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24/08/2016

L’UE demande l’arrêt du « bricolage » sur les négociations climat

Climat & Environnement

L’UE demande l’arrêt du « bricolage » sur les négociations climat

Les négociations de 190 pays à Bonn © UNFCCC

Au terme d’une dizaine de jours de négociations à Bonn, les délégués européens expriment une certaine frustration sur la lenteur des progrès. La branche de l’ONU en charge des négociations tout comme la France qui organise la COP 21 insistent sur la nécessité d’établir un climat de confiance

La déception semblait générale, jeudi 11 juin, à l’issue d’une dizaine de jours de négociations sur le réchauffement climatique à Bonn, dont le résultat laisse les spécialistes circonspects. À six mois de la conférence de Paris, « les négociateurs pinaillent sur un texte ultra-long » a regretté un observateur, constatant que les divergences entre les différents blocs étaient encore importantes.

Les délégués représentant près de 200 pays ont pourtant commencer à revoir le texte de 89 pages qui doit servir de base à un accord universel sur le réchauffement climatique pour la COP 21.

Mais ils n’ont pas abordé les problèmes de fond, par exemple la nécessité ou pas de fixer un calendrier pour la suppression progressive des gaz à effet de serre.

Plusieurs États ont demandé une accélération du rythme de travail en soulignant qu’il ne restait plus que deux sessions préparatoires avant le sommet de Paris (COP 21).

L’UE critique pour faire bouger les lignes

« Nous n’avons pas constaté autant de progrès que nous l’aurions souhaité », a déclaré Elina Bardram, qui dirige la délégation de la Commission européenne. « On ne peut pas bricoler indéfiniment. »

L’UE veut tenter de tirer les négociations vers plus d’ambition, et tente de motiver d’autres pays et blocs de pays pour soutenir sa position. Pour l’heure, un axe UE/ Amérique latine semble se créer : c’est en effet dans le Sud de l’Amérique que l’UE trouve ses alliés les plus motivés, à l’instar du Mexique.

« Nous souhaiterions que le rythme s’accélère », a déclaré un responsable américain sous le sceau de l’anonymat, tout en qualifiant les débats de productifs.

« Ces négociations sont un grand moment pour les pays. Les détails comptent beaucoup », a-t-il ajouté.

La délégation française se veut rassurante

« Je ne suis pas déçue ou frustrée par ces négociations, a assuré la responsable française des négociations, Laurence Tubiana, en ajoutant qu’ « un accord universel ne se fait pas en une nuit ». Elle a aussi comparé le processus de négociation à celui de la gestation, et insisté sur l’importance d’établir un climat de confiance entre les pays.

« C’est un processus étape par étape », a également souligné Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), lors d’une conférence de presse.

Il y a eu des progrès dans la structuration du texte et dans la clarification des diverses possibilités d’action, a-t-elle ajouté.

Au rang des avancées des négociations des dix derniers jours, on peut de fait mettre le fait que le texte initial ait été raboté : de 90 pages, le document est passé à 85 pages.

2 300 mots ont été supprimés, ce qui est un début. Cet hiver, Laurence Tubiana indiquait à EurActiv qu’elle souhaitait un texte d’une trentaine de pages.

Su Wei, négociateur en chef pour la Chine, a déclaré que tous les pays voulaient « un résultat ambitieux et équilibré à Paris » pour limiter les gaz à effet de serre.

Après avoir signé un accord bilatéral sur le climat avec les États-Unis, la Chine ambitionne de faire de même avec l’UE.

>>Lire : Laurence Tubiana : « On peut imaginer un accord bilatérale entre l’UE et la Chine sur le climat »

L’Alliance des petits États insulaires (Aosis) qui représente notamment des pays côtiers d’Asie ou des Caraïbes mis en danger par la montée du niveau des mers, s’est montrée plus alarmée avaient été faits à Bonn tout en estimant qu’il y avait « encore un travail considérable ».

Les négociateurs doivent se retrouver en août et en octobre, mais les questions les plus difficiles, telles que l’aide aux pays en développement et la façon de rendre la convention sur le climat obligatoire d’un point de vue juridique, seront laissées à la COP 21.

Lundi, les pays membres du Groupe des Sept (G7) ont approuvé l’objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le monde et de limiter la hausse de la température moyenne d’ici à 2100 à 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle.

De nombreux pays en développement sont favorables à un délai plus rapproché, à l’horizon 2050, tandis que certains pays de l’Opep voudraient qu’aucune date limite ne soit fixée.

>>Lire aussi : Galop d’essai pour la COP21 à Paris

Contexte

Les négociations mondiales sur le climat se déroulent dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Le mandat actuel (donné à Durban en 2011) a entraîné deux voies de négociations : une première voie vise l’obtention d’un accord mondial d’ici à 2015 qui entrera en vigueur en 2020, une seconde voie a pour objectif d’intensifier les efforts en faveur du climat jusqu’en 2020. Outre ces deux voies, la mise en œuvre des décisions prises précédemment reste cruciale, qu’il s’agisse de questions de financement, d’adaptation, de technologie ou encore de transparence et de suivi de la politique nationale relative au climat.

Du point de vue politique, l’obtention du nouvel accord mondial d’ici à 2015 est la principale préoccupation. Cet accord devra impliquer des efforts de la part de tous les pays. La conférence sur le climat qui doit entériner l’accord est la 21e Conférence des Parties de la CCNUCC, qui se tiendra à Paris en décembre 2015.

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