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27/09/2016

Les partenaires pas très verts du Fonds vert pour le climat

Climat & Environnement

Les partenaires pas très verts du Fonds vert pour le climat

Le siège de la Deutsche Bank, à Francfort.

[ConstiAB/Flickr]

Les premiers projets du Fonds vert pour le climat ont été approuvés. Mais ces débuts demeurent entachés par les accords passés avec des banques commerciales finançant des projets charbon, comme la Deutsch Bank.

20 institutions ont déjà été accréditées par le Fonds vert pour le Climat (FVC), et 60 autres ont téléchargé des demandes d’accréditation, a déclaré Hela Cheikhrouhou, sa directrice exécutive, présente au Bourget à l’occasion de la COP 21. Par ailleurs 29 institutions ont été recommandées pour examen par le Conseil du FVC.

Un choix qui permet aux institutions financières d’accéder au Fonds afin de lancer des projets en faveur du climat dans les pays en développement.

>>Infographie : les ambitions du Fonds vert

L’Agence française de Développement, le Ministère des Ressources naturelles du Rwanda, ou encore la Banque européenne pour la reconstruction et le développement ont obtenu le feu vert du conseil d’administration du FVC.

Des partenaires critiqués

Problème, parmi ces accréditions figurent également des banques commerciales loin d’être irréprochables en matière de climat. C’est le cas de la Deutshe Bank, largement critiquée par la société civile pour ses activités financières dans les énergies fossiles, notamment le charbon.

>>Lire : Les banques européennes toujours accro au charbon

La Deutsche Bank a totalisé 13,84 milliards de dollars d’investissements dans le secteur du charbon entre 2009 et 2014, selon un rapport publié en décembre par plusieurs ONG. Et n’a pour l’heure pris aucun engagement en faveur du désinvestissement.

« L’accréditation des institutions est un processus évolutif », explique Romain Benicchio, d’Oxfam France. « Hormis l’accréditation de la Deutsche Bank, le Crédit agricole et HSBC ont également soumis des demandes d’accréditations qui sont en cours d’examen », poursuit-il.

>>Lire : Le Fonds vert rêve de démarrer avant la COP21

Entre 2009 et 2014, le Crédit agricole a financé près de 9,5 milliards de dollars de projets charbon, talonné par HSBC dont les investissements dépassent les 7 milliards.

« Il y a encore des débats sur le type d’institutions qui ont vocation à être accréditées par le Fonds vert, notamment sur les banques commerciales qui mènent de front des projets dans les énergies fossiles », explique Romain Benicchio.

Les petits États en difficulté

Alors que certaines grandes banques commerciales ont obtenu le sésame du Fond vert, d’autres acteurs sont pour l’instant à la peine.

Les petits États insulaires, mais également certains pays d’Afrique, font face à des problèmes d’accessibilité, faute d’experts ou de structure de gouvernance suffisamment armée face à la procédure.  « La procédure d’accréditation au Fond vert est assez lourde, et cette question est évidemment soulevée par les pays africains et les petits États insulaires », explique Romain Benicchio.

>>Lire : Les îles du Pacifique confrontées à l’urgence absolue

Charbon propre

Autre problématique, le Fonds vert ne dispose pour l’instant pas de clause d’exclusion pour le financement de projet de « charbon propre ». Ce qui pourrait laisser la porte ouverte au financement de centrales à charbon équipées de technologies de captage et de stockage de CO2 dans les pays du Sud, par exemple.

« Toutes les règles ne sont pas encore écrites, car le Fonds vert est jeune et il reste beaucoup de choses à mettre en place », reconnait le représentant d’Oxfam.

Pour l’heure, les premiers projets financés par le Fonds vert se sont davantage orientés vers des projets comme le soutien aux communautés vulnérable aux Maldives (23,6 millions de dollars) ou encore la construction d’abris anticyclone au Bangladesh (40 millions de dollars).

Un démarrage lent

Avec des promesses de dons s’élevant à 10,2 milliards de dollars, notamment de la part du Japon, des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de la France, le Fonds vert pour le climat a suscité beaucoup d’espoir du côté des pays du Sud.

Lesquels espéraient que ce nouvel instrument annoncé à Copenhague en 2009 permettrait un accès facilité aux financements et mobiliserait de nouvelles ressources. Pour l’heure cette première capitalisation lancée en octobre 2014 n’a pas atteint l’objectif de 15 milliards de dollars fixé par les pays en développement.

Et si les premiers projets sont approuvés, seule la moitié des promesses de dons enregistrées depuis octobre 2014 ont été signées. La COP 21 n’a quant à elle pas relancé la machine à contribution, puisque seules quelques rares annonces se sont ajoutées aux 10 milliards déjà enregistrés.

>>Lire : Paris pousse les villes du monde à contribuer au Fonds vert

Au cours des deux semaines de négociations, le Fonds vert a récolté une annonce symbolique de la ville de Paris (1 million), du Viet-Nam (1 million de dollars) et de la Norvège. Le pays scandinave, déjà contributeur à hauteur de 258 millions de dollars, a promis de doubler cette contribution d’ici 2020. Soit un total de 260 millions d’argent frais, un montant dérisoire si l’on considère les besoins de l’adaptation. Alors que les besoins d’adaptation face sont estimés entre 50 et 100 milliards d’euros…

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont démarré en 1992, et sont marquées par une conférence internationale annuelle appelée Conférence des Parties, ou COP.

Paris organise la 21ème conférence, au Bourget, début décembre 2015, une conférence qui revêt une importance particulière. Comme à Copenhague en 2009, les États doivent trouver un accord pour donner suite au protocole de Kyoto, dont l'objet était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012. L'enjeu est donc de trouver un cadre juridique contraignant ou non.

Les pays développés se sont engagés à apporter 100 milliards de dollars par an d'ici à 2020 à la lutte contre le changement climatique, dont une partie doit transiter par le Fonds vert pour le climat. Cette somme promise par la communauté internationale doit soutenir les pays en développement dans la limitation de leurs émissions de gaz à effet de serre et leur adaptation aux effets du changement climatique, et apparait comme une des conditions d'un accord.

Cet engagement ne couvre par l'intégralité des besoins pour financer la réduction des gaz à effet de serre au niveau mondial, qui sont estimés entre 500 milliards et 1500 milliards d’euros par an.