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04/12/2016

Fillon contre Juppé: le duel vert aura-t-il lieu?

Climat & Environnement

Fillon contre Juppé: le duel vert aura-t-il lieu?

fillonjuppe

[UMP/Flickr]

Si l’environnement a tenu une bien maigre place dans la campagne, il n’est pas certain qu’il surgisse dans la dernière ligne droite. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Pour reprendre un terme désormais courant chez les commentateurs politiques, les résultats de la primaire de droite et du centre constituent un «séisme politique». Contre toute attente, c’est l’outsider François Fillon qui a franchi en tête, à 44,1%, le premier tour de la primaire qui s’est tenu dimanche 20 novembre. Ce qui lui donne de fortes chances de l’emporter dimanche 27 novembre contre l’ex-favori, Alain Juppé. Lequel n’a obtenu que 28,6%. Longtemps donné finaliste, Nicolas Sarkozy a été sèchement battu, à 20,6%.

Force est d’admettre que l’environnement n’aura tenu qu’une faible place dans la campagne: on se souviendra surtout de la sortie climatosceptique de Nicolas Sarkozy, début septembre, et de la réponse d’Alain Juppé, qui fut son éphémère ministre de l’écologie (du 18 mai au 18 juin 2007). Puis, lors du deuxième débat télévisé, d’un vif -et bref- échange entre Nicolas Sarkozy et Nathalie Kosciusko-Morizet, au sujet du Grenelle de l’environnement. Reste à savoir ce que réserve le débat de l’entre-deux tours, qui aura lieu jeudi 24 novembre.

>> Lire : L’avance de Fillon face à Juppé, un revers pour les europhiles

Un sujet (un peu) abordé

Les programmes des sept candidats, du moins de certains, contenaient bien quelques mesures relatives à l’environnement –pas toujours en son honneur. C’est le cas de François Fillon, qui, dans un volet «environnement et transition énergétique» récemment ajouté à son programme, détaille ses mesures en la matière.

Quant à Alain Juppé, censément l’un des plus engagés sur le sujet, nul ne connaît le détail de son programme environnemental: après plusieurs reports de publication, il était question, peu avant le premier tour, de ne le publier qu’en décembre -en cas de victoire, qui semblait acquise. La tournure délicate des événements pourrait le condamner aux oubliettes de l’écologie.

Lundi 21 novembre, l’équipe d’Alain Juppé se réunissait sur la conduite de la campagne de l’entre-deux tours, afin de déterminer les thèmes à mettre en avant. Le maire de Bordeaux a donné un (léger) avant-goût de ses mesures écolos, lors d’une tribune publiée le 8 novembre sur son site, à l’occasion de l’ouverture de la COP22.

Pour Fillon, fin du principe de précaution

Du côté de François Fillon, le programme environnemental donne rapidement le ton: «la spoliation du débat public par des idéologues qui ont pris en otage les activistes et militants sincères des débuts de l’écologie politique a conduit à structurer ce thème autour de l’opposition entre le camp du bien et le côté obscur».

Le candidat s’engage d’ailleurs à mettre fin au principe de précaution, inscrit en 2005 dans la Constitution par le président Jacques Chirac, pour le remplacer par un «principe de responsabilité». Sans aller aussi loin, Alain Juppé souhaite le maintenir, en faisant attention à ce qu’il ne bride pas l’innovation, notamment sur la recherche relative aux OGM –à laquelle François Fillon se montre très favorable.

>> Lire : Les mesures choc de François Fillon en faveur de l’entrepreneuriat

Les beaux jours du nucléaire

Côté énergie, François Fillon est un ardent partisan du nucléaire, «notre filière d’excellence» dont «le 21ème siècle aura besoin»: prolongation de l’exploitation des centrales nucléaires existantes de 40 ans à 60 ans –dont celle de Fessenheim-, renforcement de la recherche sur les réacteurs de quatrième génération, développement d’une gamme de petits et moyens réacteurs nucléaires (en cours chez EDF). Alain Juppé s’est aussi montré défavorable à la fermeture de centrales nucléaires, lorsqu’elles remplissent les conditions de sûreté.

Pour François Fillon, pas question de reprendre l’objectif légal d’abaisser la part du nucléaire de 75% à 50% d’ici à 2025, un choix qualifié de «dogmatique, intenable et contraire à l’intérêt général». Seul bémol, il faudra «veiller scrupuleusement à assurer la sûreté et la sécurité des installations de production énergétique, et au premier rang des centrales nucléaires». Un rôle dévolu à l’Autorité de sûreté nucléaire depuis … 2006.

>> Lire : La renaissance du nucléaire bute face aux renouvelables

Quant aux énergies renouvelables, François Fillon souhaite certes en développer une filière industrielle, mais fait montre d’un soutien plus prudent qu’Alain Juppé. Le Sarthois veut ainsi supprimer la contribution au service public de l’électricité (CSPE) pour les futurs contrats (ce qui est déjà le cas pour la plupart des filières), ainsi que pour ceux venant à échéance. Objectif: «sortir des objectifs chiffrés pour donner la main au marché». La fin de la CSPE signe accessoirement la fin du financement des tarifs sociaux d’électricité et de gaz (320 M€ en 2016), de la péréquation (1,7 Md€), des aides à la cogénération

D’un montant cumulé de 73 milliards d’euros sur la période 2014-2025, le montant de la CSPE est «à comparer aux 55 milliards du programme du grand carénage» des centrales nucléaires, «pour une production d’électricité beaucoup plus importante», indique son programme. Au lieu de la CSPE, il propose de prolonger le crédit d’impôt pour les investissements dans le renouvelable. Restera à financer la cogénération, les tarifs sociaux et la péréquation.

Déchet pour l’un, biodiv pour l’autre

Côté gestion des déchets, François Fillon propose de «développer la pédagogie du tri dans les communes et auprès des particuliers», d’augmenter la taxe de mise en décharge (de 100 euros par tonne, contre 25 euros actuellement), d’«étendre l’obligation de récupération de leurs propres produits en fin de vie par les industriels» et d’appliquer un taux de TVA réduit sur les produits intégrant plus de 50% de matériaux recyclés dans leur composition.

Nulle trace de biodiversité chez François Fillon. Alain Juppé l’évoque brièvement dans sa tribune, notamment celles des milieux urbains («nidification des oiseaux, pollinisation des abeilles, replantation des haies») et d’outremer -pour ses bénéfices potentiels pour la recherche de nouveaux médicaments. Contre la déprime hivernale?

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