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27/08/2016

Les régions européennes veulent faire plus pour le climat

Climat & Environnement

Les régions européennes veulent faire plus pour le climat

Le sommet Climat et Territoires a rassemblé les représentants locaux de plus de 80 pays.

[Région Rhône-Alpes]

Trois régions européennes ont rejoint le 1er juillet le protocole « Under 2 », un accord qui vise une réduction de 80 à 95 % des émissions de CO2 d’ici 2050, à l’occasion du sommet Climat et Territoire.

« Les gouvernements ne sont plus seuls » a affirmé Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône-Alpes lors de l’ouverture du sommet Climat et Territoires qui se tient à Lyon les 1er et 2 juillet. « Nous sommes aussi porteurs d’engagements concrets. a-t-il affirmé.

Alors que les États engagés dans des négociations climatiques internationales difficiles voient l’échéance de la conférence de Paris climat 2015 se rapprocher à grands pas, les régions multiplient les engagements volontaires en faveur de la lutte contre le changement climatique.

>>Lire : La France demande aux Etats de rendre leurs copies pour la COP21

Une mobilisation mise à l’honneur par le président François Hollande, qui a fait le déplacement à la grande messe climatique des territoires. « Votre mobilisation accélère la mobilisation des territoires du monde entier » a-t-il affirmé devant des centaines de représentants de collectivités de plus de 80 pays. « J’attends en tant que chef de l’État la contribution des territoires. Vous avez déjà beaucoup avancé » a-t-il poursuivi.

Protocole d’accord climatique

Le 1er juillet, trois régions européennes ont fait un pas supplémentaire en prenant des engagements concrets ambitieux en matière de baisse des émissions de CO2. La Région Rhône-Alpes, hôte du sommet et première région française à se joindre au mouvement, ainsi que le Pays Basque (Espagne) et l’Écosse ont signé le protocole d’accord «Under 2», qui prévoit une réduction de 80 à 95 % des émissions de CO2 d’ici 2050, par rapport aux niveaux enregistrés en 1990.

Un objectif en ligne avec le maintien du réchauffement climatique global sous la barre des 2 °C. En effet,  d’après les évaluations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’objectif des 2° nécessite une division par deux des émissions mondiales de CO2 d’ici 2050 et une baisse d’au moins 80 % pour les pays développés.

Lancé en mai en Californie, l’accord a pour l’instant été signé par 17 régions, dont Chipas au Mexique, l’État de Cross River au Nigéria, les États de Washington, du Vermont et d’Oregon aux États-Unis, etc.

>>Lire l’interview de Frédéric Vallier : « Les États ne peuvent atteindre leurs objectifs climat sans les collectivités territoriales »

Du côté européen, la région allemande de Baden-Wüttemberg , la Catalogne et le Pays de Galles sont également signataires, tandis que la Lombardie compte rejoindre l’accord d’ici peu. Au total, les signataires de l’accord représentent une population de 123 millions de personnes et 5000 milliards de dollars de PIB.

« Nous ne comptons pas attendre les gouvernements nationaux pour avancer, car le risque que pose le changement climatique est trop urgent » a martelé Matthew Rodriquez, secrétaire à l’Environnement de la Californie. Un message qui s’adresse notamment au Congrès américain à majorité républicaine, qui demeure fortement opposé à la conclusion d’un accord contraignant à Paris en décembre.

« En l’espace de 4 ans, nous avons tiré des bénéfices importants de notre engagement en faveur du climat, avec la création par exemple de 65 000 emplois dans l’industrie solaire » a insisté le secrétaire à l’Environnement. « Vous pouvez lutter contre le changement climatique tout en restant une économie forte ».

Inquiétude sur les financements

L’engagement des régions en faveur de l’accord «Under 2 MOU » a été salué par François Hollande. « Le président souhaite que le maximum de régions rejoignent l’accord » a affirmé Bernard Soulage, vice-président du conseil régional de Rhône-Alpes.

Reste que les régions, et plus largement les collectivités ont également besoin de financements pour mettre en œuvre leurs objectifs climatiques.

« Depuis presque 20 ans, en partenariat avec la région Ile-de-France et maintenant avec l’Agence française de développement (AFD ), nous avons mis en place un plan climat intégré » détaille le maire de Dakar Khalifa Ababacar Sall. « Le problème, c’est qu’il faut qu’on puisse disposer de financements locaux pour moins dépendre des États » a-t-il souligné.

>>Lire : Le Fonds vert pour le climat frôle son objectif de 10 milliards de dollars

Cette dépendance aux financements publics et à l’aide au développement, notamment dans les villes du sud, pourrait cependant se réduire avec l’ouverture des financements climat aux collectivités. Une possibilité largement revendiquée par les acteurs locaux, et soutenue au sommet par François Hollande.

« Il faut que les collectivités territoriales puissent accéder aux 100 milliards de dollars pour le financement climatique » a déclaré le président. « C’est un enjeu majeur » a-t-il poursuivi.

Pour l’heure, les 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 attendus de la part du secteur public et privé pour financer la lutte contre le changement climatique, dont une partie transitera par le Fonds vert pour le climat, s’adresse principalement aux États.

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont démarré en 1992, et sont marquées par une conférence internationale annuelle appelée Conférence des Parties, ou COP.

Après la COP 19 à Varsovie fin novembre 2013, le Pérou s'est chargé de la 20ième conférence, à Lima, en décembre 2014.

Paris organise la 21ème conférence, au Bourget, début décembre 2015, une conférence qui revêt une importance particulière. Comme à Copenhague en 2009, les Etats doivent trouver un accord pour donner suite au protocole de Kyoto, dont l'objet était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012. L'enjeu est donc de trouver un cadre juridique contraignant ou non.

Pour l'heure, seule une quarantaine d'Etat ont rendu leur contribution nationale en vue de la COP 21.