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01/10/2016

Le réchauffement climatique est apparu en 1830

Climat & Environnement

Le réchauffement climatique est apparu en 1830

180 ans de réchauffement.

[Kevin Gill/Flickr]

Selon une étude internationale publiée dans Nature, le réchauffement serait apparu bien plus tôt que les estimations avancées à ce jour. Le climat serait plus sensible aux variations de gaz à effet de serre qu’on ne le pensait. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Depuis 1750, fin de l’ère préindustrielle, la température moyenne à la surface du globe s’est élevée de 1°C. Quand le phénomène a-t-il débuté? Jusqu’alors, la plupart des estimations reposaient sur des données instrumentales, à savoir des mesures directes de température, dont les premiers relevés datent de la fin du 19ème siècle.

Sur la base de ces données tardives, il est communément admis que la planète n’a commencé à se réchauffer qu’au début du 20ème siècle. A tort, rétorquent 25 chercheurs du consortium international «Past Global Changes 2K» (PAGES 2K), selon qui le phénomène serait né il y a environ 180 ans, dans la foulée de la révolution industrielle.

Dans leur copieuse étude publiée mercredi 24 août, les experts ont remonté, sur les 500 dernières années, les données paléoclimatiques les plus fiables, scrutant coraux et sédiments marins (pour les océans), cernes d’arbres, spéléothèmes et carottes glaciaires (pour les continents). Objectif: déterminer l’instant auquel ces données s’écartent de la variabilité interannuelle de température, qui définit ainsi l’émergence du réchauffement.

Un processus précoce et asynchrone

Résultat, ce phénomène serait apparu aux environs de 1830. En premier lieu dans l’Arctique, où les chercheurs datent de 1831 les premiers écarts avec la variabilité interannuelle, et dans les océans tropicaux (entre 1828 et 1834). «C’est un résultat assez inattendu: le climat s’avère beaucoup plus sensible aux gaz à effet de serre (GES) qu’on ne le pensait», observe Marie-Alexandrine Sicre, directrice de recherche au laboratoire LOCEAN de l’Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL, Paris, UPMC/CNRS/IRD/MNHN) et co-auteure de l’étude.

Autre enseignement de l’étude, le réchauffement n’apparaît pas simultanément partout. Après l’Arctique et les océans tropicaux, il apparaît, deux décennies plus tard, dans les zones terrestres de l’hémisphère nord (Amérique du Nord, Europe et Asie, entre 1847 et 1852), avant de s’étendre au début du 20ème siècle à celles de l’hémisphère sud (Australasie et Amérique du Sud, entre 1896 et 1904).

Exception notable, l’Antarctique, où les données ne révèlent toujours pas la présence du réchauffement. Ce qui pourrait s’expliquer par la circulation circumpolaire: ces remontées d’eaux océaniques froides agiraient, pour l’instant, comme une barrière.

Arctique et Antarctique aux antipodes

Du fait de la lenteur de la circulation circumpolaire, «de quelques décennies à quelques siècles», «les eaux n’ont pas encore pu pomper toute la chaleur» liée au réchauffement climatique, bien que celle-ci soit absorbée à 90% par les océans, explique Guillaume Leduc, chercheur au Centre européen de recherche et d’enseignement des géosciences de l’environnement (Cerege, Aix-en-Provence, université Aix-Marseille, CNRS, IRD), co-auteur de l’étude.

À l’inverse, l’Arctique, qui a eu la primeur du réchauffement, devrait sa réactivité au phénomène d’amplification thermique qui y sévit: avec la fonte de la banquise polaire, de couleur claire, la lumière solaire est moins réfléchie, la mer emmagasinant toujours plus de chaleur.

Au nord comme au sud, c’est bien l’élévation des GES qui est responsable de l’émergence du réchauffement. Et non d’autres phénomènes tels qu’un retour au calme volcanique, suite à la série d’éruptions qui ont émaillé le petit âge glaciaire (début du 14ème siècle-fin du 19ème siècle), dont celle du Tambora (Indonésie) en 1815, à l’origine d’un net refroidissement mondial au cours des années suivantes: sans hausse des GES, l’accalmie volcanique ne permet pas d’expliquer la hausse thermique survenue depuis 1830.

Bonne ou mauvaise nouvelle ?

Quelles conséquences pour les prévisions du réchauffement futur? «Cela ne change pas grand-chose à notre compréhension de l’effet de serre, le forçage radiatif est quelque chose de connu et d’archiconnu: l’étude montre juste que le système climatique est extrêmement sensible au CO2, plus qu’on ne le pensait», explique Guillaume Leduc. D’un intérêt majeur pour la recherche en climatologie, ces données ne remettent pas en cause la trajectoire de réchauffement attendue, ajoute Marie-Alexandrine Sicre.

D’autres auteurs de l’étude entrevoient derrière ces travaux une lueur d’espoir: «d’une certaine manière, c’est un message vraiment positif car cela suggère que le système climatique peut répondre très rapidement à de petits changements de gaz à effet de serre», notamment à de légères réductions d’émissions, commente ainsi Nicholas McKay, climatologue à la Northern Arizona University, dans un communiqué de la plateforme internationale de recherche Future Earth.

Moins optimiste, Guillaume Leduc trouve au contraire que «ce n’est pas une très bonne nouvelle de voir que le climat est à ce point sensible au CO2, alors que nous ne sommes pas du tout sur une trajectoire de réduction […] Ce serait plutôt une nouvelle raison de s’alarmer et de réagir en urgence».

D’autant que le réchauffement, au-delà de sa sensibilité inattendue au CO2, est un phénomène à retardement: même en stoppant net les émissions, «on en aurait pour plusieurs décennies de réchauffement, et même plusieurs siècles, voire plusieurs millénaire, de montée du niveau de la mer», observe le chercheur.

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