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11/12/2016

La France vise un prix du carbone de 50 euros en 2030

Climat & Environnement

La France vise un prix du carbone de 50 euros en 2030

Les centrales à charbon seraient les plus affectées par un prix plancher du CO2 que la France veut imposer

Parolan Harahap/Flickr

La ministre de l’Environnement confirme la mise en place d’un prix plancher des émissions de GES pour les centrales au charbon. Un article de notre partenaire le JDLE.

«Une taxation significative des émissions de gaz carbonique est l’une des réponses les plus pertinentes et les plus efficaces (à la menace que représente le changement climatique), et s’il est clair que pour parer complètement à ce danger c’est le monde entier qui doit s’orienter vers cette décision, il est aussi clair que la France a là un devoir d’initiative, d’anticipation et d’entraînement.»

Voilà bien longtemps qu’une citation de Michel Rocard n’avait introduit un rapport officiel. C’est ce choix malicieux qu’ont pourtant fait les auteurs du rapport Canfin-Grandjean-Mestrallet, remis à Ségolène Royal, ce lundi 11 juillet.

tarification du carbone

Coordonné par l’ancien ministre Pascal Canfin (directeur général du WWF France), l’ancien patron des experts du débat national sur la transition énergétique, Alain Grandjean, et l’ancien P-DG d’Engie, Gérard Mestrallet, le document résume la position française en matière de tarification du carbone. Ses conclusions avaient été esquissées, il y a un mois, lors d’un colloque parisien.

Pour la partie européenne, «le fonctionnement et la réforme en cours du marché européen du carbone ne sont pas compatibles avec l’accord de Paris, a rappelé Pascal Canfin. Et la seule chance de préserver l’intégrité de la politique climatique communautaire c’est d’ouvrir un corridor de prix du carbone.»

Pour inciter l’industrie lourde à réduire effectivement ses émissions de gaz à effet de serre (GES), le prix du carbone doit être suffisamment incitatif, augmenter progressivement, sans atteindre des sommets infranchissables. Les trois auteurs préconisent l’instauration de ce que les économistes appellent un prix plancher et un prix plafond des quotas de GES européens.

De 20 à 100€/t

La fourchette serait fixée entre 20 et 30 €, pour la partie basse et 50 € pour la partie haute en 2020. Son taux de progression oscillerait entre 5 et 10% par an. Pour atteindre un plancher de 50 € et un plafond de 100 € en 2030, détaille Gérard Mestrallet.

La recette a tout pour plaire. «A 20 euros, la tonne, les recettes des enchères de quotas atteindraient au moins un milliard d’euros en 2020, contre 315 M€, en 2015. De quoi financer le chèque énergie et le fonds de la transition énergétique», a indiqué la ministre de l’Environnement.

L’idée est séduisante, mais elle est loin de faire l’unanimité, notamment en Europe. Pour tenter d’inverser la vapeur carbonique, Paris s’apprête à lancer une initiative. D’abord, en incitant les députés européens à amender, en ce sens, le texte de ratification de l’accord de Paris. Ségolène Royal proposera au président de la Banque mondiale la création d’une initiative de haut niveau pour fixer un prix du carbone désirable au niveau international.

Moins incertain: le gouvernement indiquera, d’ici à la fin du mois, un prix plancher pour les seules centrales au charbon en fonctionnement sur le territoire national. Il devrait être intégré au projet de loi de finances 2017.

 

Un détail. Lors de la dernière conférence environnementale, le président de la République avait insisté sur le fait que: «Ce prix plancher donnera plus de visibilité à tous les investisseurs et privilégiera, pour le secteur spécifique de l’électricité, l’utilisation du gaz par rapport au charbon.»

 

Vrai pour la France. Mais certainement pas pour les centrales au charbon allemandes ou espagnoles qui gagneront en compétitivité ce que la taxation fera perdre à leurs concurrences tricolores, au charbon mais aussi au gaz. «Cette mesure pénalisera surtout les centrales à gaz françaises», confirmait, au JDLE, Anne Chassagnette, directrice de la responsabilité environnementale et sociétale d’Engie. À moins, bien sûr, que les modalités d’application du dispositif ne pénalise pas trop l’énergie force d’Engie.

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