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29/07/2016

Les villes prêtes à analyser leur risque climatique, mais discrètement

Climat & Environnement

Les villes prêtes à analyser leur risque climatique, mais discrètement

La ville de Londres publie déjà ses rapport sur les risques climatiques.

[Conor/Flickr]

Les milliers de villes signataires de la Convention des Maires se sont engagé à évaluer leur vulnérabilité face au changement climatique. N’étant pas tenues de publier ces rapports, elles pourraient les garder pour elles.

Certaines villes rechignent à publier l’évaluation de leur vulnérabilité face au changement climatique, de peur que cela décourage l’investissement et fasse grimper les taux d’assurance. EurActiv a toutefois appris que la Commission européenne encouragera les autorités locales à publier leurs rapports, qui doivent être mis à jour tous les deux ans.

Selon les informations d’EurActiv, les discussions liées à la publication continueront jusqu’au printemps prochain. Des groupes de travail seront constitués afin d’assurer un accord sur les informations sensibles qui seront publiées.

La Convention des Maires est un accord non obligatoire passé entre les autorités locales européennes et la Commission. Lancée en 2008, cette initiative impliquait pour la première fois les dirigeants locaux de manière directe dans la concrétisation des politiques européennes. Le 15 octobre, les signataires de la convention renouvelleront et renforceront leur engagement au Parlement européen.

Le commissaire en charge de l’action pour le climat, Miguel Arias Cañete, a expliqué son point de vue à EurActiv. Selon lui, les rapports des villes devraient être rendus publics, et il écarte les risques que cette publication pourrait poser pour l’investissement ou les primes d’assurance.

Incitation à l’action

« C’est une incitation à l’action, un appel pour l’application des politiques adéquates. Les États membres doivent élaborer des programmes d’adaptation nationaux tenant compte de tous les risques dans les régions », a-t-il déclaré, après s’être adressé au Comité des régions lors de sa séance plénière du 14 octobre. « Ces plans d’adaptation [climatique] sont nécessaires et permettraient aux États de se préparer au mieux. »

« Il existe une tradition de non-publication des évaluations de risque, partout en Europe et ailleurs dans le monde », explique Nick Mabey, le directeur général du groupe de réflexion sur l’environnement E3G. « Cela signifie que les entreprises et les particuliers ne peuvent pas prendre de décisions pour leur propre protection. »

En vertu de la convention d’Aarhus, les villes pourraient être poursuivies en justice et forcées de publier leurs rapports. Cette convention donne en effet le droit au public d’avoir accès aux informations liées à l’environnement, avec des exceptions, notamment en ce qui concerne la confidentialité commerciale.

Carmen Bell, de Insurance Europe, estime que l’absence de réelle planification de l’adaptation climatique augmente les risques et rendra plus difficile la mise en place de couvertures par les assurances. « Les gouvernements, à tous les niveaux, peuvent certainement en faire plus pour mieux comprendre les risques, en commandant des évaluations de la vulnérabilité, par exemple », explique-t-elle. « En agissant aujourd’hui, les gouvernements, aussi bien au niveau national que régional ou local, réduiraient les conséquences du changement climatique qui toucheront collectivités et particuliers à l’avenir. »

Nouvel engagement

Six ans après le lancement de l’initiative de Convention des Maires, plus de 6 000 villes et localités ont offert de dépasser les objectifs européens en termes de climat et d’énergie en mettant en place des programmes pour une énergie durable.

Le 15 octobre, au Parlement européen, des centaines de représentants locaux s’engageront encore davantage : ils entendent réduire leurs émissions d’au moins 40 % d’ici 2030. Un clin d’œil aux objectifs climatiques pour 2030 de l’UE.

 >> Lire : Les dirigeants de l’UE adoptent des objectifs énergie-climat « flexibles » pour 2030

Le nouvel accord intègre l’initiative d’adaptation de 2014, renforce l’engagement des localités, puisque les villes s’engagent désormais à s’adapter, mais aussi à chercher à atténuer les effets du changement climatique. Autre changement : les villes devront à présent soumettre un rapport à la Commission tous les deux ans, au moins. Celui-ci détaillera les faiblesses identifiées et les mesures prises pour y remédier.

Cet engagement renforcé représente une déclaration d’intention claire des dirigeants locaux à quelques semaines de l’ouverture de la conférence de l’ONU sur le changement climatique, qui se déroulera à Paris en novembre-décembre. Cette conférence, la COP21, a pour objectif de créer un accord mondial pour limiter le réchauffement climatique à deux degrés, comparé aux températures préindustrielles.

Les villes du monde entier seront également encouragées à coopérer davantage dans leur lutte contre le changement climatique.

Dans une interview à EurActiv, le président du Comité des régions, Markku Markkula, a déclaré que pour assurer un résultat positif, le rôle des villes devrait être inscrit à l’accord final de la COP21.

>> Lire : Markku Markkula : « sans l’action des villes, la COP 21 sera un échec »

Contexte

Selon la Convention des Maires, une initiative lancée par la Commission européenne, les villes doivent contribuer à la lutte contre le changement climatique, étant donné que 80 % du CO2 émis provient des zones urbaines.

Plus de 5 000 villes et régions européennes sont signataires de cette convention et ont pomis de réduire leurs émissions de carbone de plus de 20 % d'ici 2020.

Les maires et autorités locales participants se sont ainsi engagés à mettre sur pied des plans d'action pour la production d'énergie durable. Ces plans d'action devront expliquer en détail comment les villes entendent atteindre l'objectif de plus de 20 %, à la fois dans le secteur privé et public. Les maires devront ensuite faire le point sur leurs progrès tous les deux ans, au moins.

Par ailleurs, des localités européennes se sont regroupées autour du projet Energy Cities, qui se définit comme « le groupement européen des collectivités en transition énergétique ». Selon une récente analyse du magazine The Economist, un tiers des villes dans le monde seraient affectées par les effets du changement climatique d'ici 2025.

Les villes comptent également une quantité disproportionnée d'éclairages de rues et de bâtiments. Elles représentent plus de 70 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde et pourraient jouer un rôle charnière dans la réduction des émissions et dans la limitation de leurs répercussions.

Prochaines étapes

  • 30 nov– 11 déc 2015 : Conférence sur le changement climatique de l'ONU à Paris (COP21).

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