Les investisseurs européens abandonnent pas à pas le charbon

Une centrale au charbon abandonnée à Svalbard, Norvège. [Tom Phillips/Flickr]

Entreprises, banques et fonds d’investissement européens ont multiplié les annonces de désinvestissement dans le charbon, qui reste malgré tout la colonne vertébrale de la production d’électricité dans le monde.

Les semaines passent et les annonces de désengagement des centrales à charbon se succèdent, principalement en Europe.

Le 1er juin, le groupe Total s’est engagé à sortir des activités qu’il possède dans le secteur du charbon notamment en Afrique du Sud où le géant pétrolier intervient dans la production et la commercialisation du charbon.

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Deux jours plus tard, c’est un autre énergéticien français, Engie (ex-GDF-Suez) qui annonçait son intention d’abandonner son projet de centrale également en Afrique du Sud, très dépendant du charbon. Une annonce faite par Gérard Mestraller, le PDG du groupe, peu de temps après la publication d’un rapport de deux ONG épinglant les émissions de CO2 liées au charbon dans les centrales à l’étranger d’Engie.

Désinvestissements successifs

Fin mai, c’est le fonds souverain norvégien, le plus important au monde, qui a indiqué se désengager des entreprises dont une part substantielle de l’activité est liée au charbon.

Quelques jours plus tôt, l’assureur français Axa a annoncé le retrait de ses investissements dans les entreprises les plus consommatrices de charbon à hauteur de 500 millions d’euros d’ici à la fin de l’année.

Il suivait de peu la banque Crédit Agricole qui a décidé de réduire son exposition au charbon, en ne finançant plus que certaines centrales sous certaines conditions.

Même l’Église d’Angleterre (anglicane) qui gère 12,4 milliards d’euros d’actifs, veut abandonner ses investissements dans la plus polluante des énergies fossiles.

Goutte d’eau

Si ces annonces sont importantes dans la perspective de la lutte contre les émissions de CO2 et de la conférence sur le climat de Paris (COP21) qui doit trouver un accord international pour réduire les émissions mondiale en décembre, elles ne sont qu’une goutte d’eau.

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« Le charbon est toujours la colonne vertébrale de la production d’électricité dans le monde », affirmait en décembre la directrice exécutive de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) Maria van der Hoeven.

Car, selon l’institution, la demande mondiale de charbon va continuer à croître d’ici à 2019, même si ce sera à un moindre rythme (+2,1 % par an) qu’entre 2010 et 2013 (+3,3 %).

Si la Chine, premier utilisateur mondial de charbon, a légèrement réduit sa consommation l’an dernier, selon les chiffres du cabinet Enerdata, le pays représentera encore les trois cinquièmes de la hausse de la demande d’ici à 2019.

Fin 2014, le charbon était toujours à l’origine de 73 % de la production électrique du pays.

« Le pays a annoncé 500 gigawatts de projets de centrales à charbon dans les années à venir », indique Nathalie Desbrosses, responsable de l’analyse des marchés de l’énergie à Enerdata. C’est l’équivalent de plus de 500 réacteurs nucléaires.

L’Inde double les États-Unis

Et d’autres émergents, sont sur ses talons. L’Inde notamment, qui a vu sa consommation s’envoler de 11 % l’an dernier, après une croissance de près de 7 % en 2013. Le pays est en train d’investir massivement pour sortir d’une situation de sous-capacités de production d’électricité.

Depuis l’an dernier, le charbon représente 74 % de son bouquet électrique, devant la Chine donc, et le pays est passé devant les États-Unis en volume de consommation.

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Exemple emblématique: le vaste projet minier (11,8 milliards d’euros) du groupe indien Adani en Australie près de la grande barrière de corail. Alors qu’une dizaine de banques européennes et américaines se sont engagées à ne pas le financer, le groupe a assuré que cela n’aurait « aucune incidence » sur ses opérations.

Outre l’Inde, la demande de charbon sera aussi tirée dans les prochaines années par d’autres pays d’Asie du Sud-est, mais aussi le Japon et la Corée du Sud, anticipe l’AIE.

Attitude ambivalente

Et même en Europe, l’attitude de certains États est ambivalente. En avril, le gouvernement norvégien a ainsi déboursé quelque 50 millions d’euros pour sauver la compagnie minière Store Norske, qui extrait du charbon dans l’Arctique.

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Face à ce mouvement inéluctable, mais « insoutenable », selon l’AIE, une solution pour atténuer son impact sur les émissions de CO2 serait de développer la capture et la séquestration du CO2 et de concentrer les investissements dans des centrales à charbon plus efficaces, dites supercritiques.

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Mais, selon une étude publiée il y a quelques mois dans la revue Nature, pour limiter le réchauffement climatique à 2 degrés, il faudrait que la Chine et l’Inde renoncent à exploiter près de 70 % de leurs réserves de charbon, l’Afrique presque 90 %, l’Europe 78 % et les États-Unis 92 %.

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont démarré en 1992, et sont marquées par une conférence internationale annuelle appelée Conférence des Parties, ou COP.

Après la COP 19 à Varsovie fin novembre 2013, le Pérou s'est chargé de la 20e conférence, à Lima, en décembre 2014.

Paris organise la 21e conférence, au Bourget, début décembre 2015, une conférence qui revêt une importance particulière. Comme à Copenhague en 2009, les États doivent trouver un accord pour donner suite au protocole de Kyoto, dont l'objet était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012. L'enjeu est donc de trouver un cadre juridique contraignant ou non.