Les syndicats demandent plus de fonds pour les régions dépendantes du carbone

Les dirigeants des syndicats européens appellent à agir pour le climat et à protéger les travailleurs [ETUC/Flickr]

Les syndicats européens ont réclamé un soutien financier pour aider à la reconversion des travailleurs des régions dépendantes des industries à fortes émissions de CO2.

L’Union européenne se tournant vers une économie faible en carbone, les salariés d’entreprises polluantes font face à un avenir professionnel incertain.

Selon les syndicats, l’Europe doit travailler pour « une transition équitable vers une économie verte et durable, en créant des emplois de qualité », et en s’assurant notamment que les travailleurs ne sont pas laissés pour compte dans la lutte contre le changement climatique.

« Les syndicats se sont clairement prononcés au nom des travailleurs sur la menace économique et environnementale la plus sérieuse au monde », a déclaré Bernadette Ségol, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES).

Les syndicats nationaux se sont rencontrés à Paris pour le Congrès de la CES, deux mois avant la conférence de l’ONU sur le climat qui se tiendra également à Paris. La COP 21 a pour ambition de permettre la conclusion d’un accord entre les dirigeants mondiaux permettant de maintenir le réchauffement climatique en-dessous des deux degrés par rapport au niveau préindustriel.

Les syndicalistes soulignent dans le manifeste de la CES qu’ « apporter un soutien financier aux régions et secteurs qui dépendent des activités à fortes émissions de CO2 sera indispensable pour mettre en place une transition équitable en Europes ».« L’impact de la transition énergétique sur ces régions et ces secteurs devrait être mieux évalué et pris en compte. »

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La CES est en train d’analyser certaines régions et les défis auxquels elles devraient faire face en s’orientant vers une économie verte. Ces régions sont le Yorkshire (Royaume-Uni), la Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Allemagne), la Silésie (Pologne), les Asturies (Espagne), Anvers (Belgique), Lulea (Suède) et Maritza (Bulgarie).

Fonds européens

La Commission européenne a déclaré à EURACTIV qu’en 2014 et 2020, 38 milliards d’euros du Fonds européen de développement régional seront investis dans le soutien à l’économie faible en carbone. Cette somme représente deux fois le montant dépensé lors de la précédente période.

« Cela permettra aux États membres, aux régions, aux gouvernements locaux et aux villes d’investir dans l’efficacité énergétique des bâtiments, dans l’énergie renouvelable, dans les réseaux intelligents et dans les transports urbains durables», a affirmé l’exécutif.

« Créer une économie européenne à faibles émissions de CO2 est impossible sans une transformation technologique et pour cela, les régions et les villes dépendantes du carbone doivent être aidées », a déclaré Markku Markkula, président du Comité des régions européen. « L’investissement doit pousser cette transition en se concentrant sur des formes alternatives d’énergie, en augmentant le partage des connaissances et en encourageant l’innovation locale », a-t-il ajouté. 

Travailleur du charbon

L’industrie du charbon emploie 240 000 travailleurs en Europe, la plupart étant concentrés dans des régions spécifiques. Le secteur fournit du travail à beaucoup d’autres personnes dans les services, explique Magdalena Chawu?a-Kosuri, secrétaire générale d’Eurocoal, l’association européenne du charbon et du lignite.

En Pologne seulement, surtout dans le Sud, 90 000 personnes travaillent dans l’exploitation minière. La Silésie est l’une des régions les plus développées de Pologne, mais cela pourrait changer si la transition est mal gérée, a-t-elle prévenu.

« Si ce secteur s’effondre, les régions rencontreront de sérieux problèmes», a affirmé Magdalena Chawu?a-Kosuri.

Euracoal s’entretient actuellement avec la Commission européenne pour savoir si l’argent du Fonds social de l’UE peut être utilisé pour recycler les travailleurs. Pour l’association, il est indispensable de proposer un plan clair et transparent pour la transition.

Soutien et investissement

Sanjeev Kumarm fondateur de Partenariat pour le changement, une ONG de lutte contre le changement climatique, a salué la demande des syndicats. « Aucun salarié ni aucune région ne devrait être sacrifié sur l’autel de l’action pour le climat », a-t-il commenté à EURACTIV.

Selon lui, des fonds pour une transition équitable devraient être alloués aux travailleurs concernés, mais également participer à l’investissement régional.

Une transition équitable doit être programmée dans le système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS), a affirmé Sanjeev Kumar, car il s’agit du moteur de réduction des émissions de carbone.

L’ETS est le plus grand système d’échange de quotas d’émission au monde. Les entreprises réglementées mesurent et rendent compte de leurs émissions de C02, un quota équivalant à une tonne de CO2 émise. Les permis d’émission peuvent être vendus, ce qui encourage les entreprises à réduire leurs émissions, pour pouvoir vendre leurs surplus. 

Contexte

Les négociations sur le changement climatique ont commencé en 1992. Tous les ans, l'ONU organise une conférence internationale sur le changement climatique appelée la Conférence des Parties, ou COP.

Paris organise la 21ème conférence en décembre 2015.Les États participants doivent y conclure un accord pour remplacer le protocole de Kyoto, dont le but était de réduire les émissions de CO2 entre 2008 et 2012.

D'ici la conférence, les États doivent impérativement négocier un accord, qu'il soit juridiquement contraignant ou non.

Prochaines étapes

  • 30 novembre : Début de la conférence de l'ONU sur le changement climatique.