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17/01/2017

Le changement climatique risque de pénaliser le vin européen

Climat & Environnement

Le changement climatique risque de pénaliser le vin européen

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L’UE est le premier producteur mondial du breuvage alcoolisé, dont la production est menacée par l’évolution du climat, selon un nouvel ouvrage.

Déjà terminées dans de nombreux vignobles comme le Beaujolais, les vendanges précoces cette année encore ne cessent de surprendre. La chaleur inhabituelle a inquiété les viticulteurs, mais nombre d’entre eux se réjouissent au final du taux de sucre élevé de la vendange, garantie d’un niveau d’alcool supérieur. Un bonheur qui pourrait être de courte durée.

« Le taux d’alcool élevé n’a jamais fait un bon vin, il faut prendre en compte tout un ensemble de facteurs » prévient Nicolas Joly, viticulteur à l’origine du mouvement de la biodynamie, dont le vin de la coulée-de-serrant dans la Loire est désormais mondialement réputé.

Changements du climat

Très attentif à l’évolution des éléments naturels, le viticulteur ne cache pas son inquiétude face aux changements du climat. « Il y a la chaleur, le manque d’eau, et puis des coups de vent impressionnants, et qui changent trois fois par jour. C’est très récent, ça fait partie du changement climatique » prévient le spécialiste.

Pour la vigne, qui en a pourtant vu d’autres puisqu’elle a déjà subi des coups de chaud entre le Xieme et le XIVieme siècle avant de devoir s’adapter à un refroidissement, le changement climatique actuel représente une nouvelle menace sévère, parce qu’il est plus rapide et plus intense. C’est la thèse de Valery Laramée de Tannenberg et de Yves Leers qui ont publié un opus* sur le sujet.

L’UE, premier producteur viticole au monde

Et pour l’UE qui produit quelque 170 millions d’hectolitres de vin, soit 45 % de part du marché mondial, le sujet n’est pas anodin. D’autant que le marché mondial est en pleine ébullition : en l’espace de 10 ans, la Chine s’est propulsée au deuxième rang mondial avec 800 millions d’hectares de vignes de vin rouge. L’UE est plutôt en perte de vitesse, même si la France s’accroche à sa première place sur le podium, juste devant l’Italie.

Pour la première zone de production, le bordelais, le défi climatique est réel selon les climatologues : la région pourrait tout simplement passer être trop chaude pour des vins rouges de qualité d’ici la fin du siècle, date à laquelle la température moyenne de la région pourrait atteindre les 18,8 ° plutôt que 14°. L’Aquitaine est en effet une des zones françaises qui se réchauffe le plus vite.

Evolution des zones de production

Et au niveau européen, le tableau est aussi inquiétant à terme. Les zones de production optimales risquent d’évoluer drastiquement, tandis que les conditions climatiques locales disparaîtront. « En modifiant l’influence océanique sur la météo locale, le réchauffement pourrait perturber son cycle et limiter fortement la production de sauternes. Pareille inquiétude pourrait gagner des producteurs de coteaux-du-layon dans la Loire, du jurançon dans les Pyrénées atlantiques, de tokay hongrois et slovaque ou de trockenbeerenauslese allemand et autrichien » soulignent les auteurs de Menace sur le vin.

Mais la chaleur ne représente pas le seul défi pour la vigne. « C’est surtout la modification des climats régionaux et locaux qui risquent d’affecter le développement de la plante et du raisin » explique Valéry Laramée.

Pour s’adapter au réchauffement qui est déjà là, comme en témoignent les travaux du GIEC, soit environ 1,5° en France par exemple, les solutions ne sont pas pléthoriques. Les surfaces de vignes auront tendance à grimper plus au Nord en Europe, et des vignobles liliputiens pour l’heure comme au Royaume-Uni pourraient progresser, alors que des pays comme l’Italie et l’Espagne verront leur activité abondante menacée sérieusement d’ici une vingtaine d’années.

Résister par le bio ?

Avec seulement 3,3 % des terres cultivables, la vigne utilise 15 % des produits phytosanitaires en France, un rapport déraisonnable selon Yves Leers qui souligne « qu’on peut faire tout ce qu’on veut avec de la chimie, sauf lutter contre le changement climatique ». Au contraire, les produits chimiques ont tendance à fragiliser les sols en appauvrissant leur flore, elles ne préparent pas les ceps au manque d’eau et enfin leur utilisation intensifie le réchauffement puisque nombre de ces produits sont issus du pétrole et le recours à l’azote augmente les émissions de protoxyde d’azote

* Menace sur le vin. Les défis du changement climatique. Editions Buchet Chastel