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30/08/2016

La Pologne se rallie à l’Ouest pour interdire les décharges

Climat & Environnement

La Pologne se rallie à l’Ouest pour interdire les décharges

Une décharge aux États-Unis. [Nations unies/Flickr]

La proposition d’interdire les déchets recyclables dans les décharges a obtenu le soutien de l’industrie des emballages et celui de Varsovie, important pour convaincre les États de l’Est réfractaires à l’idée. Le Conseil se penchera sur la question le 4 mars.

Les 28 ministres européens à l’Environnement se réunissent le 4 mars. Ils discuteront des propositions de la Commission pour l’économie circulaire. Les « incitations économiques » censées encourager le marché des matières premières recyclées seront au centre de la discussion, selon les informations données par la présidence néerlandaise.

>> Lire : Le recyclage des déchets, un enjeu clé pour le climat

L’une des principales propositions de la Commission interdit la mise en décharge des déchets recyclages d’ici 2030. Une mesure qui fait le bonheur des producteurs d’emballages. Pour Erika Mink, responsable des affaires publiques chez Tetra Pak, l’entrée en vigueur de cette mesure en 2030 est tout à fait possible et contribuerait à créer un marché pour la matière première secondaire.

« Il faut viser haut. Pour nous, cela implique la mise en place d’une hiérarchie des déchets, afin qu’aucun emballage ne se retrouve en décharge », explique-t-elle à EurActiv lors d’une interview.

Erika Mink n’est pas la seule à se réjouir de cette proposition. Metal Packaging Europe, une association regroupant des producteurs de boîtes de conserve et cannettes, « a toujours soutenu les interdictions de mise à la décharge » et les autres instruments économiques possible, comme les systèmes de facturation des déchets (« pay-as-you-throw ») pour encourager la récolte, le tri et le recyclage des déchets.

>> Lire : L’exécutif européen veut valoriser les matières premières secondaires

PlasticsEurope, une autre association professionnelle, souhaite que l’interdiction entre en vigueur dès 2025. Cette mesure constituerait une « incitation efficace au recyclage » et aurait « un impact important et positif sur la croissance, les économies d’énergie et la création d’emploi en Europe », affirme l’association.

Alors qu’est-ce qui empêche l’UE d’avancer ?

Manque d’infrastructures dans les pays de l’Est

« Il est vrai qu’il y a un consensus remarquable sur l’interdiction de mire en décharge », confirme Piotr Barczak, responsable de politiques au Bureau européen de l’environnement (BEE), un groupe de défense de l’environnement.

Le problème, regrette-t-il, est que les pays de l’Est rechignent à mettre en place un système très coûteux de collecte et de traitement des déchets qu’ils considèrent très coûteux de collecte et de traitement des déchets.

« Les pays et municipalités européens ne peuvent pas accepter les règles qui prévoient zéro déchet et décharge », poursuit-il. « En Europe de l’Est, il n’y a aucune infrastructure, aucun système de collecte sélective. Le moyen le moins cher de se débarrasser des déchets est d’utiliser des décharges. »

Si la mise en place d’infrastructures basiques est la première étape vers davantage de recyclage, ce processus ne va pas en effet de soi pour les États membres les plus pauvres.

« Ces mesures demanderont un effort considérable », a reconnu un diplomate polonais à Bruxelles, qui explique que leur application « nécessitera la construction de structures de tri et une amélioration de la capacité des incinérateurs ».

Dans l’ensemble, la Pologne soutient l’interdiction des décharges d’ici 2030, assure-t-il pourtant, contrairement à l’idée répandue à Bruxelles que Varsovie est opposée aux lois sur l’environnement.

Le diplomate prend néanmoins des pincettes pour assurer qu’« avec certaines limites, avec certaines limites, sur le principe, on ne trouve pas que ce soit une mauvaise chose d’inciter les recycleurs à recycler tout ce qui est collecté séparément ».

>> Lire : La chute des matières premières pénalise l’industrie du recyclage

Les îles méditerranéennes en difficulté

L’opposition la plus farouche à l’interdiction de mise en décharge n’émanera de fait probablement pas de la Pologne, mais de la Roumanie, le pays qui devrait avoir le plus de mal à mettre les infrastructures en place. Au niveau local, ce sont les îles comme Chypre, Malte et certaines parties de la Grèce, où la population est dispersée, qui affronteront le plus de difficultés – et de dépenses.

« Elles pourraient avoir besoin de plus de temps », reconnait Erika Mink, de Tetra Pak. « En tant que producteurs, nous avons des difficultés à collecter assez de matériaux dans ces pays. Ils pourraient bénéficier de l’expérience de l’Allemagne ou de la Belgique, qui ont des taux de recyclage bien plus élevés. » Pour elle, il n’est pas difficile de commencer : « au lieu d’une poubelle, il y en aurait deux, une pour les emballages et une pour le reste ».

Ça ne semble pas très compliqué, mais c’est plus facile à dire qu’à faire. Si certains États membres d’Europe de l’Est disposent déjà de programmes de ramassage et de traitement des déchets, les législateurs n’informent souvent pas assez les municipalités sur la manière de mettre ces systèmes en place et des systèmes locaux différents finissent par voir le jour. Ces divergences sont parfois même utilisées par des hommes politiques locaux peu scrupuleux, comme c’est le cas dans le sud de l’Italie, où la corruption des services de traitement des déchets est endémique et très problématique.

