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24/01/2017

L’accord de la COP21, un texte qui ne résout rien

Climat & Environnement

L’accord de la COP21, un texte qui ne résout rien

La tour Eiffel arbore fièrement le résultat de la COP 21: 1,5 degré.

[OECD/Twitter]

Le 12 décembre, les gouvernements du monde entier ont signé un accord international historique de lutte contre le changement climatique lors de la Conférence de l’ONU sur le climat de Paris, la COP 21. Les spécialistes avertissent toutefois que leurs promesses ne suffiront pas.

Près de 200 nations se sont mises d’accord pour limiter le réchauffement climatique à « bien moins » de deux degrés au-dessus des niveaux préindustriels. Le texte mentionne aussi un objectif à long terme de maximum 1,5 degré.

À l’ouverture de la COP 21, il y a deux semaines, cet objectif semblait impossible. Les rangs de ses défenseurs se sont toutefois élargis et il a été adopté par la « coalition pour un accord ambitieux », à laquelle appartenait l’Union européenne, les États-Unis et plus de 100 autres pays développés et en développement.

>> Lire : Washington se rallie à l’objectif minimum de 1,5°C à la COP 21

Pour certains, cet accord marque le début de la fin pour les industries des énergies fossiles et envoie un signal fort aux marchés de l’innovation et des investissements verts. Malgré cet accord historique sur papier, les actions précises promises par les pays à l’approche de la COP ne permettront pas d’atteindre leur objectif de 2 degrés d’ici la fin du siècle. Or, une hausse de 2 degrés des températures aura déjà un impact considérable pour la planète et ses habitants.

>> Lire : COP 21 : les + et les – de l’accord

Les contributions nationales des pays ne permettront en effet pas de limiter le réchauffement à moins de 2,7 degrés, selon les analyses de l’ONG Climate Action Tracker. Les gouvernements, qui ont bataillé pendant deux semaines pour trouver un accord, devront donc prendre des mesures supplémentaires importantes s’ils veulent atteindre leur objectif final de 1,5 degré.

« La somme des 188 contributions[…] ne suffira pas à limiter à 2 degrés le réchauffement planétaire d’ici la fin du siècle. L’accord de Paris ouvre toutefois la voie à la concrétisation de cet objectif », explique un communiqué de la Commission européenne. 

https://twitter.com/MAC_europa/status/675744493627383808

Tweet de Miguel Arias Cañete (@MAC_europa), le 12 décembre 2015 : ACCORD CLIMATIQUE HISTORIQUE ! Après de nombreuses années d’efforts sans répit, c’est une vraie victoire pour l’Europe #COP21 pic.twitter.com/fx9wNPMZLz

Selon l’accord, les pays devront soumettre de nouvelles CPDN tous les cinq ans. Celles-ci ne pourront pas être moins ambitieuses que leurs prédecesseuses. Ces nouvelles CPDN seront accompagnées d’un système de rapport et de transparence.

L’UE a énormément insisté pour que l’accord comprenne ce système de rapport et d’évaluation tous les cinq ans. Dans le courant des négociations, ce point a été qualifié de sine qua non par des sources au sein des institutions de l’UE.

Une belle révolution

C’est Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères et président de la COP 21, qui est parvenu à assurer cet accord « juste, ambitieux, légalement contraignant et inclusif », à 19 heures 25, sous un tonnerre d’applaudissements. Après les attentats qui ont secoué la ville il y a quelques semaines, Paris est « redevenue une ville d’espoir et de lumière », selon la délégation officielle européenne.

>> Lire : La diplomatie française, grande gagnante de la COP 21

François Hollande a souligné que si Paris avait été témoin de nombreuses révolutions depuis des siècles, l’accord climatique était la « plus belle » de toutes les révolutions de l’Histoire. L’accord constitue une victoire opportune pour le président français, après un premier tour d’élections régionales très favorables au Front national

Les négociations se sont déroulées dans un contexte de désaccords profonds entre les pays en développement et les pays développés. Les questions du financement de la lutte contre le changement climatique dans les pays en développement et de la compensation des effets du réchauffement, principalement causé par les industries des pays développés, ont toutes deux posé problème.

Les pays développés ont toujours l’objectif de mobiliser 100 milliards de dollars américains (environ 90 milliards d’euros) par an d’ici 2025, afin de financement le climat. En 2025, un autre objectif sera défini. Certains autres engagements financiers ont toutefois été supprimés de l’accord de la COP 21 et intégré à la décision, moins contraignante, qui l’accompagne.

L’article qui traite des pertes et dommages ne mentionne ainsi pas de compensation. Selon un spécialiste des politiques présent à la conférence, cette omission signifie que les pays riches contribueront à payer les assurances climatiques, rien de plus.

John Kerry, le secrétaire d’État américain, a estimé que l’accord n’était pas parfait, mais a salué le fait qu’il constitue un « pas en avant considérable ».

D’autres compromis ont dû être faits. C’est le cas par exemple de l’aviation et le transport maritime internationaux, qui ont disparu de l’accord. L’UE avait promis de faire tout son possible pour que ces secteurs, sources majeures d’émissions, figurent dans l’accord final. Pour l’UE, l’accord est un camouflet : aucune de ses demandes n’a été prise en compte. Ainsi, l’accord fait l’impasse sur la décarbonisation et reste discret sur les marchés du carbone qu’il n’évoque qu’à propos d’un nouveau mécanisme de compensation carbone onusien.

>> Lire : La Pologne empêche l’UE d’intégrer la décarbonisation à l’accord COP 21

La signature d’un accord contraignant, même un jour après le délai attendu, par tous les pays, y compris l’Arabie saoudite, l’Inde et la Chine, constitue toutefois une victoire éclatante. Le commissaire européen au climat, Miguel Arias Cañete, s’est également réjoui de cet « accord collectif extraordinaire ».

L’accord a été communiqué alors même que des milliers de manifestants défilaient à Paris en appelant à un objectif de 1,5 degré et à une réelle justice climatique.

>> Lire : Naomi Klein reproche à la France de museler la société civile

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont commencé en 1992. Tous les ans, l'ONU organise une conférence internationale sur le changement climatique appelée la Conférence des Parties, ou COP.

Paris organise la 21ème conférence en décembre 2015. Les États participants doivent y conclure un accord pour remplacer le protocole de Kyoto, dont le but était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012. 

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