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01/09/2016

L’Europe a perdu son rôle moteur dans les négociations climatiques

Climat & Environnement

L’Europe a perdu son rôle moteur dans les négociations climatiques

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A 10 mois de la COP21, Paris tente de réunir les conditions d’un accord international. L’approche « à la carte »  modifie profondément la donne de négociations internationales face auxquelles les Européens sont surtout des facilitateurs.

Alors que les négociateurs internationaux se réunissent lundi 26 janvier au Japon pour le premier round des négociations 2015, à Paris, le compte à rebours pour la conférence de décembre prochain a déjà commencé. Il s’affiche sur le nouveau site de Paris 2015 et se ressent dans l’effervescence qui s’est saisi de certains services ministériels. Plus que 310 jours avant le début de la conférence sur le climat qui se tiendra au Bourget. Et qui pourrait, en cas d’échec, être la dernière du genre.

D’échec, il n’en est aujourd’hui pas question du côté de la France. « Dans cette conférence, les Français jouent les Gentil Organisateurs du Club Med ! ( les G.O sont les animateurs). Ils ne s’occupent pas tellement du fond, ils veulent surtout que l’ambiance soit bonne », constate un proche des négociations. Depuis déjà un an, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, mobilise son administration sur le sujet; l’UE prend aussi sa part dans l’effort.

>>Lire : L’UE tente une offensive diplomatique sur le climat

Un problème de méthode

Mais les jalons posés sont jusqu’alors plutôt maigres. Ils portent sur la méthodologie, discutée lors de la conférence de Lima en décembre dernier. Le cadre s’avère en effet essentiel. « Pour mettre tout le monde d’accord, encore faut-il parler la même langue, c’est ce qui manque aujourd’hui » assure un proche des négociations.

Le type d’objectifs, la méthodologie, la période de référence et d’engagement et l’évaluation sont des sujets de débat sans fin : les négociateurs peinent à se mettre d’accord sur un socle commun.

>>Lire aussi : L’UE fait monter la pression sur la COP 20

Un cadre très vague a été défini à Lima. Le texte final négocié en décembre dernier suggère  que les partis soumettent leur position avant mai 2015, comme si le but des négociations était d’aboutir à un accord juridiquement contraignant ; soit un traité international « classique », de type Kyoto. Pourtant, la nature des contributions nationales est encore imprécise. Et la différenciation des Etats reste aussi ouverte : la classification ancienne d’Annexe 1 ou 2 a disparu pour laisser place à une organisation multipolaire, où les divergences sont nombreuses.

Approche « bottom-up »

Et en parallèle, des accords bilatéraux s’avèrent finalement avoir plus d’impact sur la réduction des émissions de CO2 : c’est ce qu’on appelle l’approche de bas en haut, ou « bottom-up » qui s’oppose au cadre général donné par Kyoto, qui était « top down » et consistait à évaluer les réductions à accomplir avant de les répartir.

Ainsi, l’accord USA-Chine a signé en novembre dernier représente une excellente illustration de cette approche. Il s’agit d’un bond en avant contre le changement climatique, et ce en dehors de tout cadre conventionnel . Revers de la médaille, ce type de déclaration est contre productif pour le cadre onusien de la Conférence des parties.

« L’Inde s’est sentie exclue du processus après cet accords entre les principaux responsables, et a participé au blocage des négociations à Lima. Qui n’ont au final abouti à rien » estime Stefan Aykut, chercheur et auteur d’un ouvrage sur les négociations internationales

L’Europe accueille une négociation dont elle n’est pas moteur

La question géopolitique est en effet au cœur du problème.  L’Europe n’est plus moteur de cette lutte, d’une part parce que ses émissions de CO2 ne pèsent plus bien lourd face à celles des émergents et des Etats-Unis ; d’autre part parce que l’approche « top-down » qu’elle propose et qu’elle continue d’appliquer au niveau des 28 est de facto en déshérence.

Son alliance avec les pays en développement, à qui le précédent mécanisme profitait grâce à des transferts de richesse organisés sous l’égide du Mécanisme de Développement propre, s’est effondrée avec le prix du carbone. A 7 euros par tonne de CO2, les projets propres ne sont plus rentables. Ce qui laisse sans réponse la question du financement de la lutte contre le changement climatique.

Un accord qui aura un potentiel d’amélioration

Les négociations sont compliquées par le fait que leur objectif est hors de portée. En effet, limiter le réchauffement du climat à + 2 ° en 2050 est l’ objectif officiel des négociations internationales depuis 2009. Mais le réchauffement en cours s’oriente vers +4 à + 6° Celsius d’ici la fin du siècle. Pour rester en dessous de la limite des deux degrés, les gouvernements du monde entier devraient adopter le concept  de « profonde décarbonisation » du système énergétique mondial » assurait Jeffrey D. Sachs dans une tribune publiée en décembre 2014.

« Un schisme des réalités est en train de se former : d’un côté on a les scientifiques qui alertent sur l’urgence d’éliminer immédiatement les émissions de CO2 sous peine d’un réchauffement rapide, de l’autre le processus de négociation est d’une lenteur incroyable » confirme Stefan Aykut. Faut-il ignorer ce paradoxe, et avancer malgré tout à petit pas ? Ou au contraire brusquer les plus réticents – quitte à aller au clash ? C’est tout l’enjeu des 310 jours à venir.

*”Gouverner le climat. 20 ans de négociations internationales” Presses de Sciences Po

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont démarré en 1992, et sont marquées par une conférence internationale annuelle appelée Conférence des Parties, ou COP.

Après la COP 19 à Varsovie fin novembre 2013, le Pérou s'est chargé de la 20ième conférence, à Lima, en décembre 2014.

Paris organise la 21ième conférence, au Bourget, début décembre 2015, une conférence qui revêt une importance particulière. Comme à Copenhague en 2009, les Etats doivent trouver un accord pour donner suite au protocole de Kyoto, dont l'objet était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012. L'enjeu est donc de trouver un cadre juridique contraignant ou non.

Prochaines étapes

  • 8 au 13 février : discussion sur le nouveau traité à Genève
  • 31 mars : chaque pays présente ses engagements
  • 31 mai : date butoir pour la présentation du projet officiel
  • 3 au 14 juin : poursuite des négociations à Bonn
  • 13 au 16 juillet : Troisième conférence internationale sur le financement du développement
  • 1er novembre : synthèse de l’ONU de l’ensemble des engagements

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