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28/08/2016

Les régions tentent de se faire une place dans les négociations climatiques

Climat & Environnement

Les régions tentent de se faire une place dans les négociations climatiques

Le siège du Comité des Régions à Bruxelles

[Regionsandcities/Wikipedia]

Edition spéciale. Les collectivités locales poussent les États à revoir à la hausse leurs ambitions de réduction de CO2. Mais les négociations climatiques, entre Etats, les prennent peu en compte.

La reconnaissance du rôle des territoires dans les négociations internationales sur le changement climatique avance à petits pas. Impliquées de longue date dans la mise en œuvre des engagements internationaux en matière climatique, les villes et les régions souhaitent que leur engagement soit davantage reconnu.

Dans une résolution adoptée à l’unanimité au Sénat le 16 novembre, les élus français appellent «  les États à reconnaître le rôle fondamental des territoires et des collectivités qui les représentent pour le succès de l’accord de Paris ».

« Échelon le plus pertinent »

Un appel qui se justifie selon les sénateurs, car les territoires sont « l’échelon le plus pertinent de mise en œuvre des engagements nationaux en matière d’atténuation et d’adaptation aux effets des dérèglements climatiques ».

« Selon le programme des Nations unies pour l’environnement, 70 % des actions doivent être menées au niveau local » a souligné le sénateur Jérôme Bignon, auteur d’une résolution sur le rôle des territoires pour la réussite de la COP 21.

Et les émissions de CO2 sont elles aussi concentrées dans les villes, qui représentent à elles seules environ 70% des émissions au niveau mondial.

Leviers d’intervention multiples

Les leviers d’intervention des régions sont multiples, selon Jérôme Bignon, qui cite « la gestion des déchets, le développement des transports collectifs et des énergies propres […] la protection du littoral et la coopération décentralisée envers les pays moins avancés ».

« Le rôle central des territoires mérite reconnaissance et soutien. Ils seront à l’honneur, la France y travaille. Le 8 décembre sera consacré à leurs engagements » a affirmé la secrétaire d’Etat au Développement et à la Francophonie, Annick Girardin.

Reconnaissance des collectivités locales

De fait, la mobilisation de l’échelon local est aujourd’hui prise en compte par les négociateurs onusiens. « Le texte qui a été produit à Bonn en Allemagne distingue les régions et les villes des autres parties de la négociation telles que les entreprises ou la société civile » explique Bernard Soulage, vice-président du conseil régional de Rhône-Alpes et membre du Comité des régions européen (CoR)

>>Lire : Dernière ligne droite pour les négociations climatiques à Bonn

Cette distinction, déjà opérée lors de la conférence de Cancún en 2010 avait disparu lors des négociations de la Cop20 de Lima en 2014. « Les trois endroits dans le texte où l’on parle des collectivités locales ne font pas l’objet de blocage, et devraient rester dans le texte final » poursuit Bernard Soulage.

Ambitions élevées

Les territoires espèrent également pousser les États à un accord plus ambitieux dans le cadre de la COP 21, qui espère limiter le réchauffement climatique à 2°C d’ici la fin du siècle. Au niveau européen, le Comité des Régions a adopté en octobre un rapport qui appelle l’UE à adopter des objectifs de réduction de Co2 plus ambitieux en visant un objectif zéro carbone en 2050.

>>Lire : L’UE en route pour les – 60 % de CO2 d’ici 2050

Parmi les propositions, figure également la mise en place d’un mécanisme permettant d’évaluer et de rehausser régulièrement (tous les cinq ans) les contributions des États.

Divisions

L’engagement des régions européennes n’est cependant pas exempt de divisions, qui suivent parfois les lignes de fractures qui séparent déjà les États membres.

L’initiative Under 2 qui regroupe les régions du monde souhaitant s’engager en faveur d’une réduction de 80 à 95 % des émissions de CO2 d’ici 2050, par rapport aux niveaux enregistrés en 1990, a séduit quelques régions, notamment en Allemagne (Baden-Wüttemberg) en Espagne (Catalogne) ou en France (Rhône-Alpes), mais peine à séduire en Pologne.

