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03/12/2016

Les entreprises veulent croire que les forces du marché sauveront le climat

Climat & Environnement

Les entreprises veulent croire que les forces du marché sauveront le climat

John Kerry à la COP 22.

(UNclimatechange/Flickr)

Si l’arrivée de Trump crée un véritable séisme chez les négociateurs du climat, les entreprises, elles, se sentent nettement plus sereines que les diplomates.

Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a insisté mercredi à Marrakech sur le fait que les États-Unis étaient en ordre de marche pour répondre aux objectifs fixés à Paris, estimant « qu’en raison des forces, de marché, je ne crois pas que ce mouvement puisse, ou sera, inversé »

« Les émissions de CO2 chutent parce que tous les business comprennent que l’énergie propre fait sens économiquement parlant », même si « les entreprises réclament un signal encore plus clair » de la part des gouvernements a expliqué l’homme politique, star du jour à Marrakech, avant d’être ovationné par la presse américaine et ses équipes.

Confirmant cette position, une coalition de 360 entreprises principalement américaines a lancé à Marrakech, un appel pour continuer la lutte contre le changement climatique.

>>Lire : Hollande rappelle à Trump que l’accord de Paris est « irréversible »

« Nous, membres de la communauté des affaires et investisseurs aux États-Unis, réaffirmons notre engagement profond à répondre au changement climatique à travers la mise en oeuvre de l’accord historique de Paris » ont-elles déclaré dans une lettre au président américain. Gilles Vermot Desroche, de Schneider Electric, membre de la coalition, a de son côté insisté sur le fait que les entreprises détestaient l’incertitude. « Prendre soin de la planète et du futur, pour une entreprise, c’est aussi s’occuper de son futur business » a-t-il précisé.

À Marrakech, dans la zone verte réservée aux parties prenantes non gouvernementales, les débats et autres animations se déroulent comme si de rien n’était. L’idée que Donald Trump est avant tout un entrepreneur, donc favorable à l’énergie propre et l’innovation, semble suffisamment généralisée pour rassurer sur le futur de l’accord de Paris.

La transition bas carbone, un récit crédible ?

Un raisonnement toutefois interrogé par une source française, qui rappelle le cynisme du milliardaire. « Le nouveau président américain a les banques avec lui, la perspective de dérégulation bancaire a déjà séduit Wall Street. Il va leur demander d’arrêter de jouer le pétrole à la baisse, donc le pétrole va grimper de nouveau ce qui servira ses propres intérêts. Mais aussi ceux du climat paradoxalement ! » assure cet expert. À environ 45 dollars par baril, le pétrole affiche un prix relativement modéré par rapport à la dernière décennie. Mais dans ce domaine, les promesses de campagne de Donald Trump s’avèrent contradictoires. S’il a promis de relancer l’extraction de gaz de schiste et de charbon, l’homme d’affaires peut difficilement espérer également de faire remonter les cours du brut, la demande d’énergie n’étant pas extensible à l’infini. Et surtout, le faible prix des renouvelables semble présenter un argument plus crédible, à terme, que leur vertu climatique.

>>Lire : Trump menace de faire capoter l’accord de Paris

« Le succès de l’accord de Paris est aussi dû au fait qu’un développement durable qui s’appuie sur de faibles émissions de CO2 représente un récit crédible pour les entreprises » veut croire l’expert Sir Nicholas Stern, auteur de nombreux rapports de référence sur le climat. L’expert rappelle aussi que les collectivités locales et entreprises canadiennes se sont accommodées du fait que le Canada soit sorti du protocole de Kyoto, sans pour autant abandonner leurs efforts.

« Pour le privé, la vie continue » résume Stéphane Hallegatte, économiste à la Banque mondiale. « Les entreprises ont l’habitude de vivre avec des alternances politiques, quatre ans de Trump, c’est court par rapport à la réalité du réchauffement climatique, qui est une donnée intemporelle » ajoute le spécialiste.