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25/09/2016

La faune sauvage, victime collatérale de la crise des réfugiés

Climat & Environnement

La faune sauvage, victime collatérale de la crise des réfugiés

Pour l'hémione, une protectin contre la chasse.

[Sarah Richter/Flickr]

La faune eurasienne pourrait être fragilisée par l’érection des barrières frontalières, dont celles mises en place depuis la crise des migrants. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Selon une étude publiée dans la revue PLoS ONE, les barbelés constituent un piège mortel, mais empêchent aussi le déplacement des animaux, et morcèlent les populations

Depuis le début des années 1980 jusqu’à celui des années  2000, le continent eurasien a vu fleurir les collaborations transfrontalières en matière de conservation des espèces. Et ce grâce à l’élargissement de l’Union européenne, à la chute des régimes communistes ou encore à la mise en place de conventions internationales telles que celles de Berne, celle sur le commerce international des espèces de faune (Cites) ou celle sur la diversité biologique (CBD). Ce qui explique en grande partie le retour des grands mammifères européens, dont le loup, l’ours et le lynx.

Or ces progrès pourraient être menacés par l’érection de nouvelles barrières frontalières, apparues dans la foulée du 11 septembre, plus récemment avec l’afflux de réfugiés syriens. Exemple, l’Union européenne compte désormais cinq Etats membres (Hongrie, Slovénie, Croatie, Autriche et Roumanie) disposant de telles barrières entre eux. En Europe, d’autres sont déjà en place ou en projet, par exemple entre les Etats baltes d’une part, la Russie et la Biélorussie d’autre part.

Environ 30 000 km clôturés

Dans leur étude, John Linnell, de l’Institut norvégien de recherche sur la nature (Trondheim), et ses collègues relèvent ainsi un total de 56 frontières clôturées, soit environ 30 000 kilomètres sur l’ensemble du continent eurasien. Outre le risque physique engendré pour les animaux sauvages, dont celui d’être piégé par les barbelés, ces fermetures pourraient empêcher les espèces d’effectuer leurs migrations saisonnières, ou scinder leurs populations.

Les chercheurs évoquent notamment le cas de la Slovénie, qui a décidé en novembre 2015 de clôturer sa frontière avec la Croatie (670 km). Sur les 10 à 11 meutes de loups présentes dans le premier pays, 5 passent une partie de leur temps dans le second. Réduisant leur effectif, la scission de ces groupes pourrait y favoriser la consanguinité. Et contrairement à la Croatie, la Slovénie autorise la chasse au loup, qui ne trouverait plus de refuge au-delà de la frontière. Mêmes inquiétudes pour l’ours et le lynx, encore nombreux dans ces contrées.

En Chine, l’onagre à l’abri de la chasse

Il est toutefois des cas où les barrières sont bénéfiques. Exemple, celle construite entre la Mongolie et la Chine (4 700 km): pour les hémiones (onagres ou ânes sauvages d’Asie, Equus hemionus) bloqués dans ce dernier pays, pas de risque de chasse illégale, très intense dans le premier. «En soi, les clôtures ne sont pas toujours une mauvaise chose, mais à condition que leurs impacts environnementaux soient évalués», juge l’un des co-auteurs de l’étude, Matt Hayward de l’université de Bangor (Royaume-Uni).

Pour les chercheurs, les experts de la conservation des espèces doivent se saisir du sujet, et au besoin se faire entendre lors de tout nouveau projet. Plutôt que des barrières complètement étanches, ils proposent des ouvertures ponctuelles lors de migrations, voire de manière permanente sous surveillance vidéo. Une solution pour la faune, mais qui pourrait raviver les questions éthiques en matière de droits de l’homme.

>> Lire aussi : L’aide européenne se casse les dents sur la crise migratoire

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