L’AIE demande à l’UE de la stabilité sur les renouvelables

L'AIE prédit une croissance considérable des renouvelables. [PaisleyScotland/Flickr]

L’Agence internationale de l’énergie juge que les gouvernements n’offrent pas assez de garanties au secteur des renouvelables.

Les gouvernements devraient cesser de se comporter comme des girouettes, et s’engager dans une politique claire de soutien aux renouvelables, qui généreront plus d’électricité que la demande combinée de la Chine, de l’Inde et du Brésil d’ici cinq ans, assure l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Dans un rapport publié aujourd’hui (2 octobre), l’AIE confirme que les énergies renouvelables pourraient à la fois ralentir le changement climatique et renforcer la sécurité énergétique. La croissance du secteur sera assurée par la baisse des prix et une offensive du secteur dans les économies émergentes.

Les renouvelables seront la plus importante source d’électricité dans les cinq années à venir, avec une production de 700 gigawatts, soit plus du double de la capacité de production d’énergie du Japon. La part du renouvelable dans la production mondiale devrait augmenter de plus de 3 % d’ici 2020, atteignant 26 %. L’AIE considère remarquable la rapidité de cette hausse.

Près de 40 % de la croissance de la capacité mondiale de production d’électricité propre se concentreront en Chine, tout comme un tiers des nouveaux investissements d’ici 2020.

Le désavantage le plus souvent montré du doigt des renouvelables est son caractère variable. Pourtant, pour le directeur général de l’AIE, Fatih Birol, « les systèmes de gestion d’énergie peuvent apprendre à s’adapter au caractère fluctuant des renouvelables, c’est la volatilité des politiques qui représente le plus gros risque ».

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« Les gouvernements doivent se débarrasser des incertitudes qui planent sur les énergies renouvelables s’ils souhaitent que ces technologies atteignent leur plein potentiel et que nos systèmes deviennent plus sûrs et plus fiables », a-t-il expliqué lors de la réunion des ministres de l’Énergie du G20 à Istanbul. « En termes de croissance des sources d’énergie, les renouvelables occupent la première place, mais la bataille est loin d’être gagnée. »

Plusieurs gouvernements européens ont en effet réduit leur soutien aux renouvelables. Ce sont les coupes rétroactives qui ont le plus refroidi les investisseurs. En Espagne, l’exemple européen le plus connu, la réduction des subventions au solaire et à l’éolien après la crise ont considérablement affaibli le secteur.

L’Espagne est le pays qui a la plus grande capacité de production d’énergie éolienne terrestre en Europe. En 2013, cette capacité n’a cependant pas été augmentée du tout, et l’année d’après seuls 27 mégawatts ont enrichi le secteur, une amélioration encore plus modeste que celle de l’Ukraine, Crimée incluse.

Le gouvernement britannique a également annoncé une baisse des subventions du solaire et de l’éolien terrestres en 2015. L’éolien offshore pourrait également faire l’objet de coupes.

La croissance des renouvelables en Roumanie et en Bulgarie a pour sa part été freinée par la suppression des tarifs de rachat et l’imposition de frais de connexion au réseau énergétique.

La Commission européenne a en outre conseillé à ses États membres de mettre un terme aux tarifs de rachat et de se tourner vers un système de marché fondé sur des appels d’offres et des primes de rachat.

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Tout comme le directeur de l’AIE, l’Association européenne de l’énergie éolienne (EWEA) souligne qu’il est essentiel que les politiques de soutien gouvernementales soient cohérentes. « Si un gouvernement doit faire un changement [de politique], l’industrie et les investisseurs doivent être prévenus bien à l’avance. Pas question de déplacer les buts après le coup de sifflet ! », renchérit Oliver Joy, porte-parole de l’EWEA.

Pour l’AIE, la conférence des Nations unies sur le climat (COP21), qui se déroulera à Paris à la fin de l’année, est l’occasion pour les dirigeants d’envoyer un message de soutien clair aux investisseurs. « Une issue claire et encourageante des négociations de la COP21 à Paris en décembre pourrait créer un cercle vertueux pour la généralisation des renouvelables en améliorant la prédictibilité des politiques à long terme », souligne l’agence.

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Contexte

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) est une organisation autonome responsable de garantir une énergie fiable, abordable et propre à ses 29 États membres et au reste de la planète. Créée en réaction à la crise du pétrole de 1973-74,  son rôle initial était d'aider les pays à coordonner une réponse collective aux perturbations importantes de l'approvisionnement en pétrole. Si cet objectif reste un aspect clé des travaux de l'agence, celle-ci a évolué et s'est diversifiée. Elle est aujourd'hui au cœur du dialogue mondial sur l'énergie et fournit des statistiques, analyses, recommandations et études de références.

Prochaines étapes

  • 30 novembre : Ouverture de la conférence de l'ONU sur le climat à Paris (COP21).

Plus d'information

Agence internationale de l'énergie (AIE)