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22/01/2017

Les marchés du carbone mettent le cap à l’Est

Climat & Environnement

Les marchés du carbone mettent le cap à l’Est

Taiwan a l'intention de mettre en place un marché du carbone

Si les prix du carbone restent modestes, sa tarification gagne du terrain, notamment en Asie, qui sera d’ici un an le théâtre principal des marchés du carbone.

C’est une des grandes nouveautés de la COP21. Le marché du carbone n’est plus une coquetterie européenne, mais une solution de plus en plus répandue dans le monde pour gérer la réduction des émissions de CO2. En revanche, les niveaux de prix restent insuffisants, comme le montre une étude de l’OCDE publiée le 7 décembre.

Les prix effectifs du CO2 dans 41 pays de l’OCDE et les pays du G20 montrent que 90 % des émissions de CO2 liées à l’énergie ont un prix inférieur à 30 euros par tonne. Or ce niveau de 30 euros serait, selon l’OCDE, le prix plancher par rapport aux dommages qu’une tonne de CO2 inflige.

« Le prix du CO2 est directement fonction de l’ambition. Si l’ambition n’est pas là, ou dépend d’un football partisan, on aura forcément des problèmes », prévient Rachel Kyte, envoyée spéciale sur le climat de la Banque mondiale.

Aujourd’hui, 60 % des émissions globales ne sont encore soumises à aucune tarification carbone, qu’il s’agisse de taxe ou de marché. La moitié des contributions nationales soumises par les 195 parties de la COP21 fait pourtant référence à un prix du carbone, souvent prévu dans un futur proche.

Satisfaction générale, malgré les problèmes

Une alerte qui tranche avec la satisfaction apparente reflétée à la COP21 par de nombreux acteurs du marché du carbone, qui rêvent d’un nouveau printemps après un long hiver pour la plupart des marchés.

En Europe, l’abondance de quotas a eu raison des prix, passés d’un pic de 30 euros à quelques euros seulement en 2014. La tonne coûte actuellement 9 euros, un prix qui reste ridicule. Mais malgré ses déboires, le marché européen a fait des émules.

>>Lire:La COP 21 s’apprête à saborder 10 ans de finance climat

En début de COP, Hollande et Merkel avaient d’ailleurs appelé le monde à donner un prix au carbone, tout en défendant le marché crée par les Européens il y a de cela 10 ans.

« Le marché du carbone souffre du fait que nous avons différents mécanismes, différentes taxes, et que nous n’ayons pas inclus toutes les industries. Mais il existe, même si nous sommes un peu seuls», avait indiqué la chancelière.

La solitude du marché européen sera bientôt un mauvais souvenir.

A l’Est, toute

Des marchés existent actuellement aux États-Unis, au Canada, en Corée du Sud, en Chine en plus du marché européen, qui reste le plus gros. Mais les autres progressent très rapidement : les marchés du carbone seront surtout asiatiques d’ici 2017.

À cette date, le marché chinois sera en effet généralisé du jour au lendemain à l’ensemble du territoire et représentera alors deux fois la taille du marché du carbone européen.

Pour la Chine, lancer des marchés du carbone fut avant tout un investissement pour l’avenir.

« Les 7 pilotes de marches du carbone permettent de transformer petit à petit l’économie, et de créer des emplois », assure le Dr Qimin Chai, du centre national contre le changement climatique chinois. Le prix de la tonne de CO2 en Chine est passé de 60 à 100 yuan, soit 14 euros par tonne, en raison de l’effondrement des prix du charbon qui a motivé les électriciens à avoir recours au carburant le plus émetteur de gaz à effet de serre, qui nécessite de gros achats de quotas de CO2.

Selon Jeff Swartz, de l’IETA, le marché chinois a été mûrement réfléchi, et représente « la volonté du gouvernement chinois de faire émerger un vrai prix de marché ». Selon lui, le fait que la Chine ait été partie prenante du Mécanisme de Développement Propre (MDP) durant le protocole de Kyoto a nettement facilité l’intégration du mécanisme dans l’économie chinoise.

Projet de Taiwan

À Taiwan, où un projet de mise en place de marché du CO2 a vu le jour, les conditions de réussite d’un marché efficace ont déjà été mûrement étudiées. Malgré sa petite taille, l’ïle est le 31ème émetteur de CO2 de la planète, et dépend à 98 % de l’énergie qu’elle importe.

