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19/01/2017

Le Royaume-Uni accusé d’ignorer le rôle des régions dans les négociations climatiques

Climat & Environnement

Le Royaume-Uni accusé d’ignorer le rôle des régions dans les négociations climatiques

Manifestation pour le climat à Londres, le 21 septembre 2014.

[Garry Knight/Flickr]

Les villes et régions de l’UE cherchent à imposer leur rôle dans la mise en œuvre de l’accord climatique qui sera conclu à Paris. Mais certains gouvernements, comme celui du Royaume-Uni associent peu les collectivités territoriales. 

« Les villes et les régions doivent faire de la politique climatique une réalité. Rappelons qu’elles sont à l’origine de 70 % de la réduction du changement climatique et de plus de 90 % des mesures d’adaptation au changement climatique », a déclaré le président du Comité des régions (CdR), Markku Markkula.

Lors des négociations qui débuteront à Paris la semaine prochaine, les dirigeants mondiaux tenteront de conclure un accord international pour que le réchauffement climatique ne dépasse pas les deux degrés de plus qu’à l’époque préindustrielle.

La position de négociation de l’UE s’appuiera sur les objectifs du bloc pour 2030, fixés en octobre 2014 : 40 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre, 27 % de renouvelables dans la consommation d’énergie et 27 % d’efficacité énergétique en plus, comparés aux niveaux de 1990.

>> Lire : Les objectifs de l’Union de l’énergie tributaires des villes et des régions

Quel que soit l’accord finalement conclu, les régions européennes affirment qu’il ne sera pas correctement mis en œuvre sans un rôle accru des autorités locales.

Le gouvernement britannique néglige les régions

Pourtant, certains pays européens semblent faire l’impasse sur la participations des collectivités territoriales. Lors d’une conférence co-organisée par le CdR et le Comité économique et social européen (CESE) à Bruxelles le 19 novembre, Andrew Cooper, un conseiller britannique du Parti Vert et membre du CdR, a accusé le gouvernement britannique d’ignorer sciemment le rôle des régions à l’approche de la COP 21.

Les autorités locales et la société civile rêvent que « les actions locales soient également portées par le gouvernement central » et se généralisent. Ce rêve peut devenir réalité « si un gouvernement reconnaît qu’il a un rôle déterminant et qu’il doit tirer profit les initiatives locales », a déclaré Andrew Cooper.

Ce n’est pourtant pas le cas au Royaume-Uni, a-t-il regretté. Le gouvernement britannique n’a écrit à aucun dirigeant local britannique pour leur demander leur soutien, leur expertise ou un levier politique à l’approche de la COP 21, a-t-il commenté.

« Le danger est que les gouvernements cherchent de grandes solutions, qui, si elles échouent, seront un grand échec », a-t-il estimé.

Selon Andrew Cooper, consulter les régions est une assurance contre l’échec des politiques centralisées. « L’avantage des solutions locales est qu’elles peuvent se déployer très rapidement », a-t-il expliqué, tout en poursuivant sa critique de l’approche du gouvernement britannique. « Chaque fois que nous avons une bonne idée, le gouvernement nous l’enlève. »

Moins de paperasse, plus d’efficacité

Markku Markkula a souligné que les régions étaient en première ligne de l’action pour le climat et jouaient un rôle clé dans les décisions liés à la circulation routière, aux systèmes de transport intelligents et aux économies d’énergie des bâtiments.

Il a toutefois fait remarquer que de nombreuses barrières juridiques, techniques et financières devaient être abattues pour que les régions jouent pleinement leur rôle.

« Une ville devrait par exemple pouvoir choisir de fournir les cantines de ses écoles en produits alimentaires locaux et durables, mais avec les règles actuelles, c’est presque impossible puisqu’elle violerait le droit de la concurrence de l’UE. Il donc essentiel que les villes et les régions participent à la formulation de l’accord de l’ONU pour qu’il soit le plus efficace possible », a estimé Markku Markkula.

La participation active des communautés locales est aussi très importante, a-t-il affirmé. « Si les régions et les villes n’ont pas les citoyens et les communautés derrière elles, leur politique climatique sera inefficace », a rappelé le président du Comité des régions. « Voilà pourquoi le CdR promeut une approche participative avec les villes et les régions comme moteurs de l’action », a-t-il déclaré, ajoutant que seul un dialogue clair avec toutes les parties prenantes pouvait créer une prise de conscience [de l’urgence] climatique.

« À la COP 21, nous voulons un accord qui donne aux villes et aux régions les outils nécessaires pour impulser ce que nous appelons un mouvement ascendant vers l’innovation sociétale ; un accord qui donne des mesures suffisantes et améliore l’accès aux financements », a-t-il affirmé.

Markku Markkula a notamment fait référence à la collaboration du CdR avec Monde Pluriel, une association spécialisée dans l’éducation des jeunes au développement durable.

« En tant que prochaine génération, les jeunes doivent prendre position et avoir toutes les cartes en main pour la transition vers un mode de vie à faibles émissions de carbone », a-t-il expliqué, ajoutant que « les villes et les régions continueront à agir », même si les dirigeants mondiaux ne parviennent pas à un accord à Paris.

Position de la Commission européenne

La Commission européenne soutient aussi une approche à plusieurs niveaux pour mettre en place l’accord de Paris très attendu. Pour Claus Kondrup, de la DG Action pour le Climat, les régions, les villes et la société civile ont un rôle important à jouer dans la réduction du changement climatique.

« Le suivi [de l’accord de Paris] sur le terrain nécessitera l’implication de toutes les strates de gouvernance dans l’UE et dans ses États membres, ses régions, ses villes, chez la société civile, les citoyens et les entreprises », a insisté Claus Kondrup.

Selon lui, plus de 110 milliards d’euros de fonds européens sont réservés aux objectifs de réduction du réchauffement climatique sur le terrain. « Une grande partie de cet investissement bénéficiera directement aux villes et régions et aidera à la transition vers une société à faible émission de carbone et résistante au changement climatique » a-t-il déclaré lors de la même conférence. 

Contexte

En octobre 2014, les dirigeants européens s'étaient en effet accordés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d'au moins 40 % comparés au niveau de 1990 d'ici à 2030. Les chefs d'État et de gouvernement ont par contre affaibli les objectifs liés aux renouvelables et à l'efficacité énergétique pour 2030, qui ne sont pas contraignants au niveau national. La Commission proposait par exemple une amélioration de 30 % de l'efficacité énergétique, un chiffre que les chefs d'État ont ramené à 27 %. Cette décision est largement perçue comme une défaite après l'objectif contraignant de 20 % fixé pour 2020 par le passé.

Les objectifs pour 2030 sont une déclaration d'intention avant la conférence de l'ONU pour le climat (COP 21). L'UE s'appuiera là-dessus pour négocier lors de la COP 21 à Paris, où les dirigeants mondiaux tenteront de conclure un accord pour limiter le réchauffement climatique. Selon les résultats, la Commission et le Conseil pourraient revoir les objectifs de l'UE pour 2030.

Prochaines étapes

  • 30 novembre : Début de la COP 21
  • 2016 : Loi sur la gouvernance de l'Union de l'énergie
  • 2016 : Communication de la Commission européenne sur la décarbonisation de tous les modes de transport

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