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26/08/2016

La Commission donne son feu vert à l’importation de gaz de schiste

Climat & Environnement

La Commission donne son feu vert à l’importation de gaz de schiste

Affiche anti-fracturation hydraulique à New York.

[Bosc d'Anjou/Flickr]

Importer plus de GNL, notamment des Etats-Unis, risque d’encourager la fracturation hydraulique.

La Commission a dévoilé sa stratégie pour encourager l’importation de gaz naturel liquéfié (GNL). L’exécutif entend améliorer l’interconnexion et construire de nouvelles infrastructures de stockage et de transport.

À ce jour, les pays de l’UE ne peuvent utiliser du GNL que pour couvrir 20 % de leurs besoins. Faire augmenter leurs capacités permettrait au bloc de s’affranchir de sa dépendance vis-à-vis de la Russie, notamment.

Le déclin de la production de gaz au sein de l’E rend nécessaire une augmentation des importations, souligne également la Commission, qui a lancé des négociations avec des pays producteurs de GNL, comme le Canada, les États-Unis, l’Australie, le Japon, le Nigéria et l’Algérie.

>> Lire : Le gaz de schiste ne révolutionnera pas l’énergie en Europe

En décembre, lors de la COP 21, à Paris, les dirigeants du monde entier ont signé un accord historique pour limiter le réchauffement climatique à deux degrés par rapport aux niveaux préindustriels. L’accord de Paris a été présenté par certains comme un signal fort aux marchés de l’énergie : l’ère des combustibles fossiles, hautement polluants, est terminée.

Le gaz naturel est une ressource fossile et est principalement composé de méthane, un gaz à effet de serre 86 fois plus inducteur de réchauffement climatique que le dioxyde de carbone.

Des études ont révélé que la production d’électricité à partir de gaz n’était pas forcément moins émettrice qu’avec du charbon. Encore faut-il en effet que les fuites de méthane lors de l’extraction, du traitement et du transport du gaz soient inférieures à 3,2 %. Ce qui n’est pas toujours le cas, notamment pour les gaz de schiste.

>> Lire : Le lobby du charbon furieux d’être «trainé dans la boue» après la COP21

La fracturation hydraulique est une technique d’extraction de gaz naturel qui s’appuie sur l’injection de fluides sous pression dans le sol, afin de fracturer le schiste. Cette méthode est très nuisible à l’environnement et déclencherait des tremblements de terre, selon les scientifiques.

Près de la moitié du gaz naturel produit aux États-Unis provient de la fracturation hydraulique. Les taux d’émissions récemment enregistrés par satellite indiquent que la concentration de méthane dans l’air a augmenté de manière catastrophique dans les régions productrices de gaz de schiste des États-Unis.

Les émissions de méthane dans les régions d’Eagle Ford (Texas), Marcellus (Pennsylvanie) et Bakken (Dakota du Nord) représentent ainsi 9,5 % de l’ensemble de la production de méthane du monde !

Le gaz de schiste connait un tel essor aux États-Unis que Washington a levé son interdiction traditionnelle d’exporter de l’énergie. Plusieurs projets d’exportation de gaz de schiste liquéfié ont été approuvés, mais seuls certains d’entre eux sont prêts à être lancés immédiatement.

Antoine Simon, des Amis de la Terre Europe, estime que la nouvelle stratégie de la Commission a donné le feu vert aux États-Unis pour exporter du gaz de schiste vers l’UE.

>> Lire : Climat ou business, un choix qui rend les entreprises schizophrènes

Énergie de transition

Miguel Aria Cañete, le commissaire chargé du climat, a rappelé lors d’une conférence de presse que le gaz est l’énergie fossile la moins polluante.

Miguel Arias Cañete n’a pas répondu à la question d’EurActiv, qui se demandait si l’augmentation des importations de GNL n’était pas contraire à l’esprit de l’accord de Paris. Le GNL est en effet principalement transporté par voie maritime, un secteur polluant, mais non couvert par l’accord international.

Il n’a par ailleurs pas été en mesure de dire quand l’Union européenne cesserait de construire des infrastructures gazières. Les militants écologistes prédisent assez logiquement que ces infrastructures empêcheront l’UE de s’affranchir du gaz.

« Il y a deux mois, lors des négociations climatiques à Paris, la Commission européenne a appelé le monde entier à se transformer en économie zéro émission d’ici 2050. Aujourd’hui, elle encourage les compagnies gazières à investir dans des structures d’importation qui seront utilisées au moins 40 ans, et leur offre des aides publiques », dénonce Jonathan Gavanta, directeur du groupe de réflexion sur l’environnement E3G.

L’exécutif a assuré que le gaz représenterait une part importante du bouquet énergétique de l’UE jusqu’en 2030. « Nous n’abandonnerons pas le gaz de sitôt et nous devons donc nous assurer de la fiabilité de notre approvisionnement », a déclaré Miguel Arias Cañete.

La Commission assure vouloir faire de l’UE le plus grand producteur d’énergies renouvelables et a promis de mettre l’efficacité énergétique à l’honneur. L’augmentation de la part des renouvelables et de l’efficacité énergétique, conformément à l’accord de Paris, ferait pourtant chuter la demande en gaz, soulignent les écologistes.

 

Envoyé climatique américain

Todd Stern, négociateur représentant Washington à Paris et envoyé climatique américain, également présent à la conférence à Bruxelles, a toutefois émis un bémol quant à l’enthousiasme de l’UE pour le gaz.

En ce qui concerne la crédibilité d’utiliser le gaz naturel comme énergie de transition, il souligne que l’essor de la fracturation hydraulique a amené une baisse de l’utilisation du charbon aux États-Unis.

« Cela dit, il est extrêmement important de bien gérer les enjeux environnementaux », a-t-il ajouté. « Le méthane est 20 fois plus polluant que le CO2, donc même de petites fuites, qui libèrent du méthane dans l’atmosphère, même sans combustion, peuvent inverser les avantages du gaz naturel par rapport au charbon. »

Malgré la suspension du projet américain pour les énergies propres, Todd Stern a par ailleurs assuré que Washington signerait l’accord de Paris quoiqu’il arrive.

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Contexte

Le 16 février, la Commission a dévoilé son intention de vérifier les contrats énergétiques signés entre les États membres et des pays tiers, afin de garantir la conformité des accords avec le droit européen et le plus d'indépendance possible par rapport à la Russie. Pour la dixième année consécutive, les États membres ont importé la moitié de l'énergie qu'ils ont consommée en 2014. Un tiers de leurs importations de gaz est fourni par la Russie. Certains nouveaux membres d'Europe de l'Est sont presque entièrement dépendants du gaz russe.

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