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23/01/2017

La Banque mondiale rejette tout rôle du charbon dans la lutte contre la pauvreté

Climat & Environnement

La Banque mondiale rejette tout rôle du charbon dans la lutte contre la pauvreté

Charbon en Chine.

[timquijano/Flickr]

La Banque mondiale a contré sans ambiguïté possible l’argument clé des industriels, selon lequel le charbon contribue à la lutte contre la pauvreté.

Le 29 juillet, Rachel Kyte, vice-présidente de la Banque mondiale et envoyée spéciale pour le changement climatique, a vivement contredit les entreprises de charbon, pétrole et gaz, rappelant que l’utilisation continue de charbon est un fardeau économique considérable pour certains des pays les plus pauvres du monde, a un impact néfaste sur la santé et accélère le changement climatique, qui à son tour aggrave encore les difficultés des pays en voie de développement.

« D’une manière générale, le monde doit cesser d’utiliser du charbon », a-t-elle assuré lors d’un événement organisé à Washington par New Republic et le centre pour le progrès américain. « Le charbon a un coût social énorme, tout comme les [autres] combustibles fossiles [qui vous empêchent de] respirer de l’air propre. »

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Les entreprises charbonnières, pétrolières et gazières s’opposent à la lutte contre le changement climatique en assurant que les combustibles fossiles sont un remède à la « pauvreté énergétique » qui handicap les pays en développement.

Peabody Energy, la plus grande entreprise de charbon privée au monde, a été jusqu’à assurer que le charbon avait empêché la propagation du virus Ebola.

Rachel Kyte a cependant expliqué que le charbon était un facteur de pauvreté, et non une solution. « Vous pensez que le charbon est un remède contre la pauvreté ? Plus d’un milliard de personnes n’ont pas accès à l’énergie aujourd’hui », rappelle-t-elle.

Si fournir de l’électricité générée au charbon à ces personnes ne suffirait pas en soi à détruire la planète, ce serait loin d’être une bonne idée. « S’ils avaient tous accès à de l’électricité au charbon demain, le taux de maladies respiratoires monterait en flèche, etc, etc […] Nous devons améliorer l’accès des pauvres à l’énergie et nous devons le faire de la manière la plus propre possible, parce que les coûts sociaux du charbon sont innombrables et dangereux, tout comme les émissions [de CO2]. »

Un frein pour les pays en développement

Pour la Banque mondiale, le changement climatique est une cause de pauvreté et menace trente années de développement. Ce prêteur international soutient d’ailleurs avec énergie la conclusion d’un accord limitant le réchauffement climatique à 2 degrés lors de la conférence de Paris, qui aura lieu à la fin de l’année.

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Toutefois, même un accord de ce type ne permettrait pas d’éviter les graves conséquences que devront affronter certains des pays les plus pauvres du monde, indique Rachel Kyte. « Deux degrés, ce n’est pas rien. C’est la limite qu’il faut se donner », estime-t-elle.

Les entreprises d’énergie fossile s’opposent à l’idée que le changement climatique est un facteur de pauvreté, assurant à l’inverse que les prix peu élevés du charbon et du pétrole profitent aux pays pauvres.

Peabody Energy a ainsi lancé une campagne de communication autour de la notion de « pauvreté énergétique » et tente de faire apparaitre les plus polluants des combustibles fossiles comme un remède contre la pauvreté.  Des porte-paroles de Shell ont également qualifié de « colonialisme énergétique » les initiatives visant à limiter l’utilisation de combustibles fossiles dans les pays en voie de développement.

Il y a trois ans, la Banque mondiale a cessé de financer les nouveaux projets utilisant du charbon, sauf dans des circonstances exceptionnelles, après que les États-Unis, le Royaume-Uni et les Pays-Bas se soient opposés à sa décision initiale d’aider à construire une centrale au charbon en Afrique du Sud.

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En 2001, Washington avait déjà décidé de ne plus investir dans des projets incluant le charbon et demandé aux institutions de prêt, comme la Banque mondiale à faire de même.

Lors de son allocution du 29 juillet, Rachel Kyte n’a pas complètement exclu le financement de l’électricité au charbon par la Banque mondiale, mais a clairement indiqué que cela n’arriverait que dans des circonstances très exceptionnelles. « Nous n’avons aucun projet incluant du charbon en préparation, sauf un, une situation particulièrement extrême », a-t-elle assuré.

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