Les Etats membres s’attaquent au partage de l’effort climatique

Ségolène Royal se félicite du changement d'attitude de certains pays vis-à-vis de la lutte contre le changement climatique. [Geran de Klerk/Unsplash]

Les ministres de l’Environnement des 28 pays de l’UE ont lancé le 17 octobre les discussions sur la répartition de l’effort pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, révélant des différences de points de vue.

Les Européens ont ainsi entamé le parcours vers la mise en œuvre effective de leurs engagements pris dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat, ratifié début octobre, soit une baisse de 40% des gaz à effet de serre participant au réchauffement climatique (CO2, mais aussi méthane, protoxyde d’azote, etc…) d’ici 2030.

Les discussions de lundi, lors d’une réunion à Luxembourg, ont mis au jour des divergences sur les propositions de la Commission européenne faites en juillet pour le secteur échappant au marché du carbone, englobant le transport, le bâtiment et l’agriculture.

Ce secteur dit « hors-ETS » (acronyme anglais du système d’échanges de quotas d’émissions), « diffus » et « plus coûteux » dans son effort de réduction selon un diplomate européen, doit réduire d’un tiers ses émissions par rapport à 2005.

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La ministre française de l’Environnement Ségolène Royal, présidente de la COP21, a tout de même fait part de son optimisme. « Un certain nombre de pays ont beaucoup changé » et adopté une « attitude positive », a-t-elle souligné, appelant à profiter d’un contexte extrêmement favorable à la législation environnementale.

Elle a même exprimé le souhait de voir les discussions être finalisées avant la fin de l’année.

Différences d’évaluation

« J’ai des doutes, après le débat d’aujourd’hui [sur le fait] qu’on soit déjà si avancés. Les différences dans l’évaluation de la proposition de la Commission sont assez grandes », a tempéré de son côté le secrétaire d’État à l’Environnement allemand, Jochen Flasbarth.

« C’était la première occasion de connaître quelles sont les positions des Etats membres. Et elles varient », a reconnu lors d’une conférence de presse le Slovaque Laszlo Solymos, dont le pays assure la présidente tournante du Conseil de l’UE.

Pas de hausse des émissions

Pour la première fois, l’exécutif européen propose, dans un texte présenté en juillet, de mettre à contribution l’ensemble des Etats membres en demandant des efforts compris entre 0 et 40% de réduction, abandonnant l’idée de permettre à certains d’augmenter leurs émissions sous prétexte de rattrapage économique.

Les pays baltes (à qui il est demandé un effort de -6% à -13%), la Roumanie (-2%), la Croatie (-7%) ou la Pologne (-7%) ont déploré que les calculs de la Commission, qui prennent pour base les émissions de 2005, ne prennent pas en compte l’évolution d’ici 2020.

« Les négociations vont être tendues car chacun a des intérêts très marqués », a prédit le ministre danois du Climat Lars Christian Lilleholt.

Par exemple, le Luxembourg ou la Slovénie, deux pays carrefours, connaissent un fort taux d’émissions de CO2 lié au transport. L’Italie et Malte ont plaidé de leur côté pour que soit mieux pris en compte le secteur agricole. Les pays forestiers comme la Finlande ou la Pologne ont souhaité que leur « puits de carbone » soient mieux pris en compte.

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