L’absence de cap politique plombe les biocarburants européens

Le Parlement européen a soutenu l'accord de Paris la semaine dernière. Mais sans un cadre politique solide, l'UE pourrait perdre son avantage compétitif en matière de biocarburants innovants.

Faute d’objectifs politiques clairs en matière de biocarburants, l’Union européenne risque de perdre un avantage compétitif durement acquis face à la concurrence internationale, notamment celle des États-Unis.

L’investissement dans des biocarburants de nouvelle génération est au point mort car les décideurs politiques, comme la Commission européenne, ne donnent pas de signaux clairs au marché.

Alors que des usines ne cessent d’ouvrir leur porte aux États-Unis et au Brésil, d’autres projets au Royaume-Uni et en Finlande sont abandonnés depuis 2014. Avant cette date, des installations ouvraient en Italie, en Finlande et au Danemark.

Les biocarburants « avancés » sont faits à partir de matières non alimentaires tels que des résidus agricoles ou forestiers ou des déchets municipaux biogènes. Contrairement aux biocarburants précédents, ils ne nécessitent pas de culture vivrière pour être créés, ce qui suscitait la controverse.

« L’Europe risque de perdre son avantage compétitif en matière d’innovation de carburants à faible teneur en carbone pour le transport », a déclaré Chris Malins, du Conseil international sur les transports propres. « Après le lancement de plusieurs projets commerciaux prometteurs ces dernières années, l’investissement a ralenti jusqu’à la paralysie en Europe à cause de l’incertitude politique. »

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Un problème qui pourrait être résolu grâce à des objectifs contraignants sur les carburants alternatifs avancés dans le prochain règlement de l’UE sur le climat pour 2020-2030, estime le groupe.

La Commission prévoit de revoir sa directive sur les énergies renouvelables le 7 décembre prochain, dans le cadre de sa stratégie sur l’Union de l’énergie pour combattre le changement climatique et réduire sa dépendance vis-à-vis des importations d’énergie.

« La confiance sur le long terme est indispensable pour stimuler l’investissement », a assuré Jonathan Murray, de Low Carbon Vehicle Partnership [Partenariat pour des véhicules à faible teneur en carbone].

Des entreprises, représentant la majorité de l’industrie européenne, des militants, des associations et des universitaires publient aujourd’hui (11 octobre) un rapport sur les bénéfices techniques, économiques et environnementaux d’être en première ligne du développement de la prochaine génération de biocarburants.

Occasions manquées

Alors que le monde se tourne vers un avenir durable, et faible en carbone, les nouveaux biocarburants ont le potentiel de croitre en tant qu’industrie. Pourtant, l’Europe, faute de n’avoir pas su donner un signal fort aux investisseurs pour les convaincre de soutenir des projets, prend du retard et manque des opportunités économiques majeures, indique le groupe.

En termes d’innovation des technologies solaires par exemple, l’Europe a fait le gros du travail. Tout cela pour ensuite voir la Chine déployer la technologie à grande échelle et avec succès.

Les changements rétroactifs de politiques dans le soutien des gouvernements à l’éolien et à d’autres projets de renouvelables au Royaume-Uni et en Espagne a miné la confiance des investisseurs.

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« Il est désormais urgent de sécuriser l’investissement grâce à des incitations pour ces projets qui ont un faible impact sur le climat, l’environnement et l’utilisation des terres », a expliqué Chris Malins.

Récompenser les carburants qui économisent le plus de gaz à effet de serre grâce à un système d’objectifs basés sur la performance stimulerait l’impact des biocarburants durables sur le marché, soulignent les auteurs du rapport.

« La commercialisation de biocarburants avancés et durables devrait être la priorité des objectifs climat 2030. Et pour y parvenir, mobiliser l’investissement est crucial », a ajouté Jonathan Murray.

Accord de Paris

La semaine dernière, l’UE a ratifié l’accord de Paris, un engagement mondial pour combattre le changement climatique, déclenchant ainsi son entrée en vigueur. Son objectif est de limiter le réchauffement de la planète à deux degrés au-dessus des niveaux préindustriels.

« Dans cinq ans, nous atteindrons une hausse de 1,5 degré », a affirmé Jennifer Holmgren, PDG de LanzaTech, une société de biocarburants avancés. « Il est urgent que nous mettions en place des mesures pour réduire notre empreinte carbone mondiale. »

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L’UE a promis de réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 % d’ici à 2030. Le transport est la principale source d’émissions de CO2 de l’UE. Il s’appuie principalement sur le pétrole, combustible fossile très polluant. C’est le seul secteur de l’UE où les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter.

Angel Alberdi, secrétaire générale de European Waste to Advanced Biofuels Association a expliqué que l’industrie était prête à apporter une « contribution clé » pour la décarbonisation du secteur du transport européen.

« L’innovation progresse rapidement », indique le rapport Biofrontiers. « Il est toutefois peu probable que les solutions énergétiques dont la société a besoin passent du laboratoire à la commercialisation sans un cadre politique solide qui leur permette de rivaliser avec les combustibles fossiles. »

Le soutien aux carburants alternatifs doit être la priorité de la révision de la directive sur les énergies renouvelables et de la directive sur la qualité des carburants, ajoute le rapport. Les versions actuelles de ces directives règlementent le soutien aux biocarburants jusqu’en 2020.

Le rapport, soutenu par la Fondation européenne pour le climat et l’ONG Transport et Environment (T&E) propose :

  • Des objectifs contraignants réalistes et responsables en matière de biocarburants avancés pour les fournisseurs en 2025, ainsi que des objectifs encore plus élevés pour 2030 ;
  • Des objectifs précis s’appuyant sur la performance et fixés par rapport au cycle de vie complet et aux émissions indirectes. Un système de récompense pour les carburants émettant le moins de gaz à effet de serre ;
  • Une politique énergétique et climatique pour 2030 qui assure de fortes réductions des émissions associées au cycle de vie tout en sauvegardant les sols, les aliments, l’eau et la biodiversité.

Biocarburants d’origine agricole

Selon la législation actuelle, les États membres doivent s’assurer que les énergies renouvelables représentent au moins 10 % de l’énergie dans le secteur du transport d’ici à 2020.

Mais suite à une controverse sur l’impact environnemental des biocarburants, l’UE a limité la contribution des biocarburants issus des cultures vivrières, comme le maïs ou l’huile de palme, à cet objectif.

En plus de faire grimper le prix des denrées alimentaires, l’utilisation des terres agricoles pour produire des biocarburants exerce une pression supplémentaire sur la déforestation pour libérer des terres, ce qui entraine une hausse des émissions de gaz à effet de serre.

Les producteurs d’éthanol estiment quant à eux que la Commission s’est trompée dans son analyse et a mis tous les biocarburants dans le même panier. Selon eux, des études montrent que l’éthanol contribue beaucoup moins à ce problème que le biocarburant. Ils accusent par ailleurs les politiques rétroactives d’avoir miné leurs investissements.

« Si nous devons apprendre de nos erreurs, l’Europe ne devrait promouvoir que des carburants liquides alternatifs en s’appuyant sur ses performances environnementales », a déclaré Jos Dings, directeur exécutif de T&E.

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Contexte

10 % d'énergies renouvelables dans les transports d'ici à 2020, c'est l'objectif que s'est fixé l'UE dans le cadre de la directive relative aux énergies renouvelables.

La directive sur la qualité des carburants requiert quant à elle une réduction de 6 % de l'empreinte carbone des carburants utilisés dans les transports pour la même année.

Prochaines étapes

  • 7 décembre : L’UE présente ses propositions pour la politique 2030 en matière de climat et d’énergie.