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25/07/2016

La COP 21 s’apprête à saborder 10 ans de finance climat

Climat & Environnement

La COP 21 s’apprête à saborder 10 ans de finance climat

Au Népal, le MDP a financé des projets de biogaz

Avec ses 8000 projets dans les pays en développement, le Mécanisme pour un Développement Propre, issu du protocole de Kyoto, vivote encore. L’Accord de Paris risque de l’achever.  

L’accord de Paris doit relancer les négociations climatiques. Ce qui passe par un grand ménage des dispositifs onusiens contre le changement climatique.

A commencer par les rejetons du protocole de Kyoto. L’accord signé au Japon en 1997 a en effet mis en œuvre des dispositifs complexes de réductions d’émissions de CO2. Au niveau des Etats, comme au niveau des entreprises, il était possible de financer des projets de réduction d’émissions de CO2 dans les pays du Sud (ou pays de l’annexe II) et de les prendre à leur compte.

Une idée qui a fait du chemin. Depuis 2005, 7900 projets dans 107 pays ont émis 1,6 milliard de crédits. Le tout pour un investissement total de près de 100 milliards d’euros. Soit une réduction théorique de 1,6 milliard de tonnes de CO2. Un montant modeste au regard des 10 milliards de tonnes de CO2 émises par la Chine chaque année.

Un système moribond

L’accord de Paris devrait achever le système moribond, qui survit depuis la fin du protocole, en 2012. « Avec la fin de la séparation des pays en Annexe I et Annexe II, le mécanisme de développement propre n’existera plus de facto », constate Antoine Guillou, coordinateur du pôle énergie et climat de Terra Nova.

Les erreurs de méthode de départ sont à l’origine de la déconfiture du système, qui a accueilli des projets au profil contestable, comme les producteurs de gaz industriels (protoxyde d’azote, gaz réfrigérants) ou les barrages. Des secteurs qui ont représenté la grande majorité du total de crédits MDP. « Au point que certains projets de fabrication de gaz industriels ont été construits dans le seul but de récupérer des crédits » rappelle Antoine Guillou.

Une minorité de projets a néanmoins permis d’investir dans des énergies renouvelables, comme ces éoliennes à Essaouira au Maroc, des fours solaires en Afrique, ou encore la fabrication de méthane au Népal (Voir photo). Mais comme pour le programme équivalent de Mise en Œuvre Conjointe ( MOC), dédié à l’ex-URSS, les scandales à répétition ont décrédibilisé le mécanisme.

>>Lire : Crédits carbone et scandale sur les droits de l’homme au Honduras

Tant et si bien que plus personne n’a souhaité acheter ces crédits. L’Union européenne a restreint puis fermé son marché du CO2, qui représentait le principal débouché du MDP.

Bilan, le prix des crédits d’émission s’est effondré. De 22 dollars par tonne en 2011, il a sombré à quelques centimes actuellement. Faute de demande, les projets ont tout simplement été mis à l’arrêt.

>>Lire : Donner un prix au carbone, une équation à multiples inconnues

Recyclage dans l’aviation et le transport maritime

Pourtant, l’administration du MDP fonctionne toujours, avançant mécaniquement comme un poulet sans tête. Ainsi, son conseil exécutif se réunira du 23 au 27 novembre à Paris, au siège de l’Unesco, pour…préparer la COP21.

Les plus optimistes tentent en effet de recycler le Mécanisme de Développement propre en essayant de ranimer la demande. L’UNFCCC a ainsi créé une plate-forme qui permet d’annuler des crédits directement sur son site internet. Mais même cette démarche, lancée en septembre dernier, a échoué : très peu de parties prenantes ont fait l’effort de s’inscrire. L’UNFCCC reconnait d’ailleurs avoir souvent perdu les coordonnées des initiateurs de projets.

Pour relancer la demande, l’organisme a aussi démarché le secteur de l’aviation, qui s’est engagé à réduire ses émissions de CO2 à partir de 2020, celui du transport maritime, qui n’est pour l’heure contraint à rien, ou encore le Fonds vert pour le Climat pour pouvoir recycler leurs projets. Sans grand succès pour l’instant.

De son côté, le Fonds Vert pour le climat, qui vient de lancer ses 8 premiers projets, semble au contraire garder ses distances. Malgré sa petite taille, il bénéficie d’une meilleure crédibilité grâce à l’engagement des pays du Nord d’apporter 100 milliards de dollars par an à la lutte contre le réchauffement climatique dans les pays en développement, dont il devra gérer une partie.

Contexte

Pour parvenir à un nouvel accord universel sur le climat, applicable à tous, les délégués des 195 pays-parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se sont régulièrement réunis pour avancer sur le texte qui sera voté à Paris en décembre.

Lors de la première session de négociations, du 8 au 13 février à Genève (Suisse), ils ont poursuivi les travaux à partir des premiers éléments déjà produits lors de la COP20 de Lima (Pérou), du 1er au 14 décembre 2014. Au terme d’une semaine de travail, les délégués se sont mis d’accord sur un texte de 86 pages devant servir de base pour les sessions suivantes au nombre de quatre. La dernière session a eu lieu du 19 au 23 octobre à Bonn (Allemagne), siège de la CCNUCC. Les 1 300 délégués ont finalisé le texte qui sera discuté lors de la COP21

En parallèle du processus de négociation, le ministre des Affaires étrangères et du Développement international et futur président de la COP21 Laurent Fabius a organisé deux réunions de consultations ministérielles informelles, en juillet (en savoir plus) et en septembre (en savoir plus), à Paris. L’objectif de ces séances de travail a été de trouver des compromis pour permettre d’avancer dans les négociations. Plus d’une cinquantaine de ministres ont répondu à chaque fois à l’invitation.

Cette année de négociations a été marquée par la publication du rapport de l’OCDE avec le think tank Climate Policy Initiative sur les financements climat le 7 octobre. D’après le rapport, 62 milliards de dollars ont été mobilisés en 2014 par les pays développés en faveur des pays en développement pour les aider à faire face aux changements climatiques (en savoir plus). Une annonce qui a permis constater que l’objectif des 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, pris par les pays développés à Copenhague en 2009 (en savoir plus), est à portée de main.

En plus du volet financier, l’autre temps fort a été la publication du rapport de synthèse de la CCNUCC sur les contributions nationales le 30 octobre. Les pays avaient jusqu’au 1er octobre pour publier leur feuille de route sur leur politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), afin qu’elles soient comptabilisées dans la synthèse. La CCNUCC a étudié l’impact de 146 contributions nationales. En l’état, la trajectoire mondiale des émissions de GES dessinée par les contributions publiées nous situeraient en 2030 sur une trajectoire menant à environ 3°C à la fin du siècle, comprise entre 2,7 et 3,5°C. Le scénario du pire, avec un réchauffement proche des 4,5 voire 6°C, qui correspond aux trajectoires actuelles d’émissions et jusqu’ici considéré par les scientifiques comme le plus probable, s’éloigne. Grâce à ces contributions, l’objectif des 2°C d’ici 2100 peut être atteint, à condition d’accélérer la dynamique . Un des enjeux de l’accord de Paris sera de mettre en place un mécanisme de révision périodique, idéalement tous les cinq ans, pour relever l’ambition de chacun et d’améliorer progressivement la trajectoire collective.

Le dernier rendez-vous avant la COP21 a eu lieu à Paris du 8 au 10 novembre à Paris. Plus de 60 ministres venus du monde entier ont répondu à l’invitation du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius pour la pré-COP.

Prochaines étapes

  • 30 novembre - 11 décembre: COP 21 à Paris

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