>>Lire : Les régions européennes veulent faire plus pour le climat

Le pays européen, très dépendant du charbon, a fortement freiné les ambitions européennes en matière de climat.

>>Lire : La Pologne s’estime victorieuse à l’issue du sommet sur le climat

« En Allemagne nous allons avoir d’autres signataires, en France la région Ile-de-France a également annoncé sa volonté de rejoindre le protocole d’accord » souligne Bernard Soulage. « Mais en Pologne, c’est plus compliqué ».

« J’attends une réponse de la région de Cracovie, la deuxième du pays, qui hésite à s’engager au sein de l’initiative » souligne Bernard Soulage.

Pour l’heure le protocole « Under 2 » a regroupé les signatures de 57 régions dans le monde, qui représentant plus de 17% du PIB mondial .   

Contexte

Pour parvenir à un nouvel accord universel sur le climat, applicable à tous, les délégués des 195 pays-parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se sont régulièrement réunis pour avancer sur le texte qui sera voté à Paris en décembre.

Lors de la première session de négociations, du 8 au 13 février à Genève (Suisse), ils ont poursuivi les travaux à partir des premiers éléments déjà produits lors de la COP20 de Lima (Pérou), du 1er au 14 décembre 2014. Au terme d’une semaine de travail, les délégués se sont mis d’accord sur un texte de 86 pages devant servir de base pour les sessions suivantes au nombre de quatre. La dernière session a eu lieu du 19 au 23 octobre à Bonn (Allemagne), siège de la CCNUCC. Les 1 300 délégués ont finalisé le texte qui sera discuté lors de la COP21

En parallèle du processus de négociation, le ministre des Affaires étrangères et du Développement international et futur président de la COP21 Laurent Fabius a organisé deux réunions de consultations ministérielles informelles, en juillet (en savoir plus) et en septembre (en savoir plus), à Paris. L’objectif de ces séances de travail a été de trouver des compromis pour permettre d’avancer dans les négociations. Plus d’une cinquantaine de ministres ont répondu à chaque fois à l’invitation.

Cette année de négociations a été marquée par la publication du rapport de l’OCDE avec le think tank Climate Policy Initiative sur les financements climat le 7 octobre. D’après le rapport, 62 milliards de dollars ont été mobilisés en 2014 par les pays développés en faveur des pays en développement pour les aider à faire face aux changements climatiques (en savoir plus). Une annonce qui a permis constater que l’objectif des 100 milliards de dollars par an d’ici 2020, pris par les pays développés à Copenhague en 2009 (en savoir plus), est à portée de main.

En plus du volet financier, l’autre temps fort a été la publication du rapport de synthèse de la CCNUCC sur les contributions nationales le 30 octobre. Les pays avaient jusqu’au 1er octobre pour publier leur feuille de route sur leur politique de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), afin qu’elles soient comptabilisées dans la synthèse. La CCNUCC a étudié l’impact de 146 contributions nationales. En l’état, la trajectoire mondiale des émissions de GES dessinée par les contributions publiées nous situeraient en 2030 sur une trajectoire menant à environ 3°C à la fin du siècle, comprise entre 2,7 et 3,5°C. Le scénario du pire, avec un réchauffement proche des 4,5 voire 6°C, qui correspond aux trajectoires actuelles d’émissions et jusqu’ici considéré par les scientifiques comme le plus probable, s’éloigne. Grâce à ces contributions, l’objectif des 2°C d’ici 2100 peut être atteint, à condition d’accélérer la dynamique . Un des enjeux de l’accord de Paris sera de mettre en place un mécanisme de révision périodique, idéalement tous les cinq ans, pour relever l’ambition de chacun et d’améliorer progressivement la trajectoire collective.

Le dernier rendez-vous avant la COP21 a eu lieu à Paris du 8 au 10 novembre à Paris. Plus de 60 ministres venus du monde entier ont répondu à l’invitation du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius pour la pré-COP.

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