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02/12/2016

Les forêts européennes peu efficaces contre le réchauffement climatique

Climat & Environnement

Les forêts européennes peu efficaces contre le réchauffement climatique

Depuis 1750, la surface forestière a augmenté de 10%.

Crédit : [chbaum / Shutterstock.com]

Les forêts européennes sont-elles vraiment efficaces contre le réchauffement climatique ? Pas si sûr. Selon une étude publiée le 4 février dans Science, certes la surface forestière a augmenté de 10 % depuis 1750, mais leur exploitation et la nature des espèces ont fortement évolué, favorisant une légère hausse de la température. Un article de notre partenaire le JDLE.

Le résultat est pour le moins inattendu : du fait qu’elles absorbent un quart des émissions de gaz à effet de serre – contre la moitié par les océans-, les forêts sont considérées comme l’un de nos principaux alliés contre le réchauffement. Or tout n’est pas question que de carbone, il faut aussi tenir compte du cycle de l’eau et des transferts d’énergie.

C’est à cet exercice que s’est livré Kim Naudts, du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE). Lui et ses chercheurs ont analysé l’évolution des forêts européennes depuis 1750. A priori, on pourrait penser qu’elles ont eu un effet positif : après une baisse de 190 000 km2 jusqu’en 1850, la couverture forestière a augmenté de 386 000 km2, soit un gain net de 10 % en 260 ans.

Or, bien d’autres facteurs sont à prendre en compte. Primo, les peuplements de feuillus ont perdu 436 000 km2 depuis 1850, tandis que ceux de conifères, plus vendeurs, ont augmenté de 633 000 km2. Deuxio, 218 000 km2 de taillis ont été convertis en futaies. Tertio, 85 % des forêts européennes sont désormais exploitées.

Une température accrue de 0,12 °C

Résultat : par rapport à 1750, les forêts actuelles stockent 3,1 milliards de tonnes de carbone de moins, du fait de l’extraction du bois. Par ailleurs, la température dans les basses couches de l’atmosphère s’est accrue de 0,12 °C, en raison de la conversion de forêts de feuillus en forêts de conifères. La raison en est que les premières, qui perdent leurs feuilles en hiver, permettent plus de réflexion de la lumière par les sols enneigés. Avec les conifères, dont le feuillage persiste en hiver, l’albédo, pouvoir réfléchissant du sol, a décru de 1 %.

Au-delà de l’Europe, c’est ce type de politique forestière, sur fond de lutte contre le réchauffement climatique et d’exploitation du bois, que d’autres pays mettent en place. Parmi eux, la Chine, qui prévoit de planter 772 000 km2 d’arbres, mais aussi les États-Unis (254 000 km2) et la Russie (170 000 km2). Entre 64 % et 72 % des forêts mondiales sont exploitées, et les changements d’espèces sont monnaie courante.

Redéfinir la gestion forestière

Selon les chercheurs, tout plan de lutte contre le réchauffement s’attachant à l’usage des sols devrait « certes intégrer la couverture forestière, mais aussi tenir compte du type de gestion de la forêt, car tous ne contribuent pas à l’atténuation du changement climatique ». « L’enjeu est maintenant de savoir s’il est possible de trouver une stratégie qui refroidit la température tout en permettant la production de bois et d’autres services écosystémiques », concluent-ils.

Également publiée jeudi dans Science, une étude italienne s’est penchée sur l’effet de la déforestation au niveau mondial, entre 2003 et 2012, sur le réchauffement. Selon les chercheurs, l’effet serait d’environ +1 °C dans les régions tempérées et tropicales, de plus de 2 °C dans les zones arides, mais sans effet dans les régions boréales. Et l’effet lié aux cycles hydriques et énergétiques serait équivalent à 18 % de celui lié au relargage du carbone forestier.