La COP21 à 10 gigatonnes de CO2 de son objectif

Les engagements actuels des Etats pour la COP 21 représentent encore 10 gigatonnes de CO2 pour respecter l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 2°C d’ici 2050.

A moins 3 mois de la COP 21, une nouvelle semaine de négociation s’ouvre lundi à Bonn. Avec encore du pain sur la planche : l’objectif principal de l’accord de Paris, qui est de limiter la hausse des températures à 2°C en 2050, est loin d’être atteint.

10 gigatonnes de CO2 en trop en 2030

Alors que 56 pays représentant 60 % des émissions de CO2 ont déposé auprès de ONU leur engagement climat pour 2030, le compte n’y est pas.

« Pour l’instant les modèles montrent que les engagements ne permettront pas de limiter la hausse de la température à 2 ° », reconnait Laurence Tubiana, la négociatrice française. « En même temps des actions immédiates sont possibles pour réduire cet écart de 10 gigatonnes qui demeure », assure la spécialiste, mettant en avant les engagements des entreprises privées et des collectivités locales qui ne cessent d’affluer auprès de l’UNFCCC.

Le bras armé de l’ONU a en effet mis en place une plate-forme pour recueillir les engagements de ces acteurs. Plusieurs milliers de villes européennes se sont ainsi portée candidates, aux côtés d’une floppée d’entreprises.

« Il y a un véritable élan de la société civile, une attente monstre. Si du côté politique ça ne suit pas, ce sera une grosse déception » prévient la négociatrice.

Pour l’heure, pas question toutefois de montrer du doigt les mauvais élèves. «La diplomatie est essentielle dans cette négociation plus que dans toute autre accord », a assuré le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, jeudi 28 août devant les ambassadeurs français réunis à Paris.

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«Plusieurs négociateurs de pays majeurs m’ont affirmé qu’ils seraient ambitieux si le mécanisme n’est pas punitif »  confirme Laurence Tubiana. Alors que dans les couloirs du de la commission européenne, les hésitations de l’Australie, la frilosité du Japon ou le manque d’ambition de l’Inde font râler les équipes, la stratégie de la France reste à la discrétion, avant tout.

Qui va trouver les 100 milliards ?

Les négociations qui s’ouvre à Bonn doivent se pencher sur deux sujets éminemment politiques : quels moyens financiers mettre en œuvre pour parvenir à modérer la hausse des températures, et comment s’adapter au changement climatique, en prenant en compte les pertes et dommages subis notamment par les pays les moins avancés.

Deux sujets sensibles, qui posent tous deux la question des ressources. Un enjeu qui est une condition sine qua non d’un accord selon le président de la République française, qui l’a souligné mardi 25 août lors de la conférence des ambassadeurs à Paris.

« La mobilisation de 100 milliards par an d’ici 2020 est une obligation, sans les 100 milliards, il n’y aura pas d’accord à Paris » a-t-il assuré.

Le sujet des 100 milliards est une vieille histoire. Annoncé dès Copenhague, ce voeu pieux d’un transfert massif Nord-Sud ne s’est jamais concrétisé.

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« Le problème de ces 100 milliards, c’est que leur origine n’ a jamais été définie », reconnaît la négociatrice, qui souligne que les négociations de la semaine prochaine doivent trancher sur cette question. L’OCDE et le Climat Policy Initiative doivent publier, en octobre, un état des lieux des engagements actuels, qui permettra d’ajuster le tir avant la COP.  « A priori nous ne devrions pas être très loin » de l’objectif des 100 milliards par an d’ici 2020 » assure Laurence Tubiana.

En plus des engagements des Etats, notamment au travers du Fonds vert pour le climat, les projets d’investissement de fonds et d’entreprises privées pourront être prises en compte à certaines conditions.

Le second sujet de l’adaptation et la prise en compte des pertes des uns et de dégâts occasionnés par le changement climatique est aussi une source de division qui sera abordé à Bonn, où les délégués seront accueillis avec un nouveau document. Pour contourner les écueils du texte actuel de négociation, encore nettement trop long, une cinquantaine de ministres de l’environnement réunis à Paris en juillet se sont mis d’accord sur des lignes communes : un « aide-mémoire » qui sera soumis à l’approbation de toutes les parties.

Les chefs d’Etat, persona non grata à la COP21 ?

Pour éviter que les aspects politiques ne prennent trop d’ampleur, la France a décidé de n’inviter les chefs d’Etat que pour lancer la conférence, le 29 novembre, à Paris. Les négociations doivent se dérouler jusqu’au 11 décembre. Une décision qui s’inspire du capharnaüm de Copenhague, où un certain chaos avait accompagné la fin de la conférence en présence de personnalités politiques majeures.

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Contexte

Les négociations mondiales sur le climat se déroulent dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Le mandat actuel (donné à Durban en 2011) a entraîné deux voies de négociations : une première voie vise l’obtention d’un accord mondial d’ici à 2015 qui entrera en vigueur en 2020, une seconde voie a pour objectif d’intensifier les efforts en faveur du climat jusqu’en 2020. Outre ces deux voies, la mise en œuvre des décisions prises précédemment reste cruciale, qu’il s’agisse de questions de financement, d’adaptation, de technologie ou encore de transparence et de suivi de la politique nationale relative au climat.

Du point de vue politique, l’obtention du nouvel accord mondial d’ici à 2015 est la principale préoccupation. Cet accord devra impliquer des efforts de la part de tous les pays. La conférence sur le climat qui doit entériner l’accord est la 21e Conférence des Parties de la CCNUCC, qui se tiendra à Paris en décembre 2015.

Prochaines étapes

  • 29 aout-4 septembre : négociation officielle à Bonn
  • 27 septembre : sommet spécial sur le développement durable
  • 1er novembre : synthèse de l’ONU de l’ensemble des engagements
  • 30 novembre au 11 décembre: COP 21 à Paris

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