Katainen met en garde contre des objectifs d’efficacité énergétique renforcés

Jyrki Katainen [European Commission]

Le commissaire à l’emploi et à la croissance a prévenu qu’un relèvement des objectifs d’efficacité énergétique au niveau européen serait trop couteux pour les entreprises. 

Le 9 décembre, lors d’un événement EURACTIV au Parlement européen, Jyrki Katainen, le commissaire à l’emploi et à la croissance, a livré un plaidoyer vibrant pour l’efficacité énergétique et la transition vers une économie à faibles émissions de carbone. L’Union de l’énergie sera « probablement le plus grand déclencheur d’investissement de l’UE dans les années à venir », a-t-il assuré.

Le 30 novembre, la Commission européenne a présenté son « paquet hiver », une série de mesures énergétiques comprenant notamment un objectif de réduction de la consommation énergétique de 30 % d’ici 2030.  En octobre 2014, les dirigeants européens s’étaient entendus sur un objectif non contraignant de 27 %. Une déception pour les défenseurs de l’efficacité énergétique, qui espéraient un objectif de 40 %, surtout après l’accord de Paris pour limiter le réchauffement planétaire à 2°C.

Eviter « davantage de pression sur l’industrie »

Le Parlement européen a déjà adopté deux résolutions en faveur d’un objectif de 40 %. « Personne ne s’oppose » à davantage de mesures pour l’efficacité énergétique, a déclaré Jyrki Katainen, interrogé sur la réticence de la Commission d’élever les objectifs, mais « nous voulons notamment éviter de placer davantage de pression sur l’industrie. Nous voulions être réalistes. »

Le Conseil des ministres a adopté une position plus frileuse que le Parlement et a déjà revu à la baisse l’objectif, qui est passé des 30% initialement proposés à 27%

EURACTIV a demandé au commissaire pourquoi l’exécutif n’avait pas proposé 33 %, afin de pouvoir baisser de 3 %. « Il y a deux écoles », a-t-il répondu. « La première est de proposer quelque chose de dément afin de se ménager une meilleure position de négociation. L’autre, à laquelle adhère cette Commission, est de proposer ce que l’on considère comme juste. »

Il assure que la Commission a fait une analyse coût-bénéfice soigneuse de sa proposition et qu’un scénario à 40 % résulte en coûts plus élevés pour les entreprises.

Selon Jyrki Katainen, la balle est à présent dans le camp du Conseil et du Parlement, qui ne devraient plus affaiblir l’objectif. « Comme je l’ai dit, nous avons voulu être réalistes. Espérons que tout le monde prenne ses responsabilités », a-t-il ajouté.

Plus de financement via le Plan Juncker

Le vice-président de la Commission a également indiqué que les projets liés à l’énergie et au climat recevraient davantage de financements dans le cadre du Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS), connu sous le nom de Plan Juncker.

Suite à l’accord de Paris, l’exécutif propose qu’au moins 40 % des projets financés contribuent à la protection du climat, a également expliqué Jyrki Katainen.

Le FEIS contribue donc à des projets comme des bâtiments « zéro émissions », des champs d’éoliennes en mer du Nord (Belgique et Royaume-Uni) et sur la terre ferme (Autriche, Grèce et Suède). La biomasse, le biogaz et les centrales de conversion des déchets en énergie au Danemark et en Lituanie recevront également des fonds.

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Contexte

Le 30 novembre, la Commission européenne a dévoilé son « paquet hiver », une série de propositions liées à l’énergie. L’exécutif propose notamment de réduire la consommation d’énergie dans l’UE de 30 %, comparé à 1990.

Avant que cet objectif se transforme en loi, le Parlement et le Conseil devront toutefois s’accorder sur le texte - et les négociations s’annoncent difficiles.

Les eurodéputés ont adopté à deux reprises des résolutions appelant à une réduction de 40 %, alors que les États membres restent fixés sur 27 %.