>> Lire : Un risque de corruption plane sur le recyclage des déchets en Europe

Pour les producteurs d’emballages, comme Tetra Pak, il est extrêmement important que les taxes de recyclage versées aux autorités locales ne disparaissent pas dans la nature.

« Nous estimons très important que la directive relative aux emballages et aux déchets d’emballages inclue des normes minimales sur la responsabilité élargie des producteurs », souligne Erika Mink. « Il faut absolument améliorer la transparence de leurs performances et opérations. Ils doivent aussi être obligés de collecter tous les matériaux, ils ne doivent pas choisir seulement ce qui les arrange. »

Incinération

Le débat sur les décharges, qui semble si inoffensif à première vue, se complique pourtant dès qu’on y ajoute l’incinération. Selon les militants écologiques, les pays de l’Est espèrent utiliser les déchets comme source d’énergie domestique et réduire la facture des importations.

« La Pologne investit beaucoup trop dans l’incinération, surtout quand il s’agit de produire de l’énergie. Ils disent que c’est pour d’affranchir de Moscou, mais la quantité d’énergie produite est négligeable », explique Piotr Barczak.

La stratégie de Varsovie est complètement inadaptée, dénoncent les défenseurs de l’environnement. « L’incinération produit des cendres, qui finissent par représenter entre 20 à 30 % des déchets, et dont il est difficile de se débarrasser. Cette solution pose donc beaucoup de problèmes, peut-être même plus que les décharges traditionnelles », explique-t-il.

L’incinération est également par ailleurs très polluante. Selon le BEE, les objectifs de réduction des décharges ne fonctionneront donc que s’ils sont accompagnés de mesures limitant l’incinération, une pratique qui émet des particules ultrafines responsables de plus de 2 millions de décès dans le monde tous les ans.

L’incinération pourrait saboter la stratégie d’augmentation du recyclage, assure la BEE, soulignant que les municipalités ne peuvent parfois pas incinérer leurs déchets s’il n’y en a pas une certaine quantité.

« Il a été prouvé que ce type de mesure [l’interdiction de mise en décharge] a mené dans le passé à une augmentation de l’incinération générant de l’énergie, plutôt qu’à une augmentation du recyclage. », indique le BEE. « En Autriche et en Norvège, ces interdictions ont même eu l’effet inverse et réduit le taux de recyclage. »

Certains producteurs d’emballage partagent cet avis. Dans une opinion publiée en octobre 2014, Metal Packaging Europe (MPE) a pourtant déconseillé une interdiction totale de l’incinération.

« Il y aura toujours une partie des métaux qui finira dans les déchets ménagers, il faut encourager les États membres à récupérer cette partie », selon MPE. « Nous devons nous assurer que les mesures prises sont utilisées correctement et ne freinent pas le recyclage au lieu de l’inciter », préconise l’association, qui souligne que le métal peut être récupéré après l’incinération. « La récolte du métal dans les cendres résiduelles devrait toujours être reconnue comme du recyclage. »

La Pologne elle-même semble cependant remettre l’incinération en question et regrette que la proposition actuelle ait le potentiel de mener à l’accumulation d’une surcapacité en termes de production d’énergie à partir de déchets.

La proposition prévoit de limiter la mise en décharge à 10 % des déchets totaux d’ici 2030. « Nous avons un problème avec la limite de 10 %, qui pourrait l’effet négatif d’encourager l’incinération », explique un diplomate polonais à EurActiv. « L’idée de la Commission n’est pas formulée d’une manière optimale. Nous aimerions savoir de quels flux de déchet la Commission parle. »

Conclusions en juin

La présidence néerlandaise ne tient pas à s’engager dans des discussions houleuses et a donc décidé que le Conseil se pencherait sur le paquet de propositions dans son ensemble lors de la réunion du 4 mars, sans s’appesantir sur certaines propositions spécifiques.

Les conclusions du Conseil sur le plan d’action de la Commission devraient être adoptées lors du Conseil environnement du 20 juin.

>> Lire aussi : Les eurodéputés s’opposent au recyclage des plastiques contenant un perturbateur endocrinien

Contexte

 

Le paquet sur l'économie circulaire a pour objectif de rendre le recyclage plus systématique et de renforcer les règles sur l'incinération et les décharges.

À l'échelle européenne, la collecte sélective ne concerne aujourd'hui que 19 % des déchets municipaux et 80 % des déchets finissent toujours dans les déchets non triés, selon la Commission européenne.

Le tri sélectif du verre, du papier, du métal et du plastique a été rendu obligatoire en 2015. Les propositions liées à l'économie circulaire adoptée en décembre 2015 renforcent encore le tri.

Les propositions comprennent de nouveaux objectifs de recyclage pour les déchets municipaux et les emballages. Le papier, le verre, le métal et le plastique récolté séparément ne pourront également plus être mis en décharge, tout comme les déchets organiques.

>> Lire : Bruxelles présente un paquet sur l’économie circulaire aux objectifs allégés

Prochaines étapes

  • 4 mars : Le Conseil environnement discutera de l'ensemble des propositions d'économie circulaire.
  • 20 juin : Date prévue pour l'adoption de conclusions sur le plan d'action sur l'économie circulaire par la présidence néerlandaise.

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