La transition énergétique allemande met en péril le marché du carbone

Pour Joachim Weimann l'objectif des 40% de l'Allemagne nuira au système d'échange de quotas d'émission de l'UE [WirtschaftsVereinigung Metalle/Flickr]

Le projet de transition énergétique en solo de l’Allemagne menace le marché du carbone. Le soutien massif aux renouvelables réduit de facto les émissions de CO2, ce qui fait chuter le prix de la tonne de CO2 et supprime la contrainte carbone pour le reste de l’UE.

Avec sa campagne nationale pour la transition énergétique, l’Allemagne espère devenir un leader mondial de la politique climatique. L’Allemagne veut donner l’exemple en fixant un objectif de réduction des émissions de CO2 de 40 % jusqu’en 2020, comparé au niveau de 1990.

« C’est une politique climatique extrêmement idiote », a estimé Joachim Weimann, professeur d’économie de l’environnement à l’Université de Magdeburg, lors d’une rencontre organisée par EURACTIV le 11 juin à Berlin.

Un système d’échange de quotas d’émissions (ETS) existe déjà à échelle européenne, a-t-il rappelé, et c’est un moyen très rentable de réduire les gaz à effet de serre. L’objectif de 40 % du gouvernement est quant à lui accompagné d’un soutien considérable aux énergies renouvelables, a expliqué Joachim Weimann.

Un objectif de prévention national remet en cause le marché de quotas, ce qui n’a aucun sens, a-t-il insisté.

La promotion des énergies renouvelables n’a aucun effet sur la quantité actuelle des réductions de CO2, a expliqué Joachim Weimann. Elles ne font qu’augmenter le coût des réductions, déjà défini par la limite établie par le système d’échange de quotas d’émissions, a déclaré l’économiste de l’environnement. Au lieu de cela, le gouvernement allemand devrait créer de meilleures conditions pour l’ETS, a-t-il commenté, et se pencher davantage sur la recherche de nouvelles sources énergétiques. La transition énergétique n’aura pas lieu seulement avec les technologies existantes, a-t-il ajouté.

Étendre les centres ETS

L’Europe doit enfin prendre l’ETS au sérieux et faire face aux critiques infondées faites au système. « Lors du sommet pour le climat à Paris [COP21], l’Europe doit faire campagne pour un système d’échange de quotas d’émission international », a déclaré Joachim Weimann.

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Des centres pourraient être mis en place là où ces systèmes existent déjà, a-t-il expliqué, comme en Europe. Puis, ces régions d’échanges de quotas d’émissions pourraient s’étendre graduellement pour inclure de nouveaux pays.

« Si l’Europe ne peut gérer cela, la COP21 échouera », a-t-il ajouté. L’objectif fixé par les pays du G7 lors du sommet de Schloss Elmau est « digne des travaux d’Hercule » pour les pays industrialisés.

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La chancelière Angela Merkel a récemment douché les espoirs liés à un système mondial d’échange de quotas d’émission dans un avenir proche.

Étendre ce système au-delà de l’Europe serait « particulièrement efficace » pour créer « des conditions uniformes au niveau mondial », a-t-elle indiqué, mais cela a peu de chances d’arriver.

« La question du prix des émissions de CO2 sera surement discutée de façon théorique, mais j’ai bien peur qu’aucun accord ne soit conclu », a déclaré Angela Merkel.

« Les décisions du G7 sont un signal de départ pour une renaissance nucléaire ».

Lors de leur sommet en Bavière le 8 juin dernier, les chefs d’État et de gouvernement du G7 ont promis de remplir l’objectif des deux degrés. D’ici la fin du siècle, les pays industrialisés espèrent ramener leurs émissions de gaz à effet à zéro. D’ici à 2050, ils espèrent que leurs réductions d’émissions se trouveront dans la tranche haute des 40-70 %.

Le secteur industriel considère que ces objectifs sont utopiques et soulignent le fait que le processus de production comprend plusieurs étapes entrainant des émissions de CO2.

« Dans l’industrie des matériaux par exemple, il existe des procédés engendrant des émissions de CO2 que nous ne pouvons pas éliminer. Une décarbonisation totale signifierait une désindustrialisation », a martelé Franziska Erdle, PDG de l’Association de l’industrie du métal (WVM), qui comprend 660 entreprises de l’industrie du métal non ferreux.

Même si l’on envisage une décarbonisation de l’industrie énergétique, a-t-elle déclaré, une dépendance à l’énergie nucléaire finit par être nécessaire pour garantir un approvisionnement de base en électricité.

« Les décisions prises à Elmau sont le signal de départ pour une renaissance de l’énergie nucléaire », a-t-elle indiqué.

Pour la directrice de l’WVM, l’objectif national des 40 % est « irréaliste ». Selon elle, l’État investit des milliards d’euros dans les renouvelables et cela n’a qu’un effet marginal.

« Seuls 85 % des dépréciations dans l’industrie énergivore sont réinvesties. Si l’on continue ainsi, une partie de l’industrie quittera l’Allemagne. Pourtant, nous voulons participer activement à la transition énergétique », a-t-elle souligné.

Mêmes règles pour tous ?

Lors de la conférence climat à Paris, la communauté internationale doit s’accorder sur des objectifs contraignants pour tous les pays, a rappelé Franziska Erdle. « Ce dont nous avons besoin, c’est de règles communes à tous, et pas d’engagement en solo. »

Le gouvernement allemand s’accroche à son objectif de 40 %. En tant que leader de la politique climatique, il espère convaincre les pays nouvellement industrialisés et en développement de suivre l’exemple.

Les décisions prises par le G7 sont aussi importantes pour motiver la communauté scientifique et la sphère politique et économique à développer de nouvelles structures, a déclaré le ministre allemand de l’Environnement, Franzjosef Schafhausen.

« Il ne s’agit pas seulement de décarboniser, il faut aussi revoir les structures de production et de consommation », a-t-il expliqué.

« Nous essayons de faire en sorte que l’Allemagne conserve son industrie. À ce stade, il serait dommage que les entreprises jettent l’éponge maintenant car elles estiment qu’elles ne peuvent pas se plier aux objectifs climat au niveau national et européen », a affirmé le ministre

La protection du climat est une nécessité, a-t-il rappelé. « Aujourd’hui, nous avons le choix entre atteindre l’objectif des deux degrés ou accepter le coût de dégâts considérables », a-t-il souligné.