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29/09/2016

L’UE abandonne le contrôle de la Convention des maires à Bloomberg

Climat & Environnement

L’UE abandonne le contrôle de la Convention des maires à Bloomberg

Michael Bloomberg

Exclusif. Michael Bloomberg, l’ancien maire de New York, s’apprête à piloter la nouvelle alliance des villes du monde contre le changement climatique, une idée pourtant proposée par l’UE.

Après deux ans d’efforts de chaque côté, la Commission européenne et l’ancien homme d’affaires devenu activiste écolo Michael Bloomberg, s’apprêtent à fusionner leurs initiatives pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

La fusion de la Convention des maires de l’UE et de l’association des maires de Michael Bloomberg, qui doit être annoncée le 22 juin, créera une nouvelle alliance mondiale des maires, qui comptera 7 500 villes représentant plus de 600 millions d’habitants partout dans le monde.

La Commission européenne payera cher cette fusion, puisqu’elle devra renoncer à la gestion au jour le jour de l’organisation, et sans doute sacrifier une partie de son influence sur la gouvernance et les normes de l’alliance.

La Convention des maires de l’UE, la plus ancienne des deux organisations, a aujourd’hui dépassé l’Europe pour englober 6 800 villes dans 58 pays depuis 2008. 5 500 des villes et régions participantes ont déjà préparé leurs programmes contraignants pour limiter le changement climatique.

C’est le succès de l’initiative au niveau européen qui a mené à la création des structures régionales similaire en Afrique, en Chine, en Inde ou en Amérique du Nord.

Michael Bloomberg a adressé un message de soutien à l’organisation en 2009, mais a choisi de ne pas le rejoindre. Il a préféré mettre en place son propre programme, sans rejoindre la structure européenne qu’il projette à présent de diriger.

>> Lire : À la COP21, les villes et les régions se démarquent

L’association des maires, lancée en septembre 2014 par Michael Bloomberg et soutenue par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, ne rassemble pour sa part que 508 villes. Pourtant, si l’on en croit des informations rendues publiques, seules 50 d’entre elles ont préparé des projets détaillés pour atteindre leurs objectifs.

Romance parisienne

Les premières discussions en vue d’une fusion des deux organisations se sont déroulées durant la conférence de l’ONU pour le climat (COP21), à Paris, au mois de décembre.

Après six mois de négociations difficiles, un accord a été trouvé. La direction du conseil d’administration de la nouvelle Convention mondiale sera commune, mais le secrétariat, chargé du fonctionnement quotidien de l’organisation, sera dirigé par Bloomberg.

Selon les documents obtenus par EurActiv, Michael Bloomberg s’attend à ce que le système de surveillance et de rapport des efforts de réductions des émissions et du changement climatique, instrument clé de l’approche ascendante de ces initiatives, s’appuie sur ses normes, et non celles de l’UE.

Un représentant de l’UE réfute cette « perception » selon laquelle l’initiative sera entre les mains de Bloomberg. En réalité, les villes seront les vrais moteurs de l’alliance, assure-t-il.

Le fonctionnaire a admis que Michael Bloomberg prendrait « très probablement » la direction du secrétariat, mais insiste sur le fait que celui-ci restera à Bruxelles et rendra des comptes aux deux coprésidents, Michael Bloomberg et Maroš Šefčovič.

Perte de contrôle

Les détails finaux de l’organisation du secrétariat et des rapports seront peaufinés d’ici janvier 2017, date à laquelle l’alliance des maires et son nouveau site Internet devraient être opérationnels.

À Bruxelles, certains se plaignent cependant de la perte de contrôle de l’UE, qu’ils disent avoir cédé sous la pression de l‘ancien maire de New York. Sous couvert de l’anonymat, une source au sein des institutions s’est interrogée sur la survie du système de gouvernance actuel de la Convention (européenne) des maires.

D’autres sont moins pessimistes, et soulignent que les deux initiatives « partagent le même objectif », même s’il est « clair que nous avons des approches différentes ».

Les documents internes de la Convention mondiale des maires indiquent que la fusion des deux initiatives permettra d’atteindre davantage de villes sur tous les continents, « limitera la concurrence entre différentes entités et harmonisera les recrutements, ce qui mènera à une plus grande participation et à un impact encore plus important des actions entreprises au niveau local ».

Pour ce faire, la nouvelle Convention utilisera des financements européens et des fonds de l’ancien maire de New York.

« Cette fusion constitue un signal très fort et très clair envoyé aux gouvernements : non seulement les villes agissent pour limiter le changement climatique, mais elles sont à la pointe, ensemble », devrait déclarer Michael Bloomberg le 22 juin.

Contexte

La Convention des Maires, une initiative lancée par la Commission européenne, a établi que les villes doivent contribuer à la lutte contre le changement climatique, étant donné que 80 % du CO2 émis provient des zones urbaines.

Plus de 5 000 villes et régions européennes sont signataires de cette convention et ont offert de réduire leurs émissions de carbone de plus de 20 % d’ici 2020 et d’offrir une énergie renouvelable abordable à tous.

Les maires et autorités locales participantes se sont ainsi engagés à mettre sur pied des plans d’action pour la production d’énergie durable. Ces plans d’action devront expliquer en détail comment les localités entendent atteindre l’objectif de plus de 20 %, à la fois dans le secteur privé et public. Les maires devront ensuite faire le point sur leurs progrès tous les deux ans, au moins. S’ils ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs, ils sont exclus de la Convention.

Par ailleurs, des localités européennes se sont regroupées autour du projet Energy Cities, qui se définit comme « le groupement européen des collectivités en transition énergétique ». Selon une récente analyse du magazine The Economist, un tiers des villes dans le monde seraient affectées par les effets du changement climatique d’ici 2025.

Les villes comptent également une quantité disproportionnée d'éclairages de rues et de bâtiments. Elles représentent plus de 70 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde et pourraient jouer un rôle charnière dans la réduction des émissions et dans la limitation de leurs répercussions.

L’association des maires de Michael Bloomberg est un ensemble de maires et représentants des villes s’engageant à réduire les émissions au niveau local, améliorer la résistance au changement climatique et suivre les progrès de manière transparente. Lancée en 2014, l’initiative a notamment reçu le soutien de plusieurs agences de l’ONU et du réseau mondial des villes.

>> Lire : Les villes prêtes à analyser leur risque climatique, mais discrètement

La signature de la fusion des deux organisations se déroulera le 22 juin. Y participeront Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission européenne, Michael Bloomberg, Anne Hidalgo, maire de Paris, et Christiana Figueres, responsable de la convention-cadre de l’ONU sur le changement climatique.

Prochaines étapes

  • 22 juin : Signature de la Convention mondiale des maires.
  • Janvier 2017 : Le secrétariat et le site Internet seront opérationnels.