La chute des matières premières pénalise l’industrie du recyclage

Les entreprises délaissent les matières premières recyclées, plus chères. L’industrie française du recyclage, dont le chiffre d’affaires a reculé de 2 % en 2014, déplore l’abandon par Bruxelles du paquet Economie circulaire.

Le prix des matières premières vierges a baissé en 2014 et prolonge sa chute en 2015.  Leur raréfaction devrait a priori pousser les entreprises à utiliser des matières premières recyclées. Mais à court terme, l’effet prix prime sur la protection de l’environnement que proposent les matières première recyclées, surtout pour les métaux ferreux.

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Bilan mitigé pour 2014

En 2014, le chiffre d’affaires de l’industrie du recyclage a baissé de 2 % , à 9 milliards d’euros pour un total de 74 millions de tonnes de matières premières recyclées. Les investissements représentaient 5 % du chiffre d’affaires, indiquent les données de la Federec, une organisation qui rassemble les acteurs du recyclage, pour l’année 2014.

Les résultats sont toutefois mitigés selon les filières. Très liée aux marchés mondiaux, notamment celui de la Chine, la filière des métaux ferreux a vécu une année délicate, et 2015 s’annonce encore pire, estime Jean-Pierre Gaudin, président de la branche métaux. Les métaux non ferreux ont quant à eux enregistré une hausse de 6 % du chiffre d’affaires en 2014, et la quantité de tonnage recyclé a augmenté de 4,5 % en un an.

Par ailleurs, le secteur du recyclage a recruté en 2014, avec 1,8 % d’emplois non délocalisables en plus par rapport à 2013. L’industrie compte 1 300 sociétés et 26 500 salariés, dont 85 % sont en CDI.

Une aubaine pour l’environnement

La COP 21 approche à grands pas et le secteur du recyclage contribue massivement à l’évitement d’émissions de CO2.

« Notre façon de produire et de consommer, c’est-à-dire épuiser les ressources et accumuler les déchets, doit changer. Il faut passer d’une économie linéaire à une économie circulaire », assure Jean-Philippe Carpentier, président de Federec. L’économie circulaire permettrait de réaliser une économie nette de l’ordre de 380 milliards de dollars [336 milliards d’euros] par an en matières premières en Europe, selon le cabinet de conseil McKinsey.

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Selon une étude réalisée en 2008 à la demande du Bureau international de la récupération et du recyclage, l’industrie du recyclage a permis d’éviter l’émission de 551 millions de tonnes de CO2. La Federec souhaite mettre à jour cette étude, « pour montrer la valeur intrinsèque du produit recyclé et montrer qu’une tonne de matières recyclées permet de diviser par deux la facture énergétique », a déclaré Jean-Philippe Carpentier.

Selon lui, une des solutions pour stabiliser l’industrie serait « d’avoir un prix à la tonne de CO2 plus dissuasif ( il est de 8 €/tonne en France contre 150 € la tonne en Suède) et pourquoi pas l’instauration d’une prime flottante pour le CO2 évité qui serait fonction du prix des matières premières ».

Avancées politiques ?

En France, « il y a une prise de conscience des ministères de l’Économie et de l’Écologie. Nous travaillons ensemble à trouver comment aider l’industrie du recyclage et notamment celle du plastique face à la chute des prix du pétrole. En revanche, il n’y a pas d’avancée particulière à l’échelle de l’UE », précise Jean-Philippe Carpentier.

En effet, en décembre dernier, la nouvelle Commission européenne a décidé d’abandonner le paquet sur l’économie circulaire. Victime de la stratégie du « mieux légiférer », cette proposition législative prévoyait d’imposer un taux de recyclage de 80 % pour les emballages comme le verre, le papier, le métal et le plastique d’ici à 2030, et de 70 % pour les déchets municipaux.

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« Il y a eu un changement de commissaire au niveau européen ce qui a retardé le projet.  Il y a une attente sur une harmonisation de la législation UE et de la fiscalité », a commenté le président de la FEDEREC.

En mai dernier, l’exécutif européen a lancé une consultation publique sur l’élaboration d’une nouvelle stratégie pour l’économie circulaire, qui devrait être présentée d’ici à la fin de l’année.

Contexte

En moyenne, chaque citoyen européen produit 503 kilos de déchets municipaux par an, ce niveau varie de 300 à 700 kilos en fonction des États membres.

Selon un rapport publié en mars dernier par Eurostat, le bureau des statistiques de l’Union européenne, pour l’année 2011, 37 % des déchets terminaient en décharge, 25 % étaient recyclés et 15 % étaient compostés. Quelque 23 % étaient incinérés, généralement pour récupérer de l’énergie.

L’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas, et la Suède ont en grande partie abandonné le système d’enfouissement des déchets. De leurs côtés, la Roumanie, la Bulgarie et Malte ont encore recours pour la quasi-totalité de leurs déchets municipaux aux décharges publiques.

Un rapport de l’ONG les Amis de la Terre Europe révélait que seulement 25 % des déchets municipaux européens étaient recyclés.