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27/09/2016

Le climat, perdant de la nouvelle Commission ?

Climat & Environnement

Le climat, perdant de la nouvelle Commission ?

Air pollution (Shutterstock)

La nomination de l’espagnol Miguel Arias Canete au poste de commissaire à l’énergie et au climat est vertement critiquée. 

Le parti espagnol Equo n’y va pas par quatre chemins. La nomination de Miguel Arias Canete en tant que commissaire européen à l’énergie et au climat est tout simplement « une insulte à l’intelligence », selon son porte-parole. Le ministre de l’agriculture espagnol a, selon El Pais, des participations dans une compagnie pétrolière, et son gouvernement de droite a raboté les aides aux renouvelables ces dernières années. De formation juridique, Miguel Canete s’est hissé en politique en travaillant surtout sur les questions agricoles. Durant la campagne pour les élections européennes, il avait tenu des propos macho qui avaient entraîné une controverse importante.

>>Lire aussi : Le candidat commissaire espagnol attendu au tournant au Parlement

Ce qui en fait un profil étrange pour les Verts et les ONG ,en charge des questions énergie et climat, qui ont violemment réagi à cette nomination.

Pour l’ONG Greenpeace, « l’équipe Juncker est pleine de surprises, et elles ne sont pas toutes bonnes. La fusion des portefeuilles environnement et pêche, ainsi que l’attribution de compétences sur l’énergie à deux représentants différents sont des choix sujets à controverses selon l’organisation.

Sur le profil du commissaire Canete, Greenpeace estime qu’il s’agit d’un « choix surprenant, étant donné ses liens avec l’industrie pétrolière »

En France, Europe Ecologie Les Verts s’est interrogé sur le fait que le commissaire ne soit pas le pire choix pour le climat. « A un an de la Conférence de Paris sur le climat et alors que l’Europe doit décider dans les semaines qui viennent de ses grandes orientations en matière d’efficacité énergétique et de renouvelables, le choix de monsieur Cañete au portefeuille climat énergie est choquant » précise Yannick Jadot, eurodéputé Vert.

Fusion des portefeuilles en question

Sur le fond, la répartition des tâches entre les différents commissaires fait débat.

Certains voient une aberration pure et simple dans le fait de fusionner les directions générales Energie et Climat,  à l’instar de l’eurodéputé luxembourgeois Claude Turmes.

<blockquote class= »twitter-tweet » lang= »fr »><p>La fusion des portefeuilles du climat &amp; l’énergie est un mauvais signal envoyé en vue du sommet climat à Paris en 2015. <a href= »https://twitter.com/hashtag/TeamJunckerEU?src=hash »>#TeamJunckerEU</a></p>&mdash; Claude Turmes (@ClaudeTurmes) <a href= »https://twitter.com/ClaudeTurmes/status/509651034005073920″>10 Septembre 2014</a></blockquote>

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D’autres, comme les Verts français « se réjouissent du rapprochement dans un même périmètre des portefeuilles énergie et action contre le changement climatique ».

Au PS, on voit d’un bon œil la fusion des postes énergie et climat. « Il y a une vraie cohérence dans le fait de fusionner les deux fonctions, ce qui permet de renforcer le portefeuille » assure Pervenche Berès, chef de la délégation socialiste française au Parlement européen, qui s’interroge en revanche plus sur le profil choisi.

« Il y aura forcément des interrogations au Parlement européen sur ce casting» prévient l’eurodéputée.

Dans la précédente Commission, l’opposition frontale de la DG Energie et de la DG Climat faisait désordre.

Et «de facto la DG Climat s’est peu à peu marginalisée, au profit de la DG Energie. Alors qu’au Royaume-Uni on a vu que la fusion des deux thèmes a eu des conséquences politiques positives » constate Thomas Spencer, directeur du programme « Climat » à l’IDDRI, qui juge que cette fusion des portefeuilles peut s’avérer positive.

Une organisation encore en suspens

Mais le fait que la vice –présidente de la Commission, Alenka Bratusek, soit en charge de l’Union de l’Energie, et chapeaute notamment le commissaire Energie Climat, montre aussi que la priorité des cinq prochaines années sera moins le climat que l’énergie. «C’est important que la question de l’énergie monte au niveau politique avec une vice-présidence. Mais il faut s’avoir ce que l’on entend par Union de l’Energie, il y a un risque qu’il s’agisse plus d’une politique d’infrastructures que d’une politique de transition énergétique  » souligne Thomas Spencer.

L’Union de l’énergie, prioritaire sur le climat

La lettre de mission envoyée au commissaire espagnol précise par ailleurs qu’il « devra contribuer à établir une Union européenne de l’Energie avec une politique de long terme sur le changement climatique ».

« Nous avons besoin de mettre nos ressources en commun, de combiner les infrastructures et d’unifier notre pouvoir de négociation par rapport aux pays tiers » indique la lettre de mission confiée à Miguel Canete.

De même, la lettre de mission confiée à la vice-présidente en charge de l’Union de l’Energie insiste avant tout sur l’aspect sécurité énergétique, même si l’accent est mis sur l’efficacité énergétique. Le nouveau président de la Commission souhaite que l’objectif d’amélioration de 30 % de l’efficacité énergétique d’ici 2030 soit contraignant, mais le fait qu’il ne soit pas traduit dans des politiques nationales dans le futur Paquet Climat limite sa portée.

La nouvelle organisation ainsi que la détermination politique de la nouvelle Commission sur le climat posent donc question, d’autant qu’elle vient s’ajouter à l’élection d’un président du Conseil européen polonais, Donald Tusk, qui n’est pas des plus crédibles sur le sujet.

Selon le dernier eurobaromètre sur le climat, réalisé fin 2013, 50 % des Européens estiment que le climat est un des problèmes les plus importants, et 16 % d’entre eux pensent qu’il s’agit du problème le plus important. 80 % d’entre eux jugent que lutter contre le changement climatique et utiliser de l’énergie de façon efficace peut doper la croissance et l’emploi en Europe.

Contexte

Le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a annoncé mercredi 9 septembre la répartition des portefeuilles qu'il souhaitait pour son nouveau collège. Le Parlement doit désormais auditionner les futurs commissaires. Il est déjà arrivé que le Parlement européen renvoie un commissaire chez lui. En 2009, la candidate bulgare en avait notamment fait les frais. Pour 2014, le Parlement pourrait s'interroger sur le profil de Tibor Navracsisc, commissaire hongroise, et sur le portefeuille attribué au Royaume-Uni, avec les services financiers.

Plus d'information

Parlement européen

Règlement concernant le vote sur le collège de commissaires