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30/08/2016

Juncker accusé de privilégier les lobbys de l’industrie au détriment des ONG

Climat & Environnement

Juncker accusé de privilégier les lobbys de l’industrie au détriment des ONG

Jean-Claude Juncker

[European Parliament/Flickr]

Exclusif. Le président de la Commission européenne n’a pas rencontré une seule ONG pour l’environnement en 2015, mais a trouvé le temps de rencontrer 18 organisations de l’industrie.

Le site Internet de Jean-Claude Juncker montre que le président de l’exécutif européen a assisté à 29 réunions du 22 janvier au 10 décembre 2015. Le déséquilibre apparent risque d’être exploité par ceux qui accusent la Commission de ne pas se soucier de l’environnement et de donner la priorité aux intérêts des entreprises.

« Il est bien triste de constater que le président Juncker montre si peu d’intérêt pour l’environnement. À notre connaissance, durant les 14 mois qui se sont écoulés depuis qu’il a pris ses fonctions, il n’a pas rencontré une seule fois une organisation de défense de l’environnement », a regretté Jeremy Wates, secrétaire général du Bureau européen de l’environnement (BEE) et membre de l’alliance d’ONG Green 10. 

« Le BEE et Green 10 ont fait plusieurs demandes et nous n’avons jamais reçu de réponses positives. Alors évidemment, ça nous refroidit », a déclaré Jeremy Wates. « J’espère que les choses vont changer. »

2015 a été une grande année pour les questions environnementales de l’UE. Outre la très marquante Conférence de l’ONU sur le changement climatique (COP21) à Paris, l’année a été marquée par la grande controverse sur le retrait du paquet sur l’économie circulaire, et la « modernisation » de la directive Oiseaux et Habitats.

>> Lire : Le paquet sur l’économie circulaire passe à la trappe

Le programme de la Commission pour une réglementation affûtée et performante (REFIT) analyse les lois de l’UE afin d’éliminer les lourdeurs administratives pesant sur les entreprises.

La consultation de l’UE sur la directive Oiseaux et Habitats a reçu plus de 500 000 réponses, qui appelaient toutes à ne pas affaiblir la loi dans le cadre de la stratégie du « mieux légiférer » de l’exécutif.

Vue d’ensemble

« Plutôt que de se concentrer sur chaque réunion, il est plus important d’avoir une vue d’ensemble de la situation, qui montre bien l’importance qu’apporte la Commission Juncker aux questions environnementales », a déclaré l’exécutif.

Selon la Commission, les sujets environnementaux et de développement durable ont été intégrés aux dix priorités politiques, et le cabinet de Jean-Claude Juncker a bel et bien rencontré des ONG pour l’environnement.

Les ONG ont bien eu accès au cabinet du président qui a rencontré E3G, Avaaz, Greenpeace, Oxfam et la Fondation européenne pour le climat pour des questions environnementales

Mais la balance est toutefois sérieusement déséquilibrée du point de vue des ONG. « Les grandes entreprises obtiennent davantage de tête-à-tête avec les commissaires » estime Daniel Freund, de Transparency International, qui en juin dernier affirmait que 75 % des réunions de la Commission étaient avec des lobbyistes d’entreprises.

>> Lire : Un lobby propose de simplifier l’UE en s’attaquant à l’égalité des genres et à l’environnement

« Il ne fait aucun doute que les lobbyistes exercent plus d’influence quand ils ont toute l’attention d’un commissaire », a-t-il ajouté.

La plupart des réunions organisées avec des ONG ont eu lieu lors de tables rondes, auxquelles participaient dix représentants ou plus et un commissaire, a expliqué Daniel Freund.

La BEE a publié un document montrant que les priorités politiques de la Commission européenne pouvaient être revues, pour devenir plus vertes et impliquer Jean-Claude Juncker.

Réunions

Depuis janvier 2015, Jean-Claude Juncker a rencontré Michel Platini, récemment suspendu de l’Union des associations européennes de football, le groupe industriel énergétique français Engie, la fédération des entreprises grecques, et la Deutsche Bank, entre autres.

Jean-Claude Juncker a aussi rencontré trois syndicats, ainsi que Bill Gates et la Fondation Bill et Melinda Gates, Kofi Annan et sa fondation, ainsi que George Soros, pour l’Open Society European Policy Institute.

Commissaires

Le commissaire en charge de l’action pour le climat, Miguel Arias Cañete, a rencontré personnellement 15 ONG pour l’environnement à plusieurs reprises. Il a rencontré Greenpeace, Oxfam, WWF, E3G, Nature Code, le BEE, et les Amis de la Terre Europe, entre autres.

De son côté, Karmenu Vella, commissaire en charge de l’environnement, a rencontré Greenpeace, WWF, Seas at Risk, The Nature Conservancy Europe, Birdlife Europe, ClientEarth, Oceana, le Pew Charitable Trusts et la Wildlife Conservation Society.Karmenu Vella a rencontré les neufs ONG listées sur le site officiel à plusieurs reprises.

Le vice-président de la Commission, Maroš Šef?ovi?, responsable de la stratégie de l’Union de l’énergie, a rencontré Green 10 deux fois. Il a également organisé une réunion séparée avec Greenpeace. Green 10 regroupe Birdlife Europe, CEE Bankwatch Network, le Réseau action climat Europe, le BEE, les Amis de la Terre Europe, Greenpeace, l’Alliance pour la santé et l’environnement, Naturefriends International, Transport et Environnement, et WWF.

Contexte

Le registre de transparence européen est entré en vigueur en juin 2011 et s'inscrit dans une démarche visant à renforcer l'intégrité des institutions dans le cadre l'Initiative européenne en matière de transparence.

Il s'agit d'une base de données des lobbys et d'autres organisations qui cherchent à influencer la législation européenne. Près de 6 000 organisations, qui ont leur siège à Bruxelles pour la plupart, y sont inscrites.