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24/08/2016

Hulot salue les bonnnes intentions de la Russie sur le climat

Sciences & Législation

Hulot salue les bonnnes intentions de la Russie sur le climat

Nicolas Hulot, envoyé spécial de la France pour la protection de la planète, est « extrêmement surpris » par le changement d’attitude de la Russie vis-à-vis du climat. Selon lui, Moscou ne s’opposera probablement pas à un accord ambitieux à Paris. 

Depuis des années, la Russie s’est forgé la réputation de se montrer particulièrement obtuse sur le dossier du changement climatique. Les défenseurs de l’environnement accusent d’ailleurs Moscou de se servir des négociations des Nations unies comme d’un « self-service », où les diplomates « viennent à toute heure du jour et de la nuit avec des exigences ridicules ».

Dans le contexte du conflit ukrainien et des tensions militaires croissantes entre la Russie et l’Occident, certains observateurs craignent que Moscou n’utilise une fois encore les négociations sur le climat pour promouvoir ses intérêts dans d’autres domaines.

L’envoyé spécial pour le changement climatique des États-Unis, Todd Stern, doute ouvertement de la fiabilité de la Russie. Il a expliqué à EurActiv que les négociateurs ne connaissent en général pas la position de Moscou jusqu’à la minute où ses représentants entrent dans la salle de discussions.

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À Bruxelles, Nicolas Hulot a donc créé la surprise en déclarant qu’il voyait un « changement de perception » vis-à-vis du changement climatique en Russie.

« Nous sommes partis là-bas en ne sachant pas très bien comment nous allions être reçus », a expliqué Nicolas Hulot, qui s’est récemment rendu à Moscou avec une délégation française. « On se demandait si on n’allait pas réveiller la capacité de la Russie à bloquer un processus. Nous nous interrogions sur l’état d’esprit qui règne en Russie où on entendait dire il y a quelques années que le changement climatique en Sibérie était plutôt une bonne nouvelle…»

Surprise

L’ancien journaliste TV a été nommé envoyé spécial de la France pour la planète par le président François Hollande. Le 13 mai, il a pris la parole lors d’un événement organisé par la Fondation Robert Schumann.

Quand EurActiv lui a demandé s’il voyait la politique russe comme un obstacle potentiel lors de la conférence de Paris, sa réponse a surpris. « J’ai rencontré M. Bedritsky, l’envoyé spécial de Vladimir Poutine sur le changement climatique. À ma grande surprise on a passé pratiquement quatre heures avec lui », a expliqué le français, qui ajoute que leur discussion a été « très ferme ».

« Pour finir, on n’était pas du tout dans cet état d’esprit [d’opposition à un engagement sérieux] », précisant qu’il « n’y avait aucune ironie » lors de cet échange. Huit jours plus tard, la Russie a dévoilé sa contribution prévue déterminée au niveau national (CPDN), alors que la date butoir n’est qu’au mois de septembre. Nicolas Hulot juge cette décision « déterminante ».

« Il y a maintenant un changement de perception » vis-à-vis du changement climatique en Russie, assure Nicolas Hulot. Il a rappelé que la Russie a fait face à plusieurs catastrophes ces dernières années. En 2010, par exemple des feux de forêts qui se sont déclarés dans les environs de Moscou et ont couté la vie à 54 personnes. Les sécheresses et mauvaises récoltes qui ont suivi ces incendies et la vague de chaleur auraient engendré des dégâts à hauteur d’environ 15 milliards de dollars. Le Français a également parlé de « l’apparition soudaine de cratères géants en Sibérie » et des « émanations fortes de méthane » en Sibérie, qui pourraient être causées par le réchauffement du permafrost, selon les scientifiques.

>> Lire : L’UE fait l’impasse sur la forêt dans sa politique climatique

« J’ai pu aussi rencontrer des scientifiques, et différentes personnalités politiques », explique Nicolas Hulot, qui juge qu’ils « ont une lecture [du changement climatique] très différente d’il y a quelques années ».

« Donc les obstacles [à Paris] ne viendront pas forcément d’eux. Ils nous ont d’ailleurs proposé de faire office de bonne volonté dans le groupe des BRIC », ajoute-t-il.

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http://www.euractiv.fr/video/nicolas-hulot-nous-sommes-dans-une-demarche-de-suicide-collectif-314698

Contexte

En décembre 2015, les représentants des pays de l'ONU se réuniront à Paris pour tenter d'élaborer un nouvel accord de protection du climat pour remplacer le protocole de Kyoto.

La contribution de l'UE à l'accord de l'ONU sera basée sur un accord établi octobre 2014 entre les dirigeants européens.

Elle prévoit un objectif contraignant de réduction des émissions pour 2030 d'au moins 40 % comparé à 1990. L'accord fait référence à un « objectif contraignant, applicable à l'ensemble de l’économie et couvrant tous les secteurs et toutes les sources d’émissions, y compris l’agriculture, la foresterie et les autres utilisations des terres ».

Prochaines étapes

Plus d'information

Commission européenne