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27/05/2016

La COP21 laisse le marché du carbone de marbre

Climat & Environnement

La COP21 laisse le marché du carbone de marbre

Le stand indien à la COP21, au Bourget

Les marchés du carbone n’accordent pas un grand crédit à l’accord de Paris sur le climat. Depuis sa signature, le 12 décembre dernier, les prix du principal marché du carbone, l’EUTS, chutent.

Le prix du contrat futur pour un « EUA », le quota utilisé par 12.000 sites industriels pour répondre à leur contrainte carbone, a atteint son plus bas sur 6 mois le 6 janvier, à 7,8 euros par quota. Au début de la COP21, le prix était de 8,6 euros.

La logique eut pourtant voulu qu’il en soit autrement. Durant deux semaines, au Bourget, les représentants de 190 pays se sont mis d’accord sur la nécessité de lutter contre la progression des émissions de CO2, et ont signé un texte en ce sens.

Nombre de chefs d’États, de chefs d’entreprise ont répété qu’il fallait donner un prix au carbone, et plusieurs États se sont engagés sur des politiques ambitieuses de marchés du carbone ou de tarification carbone

>>Lire : Les marchés du carbone mettent le cap à l’Est

Un marché régi par le court terme

«L’accord de Paris ne peut que donner un sentiment général au marché, et ce sentiment est plutôt bon. Mais les décisions qui ont été prises concernent l’après 2020, et le marché fonctionne sur du court-terme » explique Andrei Marcu, responsable du Carbon Market Forum au think tank CEPS.

Depuis la COP21, les prix de l’énergie ont fortement baissé. Le baril de pétrole a perdu près de 10 dollars, et en Europe, gaz, électricité ont aussi reculé. Or le prix du quota évolue surtout en fonction du différentiel de prix entre gaz et charbon : moins le gaz est cher, plus il est intéressant d’y recourir pour fabriquer de l’électricité, plutôt que de brûler du charbon qui nécessite d’acheter en contrepartie plus de quotas de CO2.

L’hiver exceptionnellement doux que connait l’hémisphère nord joue aussi dans la dépréciation des tarifs de l’énergie : les besoins de chauffage sont moins importants.

Incertitude sur la réserve de stabilité

Le marché du carbone est également victime d’un climat d’incertitude pour raison… judiciaire. La Pologne a en effet annoncé le 30 décembre son intention de poursuivre la Commission à propos de la réforme de la réserve de stabilité qui doit être mise en place.

Le mécanisme qui doit retirer temporairement des quotas de CO2 du marché vise à faire grimper les prix du CO2. Or le nouveau gouvernement polonais semble déterminé à miser sur le tout charbon, un sujet qui risque de faire l’objet d’un bras de fer avec les autres pays de l’UE.

>>Lire : Jerzy Buzek : « La Pologne devrait dépendre du charbon qu’elle a en abondance »

Mais l’idée d’un recours juridique, qui n’a pas encore été déposé par le pays selon la Cour de Justice de l’UE, est de nature à déstabiliser le marché. Si la réserve était compromise, l’offre de quotas serait plus abondante et les prix chuteraient nécessairement.

Contexte

Le système communautaire d’échange de quotas d’émission (EU ETS) a démarré le 1er janvier 2005. Il a été instauré dans le but d'aider à atteindre les objectifs du protocole de Kyoto de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 8 % d'ici 2012, en imposant des plafonds d'émissions aux industries intensives en énergie, comme l'acier, le ciment et la production d'électricité.

L' EU ETS permet aux Etats membres de distribuer des quotas d'émission de CO2 parmi les industries autorisées, qui peuvent échanger des permis de polluer à condition qu'elles respectent la limite d'émissions du pays.

La directive révisée, adoptée dans le cadre du paquet législatif climat et énergie en décembre 2008, prévoit de passer d'une allocation gratuite à une enchère totale pour les entreprises d'électricité en 2013.

Quelques exceptions sont toutefois prévues, pour les secteurs qui ont besoin de beaucoup d'énergie sujets à la concurrence internationale - comme l'acier - qui pourraient voir leurs coûts s'élever à des niveaux qui pourraient les inciter à quitter le continent (voir le LinksDossier d'EurActiv sur la fuite du carbone).