capacité cumulée installée, soit plus que prévu dans le dernier rapport de l’AIE. Selon l’agence, cet essor est en partie motivé par les inquiétudes liées à la qualité de l’air, par un environnement politique favorable et par des objectifs contraignants.

La Chine a fixé un objectif de 200GW sur l’énergie éolienne dans le mix énergétique d’ici à 2020 dans le cadre de sa promesse climatique dans l’accord de Paris. L’éolien terrestre, la bioénergie et le solaire sont en pleine croissance alors que l’énergie hydraulique ralentit.

Les importations de produits solaires chinois en Europe suscitent la controverse. Certains considèrent que les panneaux solaires sont vendus à des prix artificiellement bas, et d’autres appellent à la suppression des mesures de défense commerciale, car elles rendent la transition vers une économie à faible carbone plus difficile et couteuse.

Les États-Unis sont devenus le marché enregistrant la seconde plus forte croissance dans le secteur des renouvelables, notamment du solaire et de l’éolien. Les responsables politiques américains ont par exemple prolongé de cinq ans les crédits d’impôt pour l’énergie éolienne, ce qui donne confiance aux investisseurs

Sonnette d’alarme

« C’est une sonnette d’alarme pour Bruxelles et les États membres qui doivent agir ensemble », a commenté Olivier Joy, de l’association professionnelle WindEurope. « L’Europe se la coule douce alors que les États-Unis, la Chine et l’Inde, s’engagent tous dans des projets ambitieux liés à l’énergie éolienne », a-t-il regretté. « Il est évident que depuis un certain temps, le leadership de l’Europe s’affaiblit. »

« Des engagements solides vis-à-vis des renouvelables dans la prochaine proposition de directive concernant ce marché serait un bon début », a-t-il estimé.

La Chine et les États-Unis ont toutefois un avantage sur l’UE dans le déploiement de l’énergie solaire : ils ne font pas face à la difficulté de combiner les lois nationales de plusieurs États membres.

>> Lire : L’UE de retour sur le devant de la scène climatique

Commission

La Commission européenne a salué le 25 octobre les progrès des Chinois et des Américains en matière de renouvelables, mais elle n’accepte pas de « prendre du retard ».

Anna-Kaisa Itkonen, porte-parole, a déclaré que la plupart des États membres étaient sur la bonne voie pour atteindre leurs objectifs climat et énergie pour 2020. « Seuls trois États membres sont légèrement à la traine », a-t-elle assuré lors du briefing de la Commission.

Les prévisions de la Commission indiquent que la part des renouvelables dans l’UE devrait passer de 28 % actuellement à 43 % d’ici à 2030. EurActiv a demandé à l’exécutif s’il prévoyait d’augmenter l’objectif de 27 % pour 2030 lors de la révision de la directive sur les énergies renouvelables afin d’accélérer leur déploiement.

Anna-Kaisa Itkonen a déclaré que la Commission travaillait là-dessus. « Vous verrez les fruits de notre travail une fois que nous prendrons la décision. »

« Je suis ravi de voir que l’année dernière était une si bonne année pour les renouvelables et que nos prévisions de croissance pour les cinq prochaines années sont plus optimistes », a pour sa part déclaré Fatih Birol, de l’AIE. « Néanmoins, même ces fortes attentes restent modestes comparées au potentiel inexploité des renouvelables. »