Un contexte dans lequel réduire les émissions s’avère complexe. Dans un premier temps, le pays qui n’est pas membre de l’UNFCCC prévoit de réduire ses émissions de CO2 en ayant recours à des crédits issus du Mécanisme de Développement Propre, notamment en Afrique.

Mais à terme, c’est un vrai marché du carbone que le pays veut mettre en place. Taiwan a déposé une « contribution nationale volontaire » avant la COP21, sans que rien ne l’y oblige puisqu’elle n’est pas partie à la conférence. Le pays souhaite réduire de 50 % ses émissions de CO2 d’ici 2050, par rapport à 2005. « Nous nous concentrons sur la coopération internationale pour développer ce marché, » assure la directrice de l’agence de l’environnement taiwanaise, le Dr Hui-Chen Chien.

À terme, la clé de ces marches reposera sans doute sur le fait qu’ils soient liés les uns aux autres : la Corée du Sud a d’ailleurs inscrit dans sa contribution volontaire son souhait d’ouvrir son marché à d’autres systèmes d’échanges de quotas, ce qui devrait se faire avec la Chine.

Contexte

Pour parvenir à un nouvel accord universel sur le climat, applicable à tous, les délégués des 195 pays-parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se sont régulièrement réunis pour avancer sur le texte qui sera voté à Paris en décembre.

Lors de la première session de négociations, du 8 au 13 février à Genève (Suisse), ils ont poursuivi les travaux à partir des premiers éléments déjà produits lors de la COP20 de Lima (Pérou), du 1er au 14 décembre 2014. Au terme d’une semaine de travail, les délégués se sont mis d’accord sur un texte de 86 pages devant servir de base pour les sessions suivantes au nombre de quatre. La dernière session a eu lieu du 19 au 23 octobre à Bonn (Allemagne), siège de la CCNUCC. Les 1 300 délégués ont finalisé le texte qui sera discuté lors de la COP21

En parallèle du processus de négociation, le ministre des Affaires étrangères et du Développement international et futur président de la COP21 Laurent Fabius a organisé deux réunions de consultations ministérielles informelles, en juillet (en savoir plus) et en septembre (en savoir plus), à Paris. L’objectif de ces séances de travail a été de trouver des compromis pour permettre d’avancer dans les négociations. Plus d’une cinquantaine de ministres ont répondu à chaque fois à l’invitation.

Cette année de négociations a été marquée par la publication du rapport de l’OCDE avec le think tank Climate Policy Initiative sur les financements climat le 7 octobre. D’après le rapport, 62 milliards de dollars ont été mobilisés en 2014 par les pays développés en faveur des pays en développement pour les aider à faire face aux changements climatiques (en savoir plus). Une annonce qui a permis constater que l’objectif des 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, pris par les pays développés à Copenhague en 2009 (en savoir plus), est à portée de main.

En plus du volet financier, l’autre temps fort a été la publication du rapport de synthèse de la CCNUCC sur les contributions nationales le 30 octobre. Les pays avaient jusqu’au 1er octobre pour publier leur feuille de route sur leur politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), afin qu’elles soient comptabilisées dans la synthèse. La CCNUCC a étudié l’impact de 146 contributions nationales. En l’état, la trajectoire mondiale des émissions de GES dessinée par les contributions publiées nous situeraient en 2030 sur une trajectoire menant à environ 3°C à la fin du siècle, comprise entre 2,7 et 3,5°C. Le scénario du pire, avec un réchauffement proche des 4,5 voire 6°C, qui correspond aux trajectoires actuelles d’émissions et jusqu’ici considéré par les scientifiques comme le plus probable, s’éloigne. Grâce à ces contributions, l’objectif des 2°C d’ici 2100 peut être atteint, à condition d’accélérer la dynamique . Un des enjeux de l’accord de Paris sera de mettre en place un mécanisme de révision périodique, idéalement tous les cinq ans, pour relever l’ambition de chacun et d’améliorer progressivement la trajectoire collective.

Le dernier rendez-vous avant la COP21 a eu lieu à Paris du 8 au 10 novembre à Paris. Plus de 60 ministres venus du monde entier ont répondu à l’invitation du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius pour la pré-COP.