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26/09/2016

Les pays européens trainent des pieds pour ratifier l’accord de Paris

Climat & Environnement

Les pays européens trainent des pieds pour ratifier l’accord de Paris

Les négociations de 190 pays à Bonn © UNFCCC

Les négociations climatiques ont repris à Bonn sur la mise en œuvre de l’accord de Paris. Cinq mois après sa signature, sa ratification se fait attendre dans de nombreux pays, notamment en Europe. Un article de notre partenaire le JDLE.

Voilà que les négociations climatiques reprennent. Un mois après l’ouverture à la signature de l’accord de Paris, diplomates et experts se sont retrouvés, lundi 16 mai à Bonn, pour deux semaines de tractations.

Ouverte par Christina Figueres, la secrétaire exécutive de la convention Climat et par la présidente de la COP 21 Ségolène Royal, cette réunion intersession, à mi-chemin entre deux COP, a deux objectifs principaux : faire le point, 5 mois après l’issue heureuse de la COP 21 et avancer sur les dossiers chauds.

176 signatures et 16 ratifications

Si, finalement, 176 pays ont bien signé l’accord de Paris, rares sont ceux à l’avoir définitivement ratifié. Au dernier comptage, seules 16 ratifications ont été transmises aux Nations unies. Essentiellement par de petits pays émettant peu de gaz à effet de serre (0,04% du total mondial). 55 pays, à l’origine de 55% de rejets carbonés anthropiques, doivent l’avoir ratifié pour que l’accord de Paris ait force de loi.

Nous en sommes encore loin. À en croire les chancelleries, 23 autres pays, émettant 51,63% des GES mondiaux, pourraient donner leur imprimatur d’ici la fin de l’année. Manquent encore à l’appel la Russie (7,5% des émissions), l’Inde (4,1%), le Japon (3,8%). Et surtout … l’Union européenne (12,1%).

Le poids mort européen

À cet égard, Ségolène Royal s’est presque fâchée. Dans un entretien accordé à quelques journalistes français, ce mardi 17 mai, la ministre de l’Environnement a jugé «inconcevable que l’Union européenne, qui a été à l’offensive avec les contributions nationales (INDC),  assiste comme observateur à la COP 22». Le nœud du problème est ici purement juridique: l’UE ne peut ratifier l’accord de Paris avant ses 28 états membres.

Depuis des semaines, les discussions intracommunautaires piétinent. Les gros consommateurs de charbon (Pologne, Slovaquie, République tchèque) conditionnent leur ratification à un accord sur l’effort national que devra produire chaque Etat pour atteindre les objectifs communautaires fixés par le paquet Énergie Climat 2030.

Dans une note datée du 3 mai, le service juridique de la Commission déconnecte pourtant les deux sujets. «Il n’y a donc aucune raison pour que les pays européens n’engagent pas au plus vite leur processus de ratification», poursuit la ministre française, qui souhaite une annonce commune avant le Conseil européen des 28 et 29 juin. Ce qui n’est pas acquis.

Pour entrainer ses partenaires européens, la France a de son côté  accéléré la ratification de l’accord. Le 17 mai, l’Assemblée nationale a donc donné son feu vert au projet de loi. Un vote qui doit être  soumis au Sénat le 8 juin pour être définitif.

« C’est l’honneur de la France d’être le premier pays industrialisé à ratifier l’accord de Paris et le premier pays d’Europe à donner cet exemple », a déclaré Ségolène Royal, vantant un vote « qui va donner à la France une force supplémentaire pour entraîner les autres pays » sur cet accord.

L’Apa a ses présidentes

À Bonn, les discussions donnent plus de résultats qu’à Bruxelles. Dès mardi, les membres du groupe de l’accord de Paris (Apa) ont élu deux co-présidentes: Sarah Baashan (Arabie saoudite) et Jo Tyndall (Nouvelle-Zélande). À charge pour l’ancienne conseillère du président du pétrolier Aramco et l’ambassadrice au climat néo-zélandaise de trouver les moyens d’accélérer la mise en œuvre de l’accord de Paris, que l’ONU et de nombreuses parties prenantes aimeraient voir entrer en vigueur dès 2018. Ce qui n’est pas gagné là non plus. Il leur faudra notamment faire avaliser par les délégations des mécanismes permettant de renforcer les objectifs des contributions nationales (NDC), de renforcer la transparence.

Très attendus aussi: les bilans mondiaux de la lutte contre le changement climatique. Ce qui imposera à tous les pays signataires (qui n’aiment pas forcément publier leurs statistiques) de rendre des comptes sur leurs efforts en matière d’atténuation, d’adaptation ou de financement.

Malgré leurs divergences, diplomates et experts devraient trouver une nouvelle source de motivation. En fin de semaine passée, Donald Trump, candidat républicain à la présidentielle Américaine, a nommé son conseiller aux affaires énergétiques : le député du Dakota du Nord (le pays du fracking), Kevin Cramer milite tout autant pour l’utilisation forcenée des énergies fossiles qu’il doute de la réalité du changement climatique.

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