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25/08/2016

L’UE fait monter la pression sur la COP20

Climat & Environnement

L’UE fait monter la pression sur la COP20

COP 20 à Lima au Pérou - décembre 2014 /Copyright: IISD Reporting Services

Alors que la COP 20 a démarré à Lima, l’UE défend officiellement des engagements nationaux « quantifiables et comparables » sur la réduction des émissions de CO2. Une position ambitieuse alors que certains pays en développement contestent déjà le manque d’équité des propositions.

Trois jours après le début de la COP20 (Conférence des Parties) qui s’est ouvert le premier décembre à Lima au Pérou, la Commission européenne a avancé ses pions, en officialisant qu’elle souhaitait obtenir des objectifs de réduction des émissions de CO2 « transparents, quantifiables et comparables », lors d’un point presse de Miguel Arias Canete, le nouveau commissaire au climat.

Le compte à rebours a commencé

La représentante de la Commission à Lima, Elina Bardram, avait déjà précisé ces objectifs le 1er décembre lors d’une conférence de presse, en précisant que l’UE souhaitait que des objectifs de réductions d’émission juridiquement contraignants, et provenant de tous les pays, soient adoptés à Paris en 2015.

>>Lire: Le G20 fait un pas en faveur du climat

Une position que M. Canete a également faite sienne. « Le compte à rebours avant Paris a commencé. Il y a de l’optimisme à Lima, et j’ai confiance dans le Pérou pour mener à bien cette étape » a assuré le commissaire. La Conférence des parties sur le changement climatique se tient jusqu’au 12 décembre à Lima, où les 196 pays parties prenantes sont réunis ou représentés ; elle doit poser les jalons d’un nouvel accord climatique, après la fin du protocole de Kyoto.

Accord contraignant, avec tous les pays

« Nous avons besoin d’un accord qui soit à la fois contraignant et souple pour tenir en compte la situation géopolitique » a martelé le commissaire, en insistant sur le fait que l’UE voulait que « tous les pays et tous les gros émetteurs de CO2 » soient parties prenantes de l’accord en préparation.

La COP21 que la France organisera à Paris représente la dernière chance de tenter de limiter la hausse des températures à + 2° en 2050. Selon le GIEC, il faudrait limiter les émissions à 0 en 2100 pour que le réchauffement ne soit pas hors de contrôle.

La France s’active depuis déjà un an du côté diplomatique, et les derniers rebondissements « ne peuvent que donner de l’espoir » assure Laurence Tubiana, ambassadrice en charge des négociations pour la France. « Les représentants d’Arabie Saoudite m’ont dit qu’ils souhaitent être faire partie de la COP, qu’ils ne voulaient plus en être exclus ! » se réjouit la diplomate, tout en rappelant le succès du thème climatique lors du dernier G20, à Melbourne. « L’Inde a annoncé qu’ils voulaient arrêter d’importer du charbon d’ici 3 ans, ce qui fut un vrai revers pour les Australiens qui en produisent » souligne-t-elle, en se félicitant également de la mention climat inclue dans le document final.

Un « non-paper » qui fâche

Le volontarisme du Vieux Continent ne va pas sans heurts. Ainsi une proposition de texte d’accord pour la COP 21,  ou « non-paper » a déjà été mise sur la table par l’UE. S’il représente une base de travail, il ne met pas tout le monde d’accord.

« L’UE a été très active pour faire avancer les négociations à Lima. En octobre, les Européens se sont mis d’accord sur des objectifs pour 2030 de réduction d’au moins 40 % des émissions » a ajouté le commissaire, affirmant que l’UE pourrait préciser ses propres engagements pour l’accord de la COP21 au premier trimestre 2015.

>>Lire: Rajendra Pachauri salue les efforts de l’UE sur le climat

« Nous espérons que ça encouragera les autres » a précisé le commissaire. Les Etats-Unis se sont déjà engagés à faire de même, lors d’un Conseil Energie UE-Etats-Unis réuni cette semaine à Bruxelles.

L’UE prête à aider les pays en développement

Miguel Arias Canete a insisté jeudi sur le point sensible de ce début de conférence à Lima, concernant le financement de l’adaptation au changement climatique.

Certains pays en voie de développement ont en effet déjà exprimé leur mécontentement devant la proposition de texte de l’UE. Le Groupe des pays africains a notamment estimé que « le texte était déséquilibré », notamment parce que les pays pauvres n’étaient pas traités sur un pied d’égalité par rapport aux riches, et que les positions de son groupe étaient mal représentées.

L’enjeu de l’équité, qui avait été largement oublié durant la précédente tentative de négociation à Copenhague en 2009, s’avère crucial pour ce nouveau round de discussions. La demande des pays en développement, d’être aidés par des transferts de technologie et de fonds n’a été considérée légitime que récemment.

>>Lire: Le sommet climat donne un timide coup d’accélérateur au Fonds vert

Par la voix de son commissaire, l’UE a aussi tenté de répondre aux inquiétudes de certains, en assurant qu’elle était « prête à aider les pays en développement ». Le commissaire a ainsi répondu aux inquiétudes exprimées cette semaine à Lima, et a évoqué la contribution des pays européens au Fonds Vert pour le climat, destiné aux PVD. Pour l’heure, les pays européens ont contribué à hauteur de 4,6 milliards de dollars au Fonds vert, ce qui représente plus de la moitié du total, soit 9,7 milliards de dollars. »

Le Parlement européen pour une « Alliance de Paris »

Le commissaire se rendra à Lima pour la fin de la conférence, tout comme une délégation du Parlement européen de 12 eurodéputés. « Une « Allliance de Paris » pour un accord juridiquement contraignant devrait être mise en place afin de garantir le succès des négociations » estime  le vice-président de la délégation, Jo Leinen.

« Nous avons 12 mois, ce n’est pas beaucoup, mais ensemble nous devons y arriver » a conclu le commissaire espagnol.

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont démarré en 1992, et sont marquées par une conférence internationale annuelle appelée Conférence des Parties, ou COP.

Après la COP 19 à Varsovie fin novembre 2013, le Pérou se charge de la 20ième conférence, à Lima, en décembre 2014.

Paris organisera la 21ième conférence, au Bourget, début décembre 2015.

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